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N° 254 - novembre 2006

La bonne conscience au Canada n’est pas neutre
Élodie Bedouet
Le 14 octobre dernier, ATTAC Québec et la Chaire de recherche du Canada Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie (MCD) consacraient une journée d’étude sur l’appauvrissement structurel en Amérique latine et en Afrique, dans les locaux de l’UQAM à Montréal.

« Comment se fait-il que l’Afrique s’engouffre dans la misère, décennie après décennie ? », s’est-on demandé. Pour répondre au mythe de l’aide internationale, Alain Deneault, post doctorant de la chaire MCD et membre du Conseil scientifique et du Conseil d’administration d’ATTAC-Québec, s’est attaqué directement aux compagnies canadiennes actives en Afrique faisant main basse sur les ressources, en dressant des hypothèses et des recoupements basés sur les rapports officiels de ces compagnies et sur les informations obtenues de différentes sources telles que des organisations non gouvernementales: Minning Watch, Amnesty International, Corpwatch, etc.

Avec le Collectif Ressources d’Afrique dont il fait partie, Alain Deneault cherche « à analyser le rôle politique, industriel et financier du Canada en Afrique en faisant fi du discours consensuel de l’heure sur la “ bonne gouvernance ”, la “ transparence ” et autres concepts stériles ou complaisants, en vigueur actuellement dans les milieux politiques et universitaires ».

Alain Deneault part du constat que le Canada est toujours cité comme un pays neutre, sans passé colonial, défenseur des droits et des libertés. « Notre passé politique et diplomatique est celui de la bonne conscience. Le Canada n’est pas colonisateur, mais la colonisation a encore lieu sous d’autres visages. Pour le Canada, l’Afrique c’est les mines ».

Il explique de manière précise que les compagnies occidentales, dont les entreprises canadiennes, ont joué un rôle actif dans le pillage de l’Afrique et il cite l’exemple de la République démocratique du Congo (RDC), regorgeant de richesses (cuivre, pétrole, diamants) et victime d’un génocide qui a coûté la vie à quatre millions de personnes. « Kabila a troqué les mines aux entreprises occidentales pour financer sa guerre contre Mobutu en 1996-97 ».

EMAXON est une compagnie canadienne privée d’extraction de diamants dont le titulaire est l’Israélien Dan Gertler. Ce dernier avait proposé à Kabila de se faire octroyer le monopole des extractions de diamants congolais en échange de la fourniture d’armes à l’armée congolaise, privant ainsi les Congolais de ressources financières et de leur souveraineté.

Alain Deneault ajoute que les guerres attisent l’envie des compagnies occidentales puisqu’elles augmentent le prix des biens convoités. « C’est la stratégie de la tension dont bénéficient directement des compagnies comme Barrick Gold ».

Barrick Gold Corporation est la première compagnie minière au monde. L’entreprise est canadienne et regroupe des célébrités comme Brian Mulroney, membre de son conseil d’administration, et Paul Desmarais, membre de son Comité international consultatif. Selon les documents de la compagnie, George Bush (père) a agi comme conseiller spécial de la compagnie pendant deux ans au milieu des années 1990.

Joe Clark est le conseiller spécial de la First Quantum Minerals pour l’Afrique et Georges Bush père et Brian Mulroney ont également siégé au conseil d’administration de American Mineral Field (AMFI), deux compagnies qui ont aussi pactisé avec le gouvernement de Kabila lorsqu’il s’est emparé du pouvoir en 1997.

Ainsi, les anciens dirigeants politiques canadiens sont impliqués directement dans les entreprises minières. On comprend pourquoi ils incitent la population canadienne à placer leurs REER dans de telles compagnies, désignées comme placements rentables. « Notre mode de vie est subventionné par l’Afrique. AMFI, EMAXON, se servent de la bourse pour créer des REER », d’expliquer Alain Deneault. Barrick Gold est inscrite à la Bourse de Toronto et de New York sous le nom de ABX.

L’Agence canadienne de développement international (ACDI) sert aussi les intérêts des dirigeants canadiens et « se comporte comme un véritable cache-sexe de ces entreprises en accompagnant ces actions », de dire Alain Deneault. Prenons l’exemple des programmes d’ajustements structurels au Mali. La Banque mondiale et le FMI ont demandé de privatiser un chemin de fer, construit par les Maliens. Les contribuables canadiens ont financé les infrastructures et ils ont aboli les gares. Le train sert uniquement au transport de marchandises vers Dakar au Sénégal. C’est le retour aux comptoirs coloniaux et à l’attitude paternaliste à l’égard des pays africains. « Le bon élève malien » comme titrait Le Devoir en 2005.

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