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N° 201 - juillet 2001

Françoise David n'a pas dit son dernier mot !
Élaine Audet

Après avoir mobilisé le mouvement des femmes



Lorsqu'elle en a pris la présidence, il y a sept ans, la Fédération des femmes du Québec faisait face à une crise de confiance qu'elle a vite pu transformer en mobilisation générale. De soixante groupes à son arrivée, ils sont maintenant passés à 160, certains d'entre eux comme le Regroupement des centres de femmes comptant eux-mêmes plusieurs groupes. Quant aux membres individuelles, 200 en 1993, elles sont en ce moment 800.

Tout le long de son mandat, elle a cherché à promouvoir la visibilité de son organisme, le recrutement et la diversité des membres, surtout en allant chercher des militantes parmi les communautés culturelles, les minorités visibles, les lesbiennes et les jeunes. Ses plus grands fleurons resteront à coup sûr la Marche du pain et des roses en 1995 et la Marche mondiale des femmes de l'an 2000 à laquelle ont participé 6000 groupes de 160 pays, et qui a réussi à établir un réseau de communication et de solidarité irréversible entre les femmes du monde.

Elle a su relier la lutte sociale à la lutte féministe et montrer les liens entre l'exploitation capitaliste à l'heure de la mondialisation et celle du pouvoir patriarcal qui s'enrichit toujours de travail gratuit des femmes, de leur marginalisation, de la discrimination à leur égard et de tous les doubles standards encore appliqués dans la société et renforcés par la violence sexiste qui se charge de remettre les insoumises à leur place.

C'est en termes de solidarité, d'information et d'éducation que les retombées de son action sont les plus visibles. Elle s'est dite à plusieurs reprises déçue et en colère face aux miettes offertes par le gouvernement (50M$ et 10 cents d'augmentation du salaire minimum) pour lutter contre l'extrême pauvreté des femmes. Elle reconnaît cependant quelques victoires, toujours à défendre d'ailleurs, sur l'équité salariale, la perception automatique des pensions alimentaire, les garderies à 5 $.

Alors que Louise Harel l'accusait à l'émission Le Point d'être incapable de négocier et d'apprécier ce qu'elle obtient, elle se décrit, à mon avis très justement, comme une femme de dialogue qui s'est toujours fait un point d'honneur d'être rigoureuse dans ses arguments, d'être ferme sur les principes mais souple dans leur application. Certaines plus radicales lui reprocheront d'ailleurs sa trop grande souplesse. Pour essayer de regrouper le plus de femmes possible sur des revendications communes, il lui a fallu adopter une stratégie qui mise sur la patience et la continuité.

Bernard Landry ne la sousestime pas

Elle est dérangeante et elle n'a pas fini de déranger le pouvoir. Bernard Landry s'en est avisé après les élections dans Mercier et il n'a pas l'intention de la laisser progresser. Pour lui, la formation d'un parti politique axé sur les intérêts des femmes confinerait à leur marginalisation. Ce serait, à son avis, une catastrophe sociale, une décision qui ferait passer des lignes politiques entre les frères et les sœurs, entre les maris et les femmes, rapportait La Presse du 4 juin. Françoise David a clairement dit qu'elle réfléchissait à un parti féministe de gauche, ouvert aux hommes et aux femmes qui appuieraient les revendications de la Marche mondiale des femmes et celles du Sommet des peuples qui sont de véritables projets de société fondés sur les droits des femmes, l'indépendance et la solidarité des peuples, la justice sociale et un développement durable.

M. Landry se vante d'avoir une vision moderne de la souveraineté. Il préfère bien sûr entériner la catastrophe sociale actuelle que son gouvernement a provoquée par ses coupures dans la santé, l'éducation et les services sociaux pour atteindre un déficit zéro que lui réclamaient les maîtres du commerce mondial. Il juge plus rassembleur de perpétuer la ligne du sexisme et de la discrimination qui départage toujours inégalement les hommes et les femmes à tous les niveaux de la société. Françoise David affirme haut et fort qu'on peut être indépendantiste sans être péquiste. Et nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses dans ce cas, résoluEs à lutter pour une indépendance qui ne soit pas vidée de tout contenu avant de se réaliser, pour une souveraineté qui ne soit pas vendue préalablement à la pièce aux transnationales du profit.

De Françoise à Vivian

Avant de céder sa place à la FFQ, elle a appuyé la candidature de Vivian Barbot, première membre des minorités visibles à être élue à la tête d'un organisme d'envergure au Québec. Une fois de plus, la Fédération fait œuvre de pionnière. Les déclarations de la nouvelle présidente laissent à penser qu'elle est résolue à poursuivre l'œuvre de Françoise David. Elle annonce déjà que la FFQ entrera dans une période de réflexion de deux ans afin de prendre acte des mutations sociales à l'heure de la globalisation des marchés et, au besoin, de réviser sa stratégie. On y réfléchira notamment sur les nouveaux modes d'action comme la désobéissance civile, le problème de la prostitution et la mise en œuvre de moyens de financement efficaces.

La dernière fois que j'ai rencontré Françoise David, elle disait qu'avant de prendre la décision de s'engager en politique, elle voulait d'abord s'assurer du soutien actif des femmes. Elle veut réfléchir à ce qu'elle a envie de faire – parce qu'on est plus efficace quand on fait ce qu'on aime – et à quel endroit sa présence est plus nécessaire. Pour elle, il est évident qu'il faut d'abord se mobiliser pour réclamer la démocratisation du mode de scrutin, sinon notre politique sera vouée à l'échec.

Bonnes vacances !

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