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N° 254 - novembre 2006
Une attaque « morale » contre les démunis et les minoritaires
Le budget augmente les bons et coupe les méchants
Vivian Barbot*
Alors que nous étions davantage préoccupés par la crise forestière et l’envoi des troupes en Afghanistan, le gouvernement conservateur a annoncé des coupures d’un milliard de dollars dans les programmes touchant les citoyens, il y a une dizaine de jours.

Ce gouvernement a ainsi réussi, au nom d’une logique comptable bien à lui, à faire l’annonce à la fois d’un surplus record de 13 milliards de dollars et de nouvelles compressions budgétaires d’un milliard de dollars !

Quand les gouvernements fédéraux précédents avaient tenté de convaincre la population de la nécessité de se serrer la ceinture pour rétablir une marge de manœuvre budgétaire, le résultat avait été de créer un écart disproportionné entre les revenus et les dépenses nouvelles du gouvernement fédéral par rapport aux revenus et aux dépenses des gouvernements provinciaux.

On se souviendra des astuces de Paul Martin et de son successeur aux Finances, Ralph Goodale, pour que les plantureux surplus budgétaires du gouvernement fédéral ne fassent pas l’objet de discussions ou de débats à la Chambre des communes. En effet, de telles discussions auraient permis aux voix dissidentes de se faire entendre quant à l’utilisation des surplus, notamment dans le cadre du débat sur le déséquilibre fiscal.

Une fois arrivé au pouvoir, le gouvernement conservateur du Canada a décidé de marcher dans les traces du Parti libéral du Canada et de cacher des surplus afin de pouvoir déployer son agenda idéologique conservateur par la suite. Sa promesse de régler le déséquilibre fiscal est toujours dans les limbes et les coupures annoncées vont à l’encontre des valeurs fondamentales des Québécoises et Québécois en s’attaquant aux démunis et aux groupes minoritaires, sans nécessité aucune.

L’abolition du Programme de contestation judiciaire est un exemple parmi d’autres, de l’insensibilité des conservateurs à l’égard des besoins de la population. Ce programme, qui visait à donner les moyens nécessaires aux moins nantis de notre société de faire valoir leurs droits afin de réparer les injustices commises par le système administratif à leur endroit, était doté d’un budget annuel de 5,6 millions de dollars.

C’est ce programme qui a permis aux Franco-Ontariens de contester la fermeture du seul hôpital francophone à Ottawa, l’Hôpital Montfort. Ce programme a aussi servi dans la défense des minorités linguistiques et des droits des homosexuels, entre autres. L’accès à des ressources judiciaires pour les individus et les groupes moins nantis de la société n’est-il pas garant de la bonne santé de notre démocratie ?

D’autres compressions budgétaires, qu’on peut aussi qualifier d’économies de bouts de chandelles par rapport à l’ampleur des surplus gouvernementaux, ont été administrées à des secteurs qui avaient encore besoin du soutien de l’État : 10,8 millions de dollars pour la lutte au tabagisme chez les Autochtones, une réduction de 25 % du Programme d’aide aux musées, une réduction du financement pour la diplomatie publique (programme qui permettait d’appuyer les exportations culturelles, comme celles des troupes de théâtre sur la scène internationale), une réduction du soutien aux groupes bénévoles et d’aide à l’alphabétisation, la fin du financement de la Commission du droit du Canada.

De plus, il faut noter une réduction de 5 millions de dollars (sur un budget de 24 millions) aux groupes de femmes en général et souligner qu’en même temps, les groupes « religieux » de femmes ont, eux, récolté des augmentations de budget.

Les réflexions que suscite cette offensive gouvernementale sont à l’effet que celui-ci a choisi délibérément de sabrer dans les programmes touchant les citoyens au lieu de cibler les dépenses de fonctionnement. Pourtant, le rapport Léonard avait, dès janvier 2004, signalé l’augmentation faramineuse des dépenses de fonctionnement. Il avait aussi clairement établi que le gouvernement fédéral aurait dû couper dans ses dépenses de fonctionnement plutôt que de couper dans les services à la population.

Rien de cela rien n’a été fait et, malgré des surplus de 13 milliards de dollars l’an dernier, le gouvernement s’attaque à des petites initiatives qui ont une influence significative sur les individus. Les citoyennes et citoyens du Québec s’en souviendront lors des prochaines élections fédérales !

* députée de Papineau

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