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Le pétro-pistolet
N° 252 - septembre 2006

Ryerson et Aubin : même journalisme de combat
Andrée Lévesque
Stanley Bréhaut Ryerson évoque pour plusieurs d’abord le militant, pour d’autres l’historien.

En 1937 il marquait l’anniversaire des Rébellions par une série d’article sur la démocratie, et pour ses ancienNEs étudiantEs, le pédagogue prodigue de son temps, de ses conseils, et de ses livres prêtés généreusement.

Cet intellectuel a commencé très jeune à monter sa bibliothèque. Bibliothèque qui fut plus d’une fois l’objet de perquisition. Au début de sa carrière, quand il enseignait au collège Sir George Williams, la police provinciale le dépouilla de certains livres au titre subversif tout en s’emparant du manuscrit de son livre Le Canada français. C’était en 1937, l’année de l’adoption de la Loi du Cadenas contre la propagande bolchevique. Lors des Événements d’Octobre 1970, les forces de l’ordre l’ont de nouveau allégé de quelques ouvrages considérés dangereux.

Mais la bibliothèque grandissait toujours : héritage de son grand-oncle Egerton Ryerson à qui l’Ontario doit son système d’éducation publique, bouquins dénichés sur les quais de la Seine, livres rares et brochures, en tout plus de 8000 livres. Bréhaut Ryerson étant polyglotte, il a collectionné des ouvrages non seulement en français et en anglais, mais aussi en italien – n’avait-il pas étudié en lettres italiennes à la Sorbonne ? –, et en russe, rapportés de ses séjours en URSS lors des congrès du Comintern et comprenant des centaines de brochures surtout communistes. À sa collection d’œuvres marxistes s’ajoutaient les ouvrages en histoire du Québec, en particulier en histoire sociale et en histoire du mouvement ouvrier.

Conscient de la valeur de la bibliothèque de Stanley Bréhaut Ryerson et soucieux de la mettre à la disposition de chercheurEs et de militantEs, le professeur Ryerson et sa femme, l’ergothérapeute Mildred Helfand Ryerson, créèrent une fondation pour gérer leur héritage. Ainsi est née la Fondation Aubin, ainsi nommée en l’honneur de Napoléon Aubin. Une biographie d’Aubin ressemble parfois étrangement à celle de Bréhaut Ryerson : ce Suisse immigré au Bas-Canada en 1835 s’est illustré dans le journalisme de combat. Visionnaire, il a aussi donné des cours populaires, fait de l’éducation ouvrière et de la vulgarisation scientifique. Les deux hommes étaient critiques de leur époque, se sont préoccupés de la classe ouvrière et ont publié sur la constitution canadienne et sur la question nationale. À cent ans d’intervalle, leurs noms demeureront désormais associés.

Depuis le décès de Mildred Ryerson, en 2003, la Fondation Aubin était à la recherche d’un lieu, spacieux et accessible, pour loger la bibliothèque. Le 24 avril avait lieu l’inauguration des locaux du Centre de recherche Ryerson dans une salle à l’étage de la Bibliothèque Atwater. Le lieu est on ne peut mieux choisi. Cette bibliothèque est l’héritière du Mechanic’s Institute, un endroit ou se réunissaient les travailleurs qui désiraient parfaire leurs connaissances d’abord techniques puis plus générales. Créé en 1827, le Mechanics’ Institute, la plus ancienne bibliothèque de Montréal, occupe depuis 1840 un bâtiment aujourd’hui classé monument historique sur la rue Atwater au sud de Sainte-Catherine.

L’inauguration du Centre de recherche Ryerson n’aurait jamais eu lieu sans le travail constant des bénévoles de la Fondation Aubin, qui compte aussi des bibliothécaires, qui ont transporté, classé, rangé plus de 7000 volumes. Ce Centre s’apparente à ce qu’on appelait au XIXe siècle un cabinet de lecture. Une bénévole est sur place trois après-midi par semaine à la disposition des personnes qui veulent consulter les ouvrages.

Selon l’intention de Stanley Bréhaut et Mildred Ryerson, la Fondation n’est pas qu’une bibliothèque, c’est un organisme militant qui organise des rencontres et des forums de discutions. Pour l’automne, elle projette deux tables rondes conjointement avec Les AmiEs du Monde diplomatique dans la belle salle de la Bibliothèque Atwater, juste à côté de la Bibliothèque Ryerson.

Pour plus de renseignements, on peut consulter le site de la Fondation Aubin : http://www.fondationaubin.org

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