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Les papes maudits
N° 253 - octobre 2006
À quoi servent 1 million de lacs si le vôtre est pollué ?
Les algues bleues donnent une soupe verte
André Bouthiller
Encore quelques soubresauts de l’été et nous oublierons ces algues bousilleuses du plaisir de la baignade et des sports aquatiques. Mais c’est quoi au juste cette foutue soupe aux épinards nauséabonde ? Riverains et vacanciers boudent et piétinent devant la prolifération de l’algue microscopique appelée cyanobactérie sur les lacs, ruisseaux et les baies peu profondes comme la tristement célèbre baie Missisquoi.

L’algue bleue, nom commun de la cyanobactérie, représente des risques importants pour la santé. Malheureusement, un nombre de plus en plus grand de cours d’eau en sont affectés et la plupart des régions du Québec sont touchées par sa prolifération. Dès que l’algue montre la feuille, la prudence s’impose. En peu de temps, elle propagera ses toxines dans votre eau et là, plus question d’y tremper l’orteil!

« Étudions, nous agirons plus tard… beaucoup trop tard. » Trente ans de tests et de savantes analyses pour arriver à comprendre que les plans d’eau reçoivent trop de nourriture de phosphore et d’azote. Deux cours d’eau sur trois dans la vallée du Saint-Laurent dépassent la norme en phosphore, jusqu’à cinq fois dans certains cas. C’est l’annonce de l’agonie, la pente fatale de l’eutrophisation ou la mort biologique à long terme (appelez ça comme vous voulez), telle que révélée par une étude (mars 2005) du ministère de l’Environnement.

D’où vient cette suralimentation ? Des fosses septiques non conformes, des municipalités ou entreprises industrielles déversant leurs égouts directement dans les cours d’eau, du déboisement sauvage, de l’assèchement impudent des marécages en bordure, de l’agriculture sans bande riveraine de protection, de l’utilisation d’engrais chimiques en trop grande quantité, de la dégradation des rives qui facilite le transport de ce phosphore du milieu terrestre vers le milieu aquatique. Bref de l’étalement humain sans vergogne.

« Conséquences désastreuses, croyez-vous ? » Les populations soumises au danger de la cyanobactérie continuent de capter l’eau directement des cours d’eau affectés. Si la direction de la Santé publique intervient, elle en interdit la consommation (la faire bouillir n’élimine pas les toxines), de l’utiliser pour laver les aliments, la vaisselle, se brosser les dents ; proscrit le remplissage des piscines, l’arrosage du potager. Les citoyens doivent veiller à ce que leurs animaux ne la boivent pas, ne s’y baignent pas. Même si le bain et la douche ne sont pas interdits, il importe d’éviter l’ingestion accidentelle d’eau, surtout par les jeunes enfants. Le comble de la conséquence de notre ignorance et non le moindre : obliger les citoyens à acheter de l’eau embouteillée parce que la municipalité n’a pas de programme de soutien aux sinistrés de l’eau.

Les touristes fuient. Dans tous les cas, la baignade et les activités aquatiques sont interdites. Le port d’un habit de plongée de type « wetsuit » ne protège pas la peau. La faune, la flore se modifient, décroissent. La pêche est à vos risques et périls. Les études le confirment, le contact ou l’ingestion d’eau contaminée par les cyanobactéries peuvent provoquer maux de ventre, diarrhée, vomissements, maux de tête, fièvre, dommages au foie et au système nerveux, réactions allergiques, irritations de la peau et des yeux ainsi que des maux de gorge. Comme les algues et les toxines se concentrent surtout les rives et dans les écumes, les enfants qui s’y amusent sont plus à risque.

Qui intervient, demandez-vous ? Des centaines de lacs sont aux prises avec ce phénomène. Devant l’inaction gouvernementale, l’inéluctable liste s’allonge d’été en été. Le ministère de l’Environnement n’intervient que pour faire des tests d’eau et aviser la Direction de la Santé publique. Bien que l’application des lois, règlements et pratiques relève principalement des autorités municipales et provinciales, ce sont surtout les groupes environnementaux ainsi que les regroupements de citoyens et de riverains qui assument présentement le leadership de la dépollution en ce domaine.

« Pathétique » est un mot faible. Les lacs se meurent et peu de régions du Québec y échappent. Récemment, la présence d’une fleur d’eau composée de cyanobactéries sur le lac Saint-Joseph, « Le lac des millionnaires », a alerté les autorités. Le lac Saint-Augustin est « cliniquement mort ». Le lac Beauport nécessiterait une intervention musclée. Malgré que l’engrais à pelouse soit interdit, que le lavage des embarcations doive se faire à l’extérieur du plan d’eau et que l’inspection des fosses septiques se fasse systématiquement, le lac Sergent risque de perdre la bataille et le lac Waterloo respire artificiellement.

Le lac Saint-Louis est situé en plein cœur du centre-ville de La Tuque. Lieu de prédilection pour les baigneurs dans les années 50, symbole du cinquantenaire de la ville au début des années 60 et lieu du prestigieux marathon de nage « Les 24 heures de La Tuque » jusqu’à la fin des années 70, le plan d’eau se meurt, empoisonné par les algues bleues.

Après les lacs Boissonneau, Saint-François, l’Aguille, Lac-des-ÎIes, Massawippi, c’est au tour du lac Magog de patauger dans la soupe verte. Le lac Saint-Charles, pourtant la source d’eau potable de la ville de Québec, est aussi menacé par le déboisement, les gestes de propriétaires riverains insouciants. Même le magnifique lac Memphrémagog subit les assauts de plaisanciers qui y vident leurs fosses d’aisance, loin des regards...et j’en passe !

Il faut bien se rendre compte qu’aux endroits où il n’y a pas d’agriculture ou de rejet d’égouts par une municipalité ou une industrie, ce sont uniquement les activités des riverains et des plaisanciers qui provoquent cette détérioration. La vitesse excessive des embarcations motorisées, leur trop forte présence sur des petits plans d’eau accélère l’érosion des berges qui ne peuvent plus retenir le phosphore.

Beaucoup de municipalités font preuve de laxisme pour surveiller l’aménagement des quais, des rives et des fosses septiques. Elles ont pourtant accepté la responsabilité sans « rechigner » lorsque le gouvernement provincial a récemment décentralisé la gestion des cours d’eau dans leur bassin versant. De plus, dans les petites municipalités, les inspecteurs ferment plus facilement les yeux lorsque le contrevenant est un parent, un voisin, un ami. Ben voyons ! Tout le monde se connaît.

Que faire ? Imposer un régime sanitaire et humanitaire au lac. Québec devrait notamment revoir à la baisse le niveau de phosphore qu’elle permet dans sa réglementation. De même, les embarcations motorisées devraient être interdites sur les lacs peu profonds ou d’une superficie de quelques kilomètres carrés seulement. Nous, comme citoyens, nous avons aussi des gestes à poser.

Le Québec compte plus d’un million de lacs et de cours d’eau, mais cela ne vous donne rien si le vôtre est inutilisable. Les activités liées à la faune et à la flore génèrent des millions de dollars dans une économie qui ne peut se passer des dépenses de 1,7 milliard $ par année que les adeptes de plein air dépensent. Une telle ressource, non renouvelable, ne mérite-t-elle pas d’être protégée ? Si les humains sont remplaçables (demandez à votre « boss »), rien ne peut remplacer l’eau.

Comme l’histoire l’enseigne, maintenant que les lacs des millionnaires sont pollués, peut-être ces requins feront-ils comprendre à leurs amis ministres que l’ignorance et la cupidité risquent de tuer la poule aux œufs d’or, par leur inaction.

N.B. Note au lecteur : Afin de faciliter la lecture, chacune des références précises n’apparaît pas dans le texte. Les sources proviennent d’une revue de presse régionale et nationale et du site de référence d’Eau Secours ! - La Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau, à www.eausecours.org

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