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Les papes maudits
N° 253 - octobre 2006
Une hausse du bénéfice net de 115 % en neuf ans
Le coût des remèdes est un cancer galopant
Léo-Paul Lauzon
Selon une étude que je viens de publier avec le chercheur Marc Hasbani, de la Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM, dix des plus grandes compagnies pharmaceutiques mondiales ont joué un rôle déterminant dans l’augmentation du prix des médicaments et du coût des soins de santé publique.

Le taux de rendement après impôts sur le capital investi réalisé au cours des dix dernières années (1996-2005) a été de 29 %, en moyenne, pour les dix sociétés étudiées. Ce taux de rendement est très élevé et se répercute sur le prix des médicaments tout en créant une pression énorme sur le coût des soins de santé, tant publics que privés.

En considérant les importantes fusions qui ont donné naissance à ces puissantes multinationales, conjuguées à la hausse de la durée de protection des brevets accordés par les gouvernements, on ne devrait plus parler de marché, mais plutôt d’oligopole dans ce secteur d’activités.

Cette croissance remarquable des taux de rendement a permis aux dix compagnies pharmaceutiques recensées (Pfizer, Johnson & Johnson, GlaxoSmithKline, Novartis, le Groupe Roche, Abbott Laboratories, Merck, Bristol-Myers Squibb, Wyeth et Eli Lilly) de dégager, en l’an 2005, un profit net de 58 milliards $ U.S. comparativement à un bénéfice net de 27 milliards $ en 1996, soit une hausse de 115 % en l’espace de neuf ans.

Cette hausse de profits de l’industrie pharmaceutique constitue la principale cause de l’augmentation des coûts de l’assurance-médicaments au Québec et du coût des soins de santé publique.

Si ces entreprises pharmaceutiques se contentaient d’un taux de rendement après impôt sur le capital investi de 12 %, on assisterait alors à une baisse significative d’au moins 14 % du prix des médicaments, ce qui aurait un effet immédiat à la baisse sur les coûts de l’assurance-médicaments et du système de santé publique en général.

Entre 1996 et 2005, ces dix compagnies pharmaceutiques ont versé 317 milliards $ U.S. à leurs actionnaires sous forme de dividendes (188 milliards $) et de rachats d’actions (129 milliards $), ce qui représente 77 % des profits réalisés par ces entreprises au cours de la période observée.

Cette proportion est très élevée et représente des milliards de dollars sortis de l’entreprise à des fins qualifiées par l’étude de stériles ou ne servant qu’à des stratégies de spéculation au seul profit des actionnaires et de leurs dirigeants bien servis par des options d’achats d’actions.

Toujours au cours de la période considérée, les compagnies étudiées ont dépensé 739 milliards $ U.S. en frais de marketing et d’administration contre 288 milliards $ en frais de recherche et de développement, soit 2,6 fois plus.

Les prétentions des entreprises pharmaceutiques quant à la nécessité de hausser leurs prix de vente pour faire face à leurs besoins d’investissement en recherche et développement ne tiennent pas. La vente des médicaments constitue donc, et de loin, la priorité des pharmaceutiques plutôt que le besoin d’en créer de nouveaux à des coûts moindres.

De 1996 à 2005, ces dix multinationales pharmaceutiques ont investi seulement 43 milliards $ U.S. en immobilisations nouvelles alors qu’au même moment elles ont versé 317 milliards $ U.S. à leur actionnaires en plus de dépenser 739 milliards $ U.S. en marketing et publicité.

Cela semble contradictoire avec les prétentions de l’économie capitaliste qui postule que plus les firmes réaliseront de gros profits, plus elles investissent en immobilisations et en recherche.

À peine 10 % des profits de 413 milliards $ U.S. ont été réinvestis en immobilisations au cours des dix dernières années et 77 % de ces mêmes profits ont été redistribués à leurs actionnaires (317 milliards $ U.S.).

Contrairement à leurs déclarations, ces entreprises augmentent le prix des médicaments pour satisfaire aux appétits gloutons de leurs actionnaires et de leurs dirigeants, au détriment de l’investissement en recherche et en immobilisations.

Entre 1996 et 2005, ces dix compagnies pharmaceutiques mondiales ont encaissé 27 milliards $ U.S. en revenus d’intérêts.

En plus de ces énormes revenus d’intérêts, ces sociétés pharmaceutiques jouissent d’importantes liquidités (encaisse) et d’un cœfficient d’endettement extrêmement bas (12 %). Au 31 décembre 2005, ces liquidités astronomiques (totalisant 92 milliards $ U.S.) représentaient 19 % de leur actif total.

En conséquence, les compagnies pharmaceutiques n’ont pas besoin de recourir à du financement externe au moyen d’emprunts à long terme. Ce qui ferait d’elles des quasi-banques.

Ces dix compagnies pharmaceutiques ont donc alloué très peu de ressources à l’investissement en immobilisations et en recherche au cours des dix dernières années par rapport aux profits réalisés.

Comme ces entreprises formeraient un puissant oligopole mondial, qu’elles jouissent de lois avantageuses concernant la propriété intellectuelle de leurs brevets et qu’elles sont confortées par des traités commerciaux à portée mondiale, elles jouissent alors d’un immense pouvoir et adoptent des comportements qui vont à l’encontre de l’économie de marché, et des intérêts des États et des populations.

Devant une telle situation, nos gouvernements devraient avoir le courage politique d’intervenir afin de veiller aux intérêts de la collectivité. Il serait urgent et nécessaire d’exercer un contrôle sur le prix des médicaments et les recommandations proposées dans l’étude vont dans ce sens en remettant en question le comportement des grandes compagnies pharmaceutiques mondiales.

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