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N° 201 - juillet 2001

Chronique d’une infiltration policière
Gabriel Sainte-Marie

Le groupe Germinal



Le groupe Germinal voulait percer le Mur de la Honte lors du Sommet des Amériques. Ses membres étaient suivis à la trace par la GRC depuis l’automne dernier. Leur arrestation spectaculaire, une semaine avant la tenue du Sommet, a servi d’excuse aux mesures excessives de sécurité.

Deux jours plus tard dans le Journal de Québec, trois juges et un procureur de la Couronne de la région de Québec dénonçaient ce coup de théâtre. Selon eux, si le groupe était vraiment dangereux, il aurait dû être démantelé bien avant. Les membres inculpés ne sont pas des criminels, ils ont été des marionnettes entre les mains des policiers.

Méfiez-vous d’un bon boss !

« La police a découvert le mouvement suite à une délation en novembre. Puis, pour nous infiltrer, la GRC a dès lors créé une fausse compagnie de transport entre Montréal et Québec. Elle cherchait à embaucher un de nos membres », explique Mario Bertoncini.

Faisant Québec-Montréal avec son patron, le nouvel employé roulait en fait avec l’infiltré. Mario poursuit 0 « Alex fut aussi engagé. L’emploi était alléchant 0 75 $ l’aller-retour. Le manège a duré cinq mois. »

Un deuxième agent double s’est tranquillement joint au groupe. Il était l’employé du premier.

Après plusieurs trajets, les deux « germinaliens » leur ont finalement parlé du regroupement. «Le plus vieux était plutôt indifférent mais il voulait nous prêter ses véhicules de transport. Le deuxième, bien entendu, trouvait le projet formidable et voulait absolument aller se battre à Québec. Il a été l’un des adhérents les plus actifs », commente Mario.

Craignant l’infiltration policière, chaque nouveau membre était suspecté, explique Mario. Cependant, pour ces deux-là, il ne semblait y avoir aucun risque 0 «Avoir créé une compagnie, avoir mobilisé plusieurs camions et nous avoir engagés, avoir dépensé toute cette énergie juste pour notre groupuscule, c’était inconcevable ! », s’exclame Mario.

L’infiltration, ça coûte cher

Pendant ce temps, tout membre du mouvement connu de la police se retrouvait avec un enregistreur de numéros de téléphone sur sa ligne téléphonique. Chaque numéro appelé ou appelant était enregistré et utilisé dans l’enquête policière.

L’appartement de Roman, Victor et Jonathan était surveillé 24 heures sur 24 à leur insu. Même chose pour celui d’Alex et de Pierre-David. « On nous a même espionnés au café de l’université ! », s’exclame Bertoncini. Cependant, l’écoute électronique n’est pas retenue dans la preuve.

L’infiltration aura coûté cher à l’État. Selon Mario 0 « En additionnant toutes leurs dépenses juste pour nous, on arrive facilement à 750 000 $. Ça n’a aucune mesure. » Selon une source sûre de la police, la facture s’élèverait plutôt à un million de dollars !

Arrestations brutales

Le 17 avril, Roman et Victor se faisaient arrêter en roulant vers Québec. Ils étaient dans une camionnette de la GRC avec le second agent double. Le lendemain, les autres se faisaient arrêter à leur domicile ou chez des proches. Seul Pierre-David s’est livré lui-même.

Les arrestations se sont déroulées avec une certaine brutalité, mais surtout dans un climat de terreur. « Rendus à Québec, on a dû faire deux copies de nos empreintes digitales. La deuxième allait directement au camion du FBI qui s’était déplacé pour l’occasion », précise Mario.

« Les premiers jours ont été les plus durs. Si nous devions être déplacés, c’était par groupe de deux, menottés et escortés. Quand on allait dehors, c’était dans de minuscules cours emmurées de béton d’une hauteur de trois étages avec deux rangées de barbelés en haut », se souvient Mario.

Il poursuit 0 « Les conditions se sont améliorées par la suite. Plusieurs agents correctionnels étaient solidaires de notre cause. »

Pierre-David et Jonathan ont pu être libérés sous caution après quelques jours de détention. Roman et Victor ont fait 42 jours de prison. Mario, Alex et Serge 041.

Une caution de 5000 $ chacun a été nécessaire pour la libération des deux premiers, et une de 10000 $ chacun pour les cinq autres. Les prisonniers politiques se retrouvent avec des ordonnances à respecter dont un couvre-feu.

L’affaire Germinal

Le groupe Germinal se défend avec l’aide du jeune avocat Yannick Sévigny, travaillant bénévolement, ainsi qu’avec Alain Dumas, président des criminologues du Québec, par le biais de l’aide juridique.

Du rassemblement de manifestants qu’il était, on a fait du groupe Germinal l’Affaire Germinal. Il est temps de crever le ballon et de confronter l’État et sa police à la réalité 0 leurs mesures ont été illégitimes, tout comme les accusations du groupe. On ne peut donc qu’exiger l’acquittement des accusés.

Portrait d’un présumé complot

Sept membres du groupe sont accusés de complot en vue de commettre un méfait pouvant causer un danger réel pour la vie des gens. Il s’agit de Mario Bertoncini, Alex Boissonneault, Pierre-David Habel, Roman Pokorski, Victor Quentin, Jonathan Vachon et Serge Vallée. La peine maximale rattachée à cette poursuite est la prison à vie. Comme Mario Bertoncini l’explique, cette accusation est abusive 0 « On voulait percer la clôture, pas tuer du monde ! »

Alex, Victor et Roman se sont en plus fait accuser de possession d’explosifs, de possession d’explosifs en vue de commettre un méfait pouvant causer un danger réel pour la vie des gens, et enfin de vol et recel de matériel militaire d’une valeur de moins de 5000 $.

20 000 simulateurs de grenades

Les explosifs en question sont des bombes fumigènes et des simulateurs de grenade. Les premières font de la fumée inoffensive pareille à celle dans les discothèques. Les secondes produisent un gros bruit et une lumière intense. Elles servent à détourner l’attention. Lors de leur comparution, en réponse au juge, l’expert des Forces a avoué que, dans l’armée, ils lancent environ 20 000 de ces simulateurs chaque année et ne déplorent qu’un ou deux cas de blessure. Les accusations manquent de sérieux.

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