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Le pétro-pistolet
N° 252 - septembre 2006
Des complots sans planification et des accusés sans preuve
Les alertes se suivent et se ressemblent trop
Michel Chossudovsky
Le British Home Office a annoncé le 10 août qu’un complot terroriste visant à faire exploser simultanément une dizaine d’avions lors de vols transatlantiques avait été déjoué. Jusqu’à présent, Scotland Yard n’a présenté aucune preuve concrète de cette opération suicide.

Comme l’ont confirmé les rapports de presse, il n’y a aucune preuve que les suspects arrêtés avaient effectivement acheté les billets d’avion nécessaires à cette opération. Plusieurs de ces suspects ne possédaient même pas de passeport, comme le révélait Craig Murray le 14 août.

La faisabilité du complot à un niveau technico-scientifique a aussi été mise en doute. Aucun laboratoire chimique n’a été découvert. Les suspects n’avaient pas les connaissances requises pour fabriquer des bombes au peroxyde d’acétone (TATP), sans parler des habiletés nécessaires pour mélanger les substances chimiques à bord d’un vol transatlantique.

De plus, la plupart des informations dites « confidentielles » qui ont permis l’arrestation des suspects britanniques par Scotland Yard ont été transmises par les services secrets pakistanais (Inter Services Intelligence, ISI), qui, tout en collaborant avec les autorités britanniques, continuent d’appuyer les réseaux terroristes incluant les groupes islamistes pakistanais qui seraient présumément derrière le complot avorté en Grande-Bretagne.

Selon l’information « fiable » transmise par les quartiers généraux de l’ISI à Rawalpind, le mélange explosif au TATP « avait été testé au Pakistan », mais les suspects en sol britannique « ne l’avaient pas encore préparé ou mélangé ».

Ce n’est certes pas la première fois que de telles déclarations sont lancées au sujet d’une attaque terroriste imminente, pour ensuite se révéler basées sur des « renseignements erronés ».

Depuis 2003, le Département de la sécurité intérieure (US Homeland Security) avait déclaré plusieurs alertes terroristes au sujet de possibles plans d’Al Quaïda pour lancer une « attaque contre l’Amérique » semblable à celle du 11 septembre 2001. Dans certains cas, les présumés complots impliquaient également une mystérieuse filière pakistanaise.

Le complot avorté au Royaume-Uni resemble étrangement à un complot terroriste datant de 1995, surnommé « Opération Bojinka » impliquant des bombes au TATP. Il ressemble également aux « alertes oranges » lancées le Secrétaire du Département de la sécurité intérieure Tom Ridge en décembre 2003, qui avaient servi à perturber les vols transatlantiques pendant la période des vacances.

Voici une liste de certaines alertes qui se sont révélées par la suite basées sur des «renseignements erronés».

1. La menace de la ricine : Londres, janvier 2003. Une alerte terroriste à la ricine a eu lieu à peine deux mois avant l’invasion de l’Irak. Selon plusieurs rapports de presse, le complot était l’œuvre du cerveau terroriste Abou Moussab Al Zarquaoui. La ricine avait supposément été découverte dans un appartement londonien. Elle devait être utilisée lors d’une attaque contre le métro de Londres.

Une équipe du centre de recherche sur les armes chimiques et bactériologiques de Porton Down a par la suite confirmé qu’aucune ricine n’avait été découverte. Le correspondant en Irak du London Observer a par ailleurs confirmé qu’aucune ricine n’avait été saisie en Irak non plus.

2. Les bombes sales radioactives : Washington DC. 8 février 2003, trois jours après la présentation de Colin Powell devant le conseil de sécurité de l’ONU. Le Département de la Sécurité intérieure avait déclenché une alerte terroriste de niveau orange, tout en soulignant les prétendus liens entre Al-Quaïda et Saddam Hussein. Le USA Today parlait alors de « la plus grande menace d’attaque terroriste depuis les attaques du 11 septembre ». Quelques jours après sa présentation à l’ONU, Colin Powell avertissait qu’il serait « facile pour des terroristes de préparer des bombes “ sales ” radioactives et les faire exploser aux États-Unis ».

Le réseau ABC a par la suite révélé que l’alerte terroriste avait été « fabriquée » par la CIA. Même après avoir appris que l’alerte était sans fondement, le secrétaire à la Sécurité intérieure Tom Ridge avait décidé de maintenir le niveau d’alerte orange.

3. Les prétendues attaques chimiques : Madrid, 5 février 2003. Le jour même où Colin Powell faisait sa présentation à l’ONU, le premier ministre Jose Maria Aznar informait le parlement espagnol sur de prétendues attaques chimiques ciblant l’Espagne.

Selon Aznar, Al Zarquaoui était lié à un certain nombre d’islamistes européens, dont Merouane Ben Ahmed, « un expert en chimie et en explosifs qui a visité Barcelone ». Dans son discours devant la Chambre des députés, le premier ministre Aznar affirmait que 16 présumés membres d’Al-Quaïda arrêtés, apparemment en possession d’explosifs et de produits chimiques mortels, avaient travaillé main dans la main avec Al Zarquaoui.

L’information avait été fabriquée. Le ministère espagnol de la Défense a par la suite confirmé que les produits chimiques mortels « se sont révélés être inoffensifs et certains étaient des détergents domestiques », comme le rapportait le Irish News du 27 février 2003.

4. Le prétendu complot d’Al-Quaïda pour attaquer des vols transatlantiques : Noël 2003. Quelques jours avant Noël, dans un scénario semblable aux attentats avortés d’août, le secrétaire à la Sécurité intérieure Tom Ridge a laissé entendre qu’une attaque terroriste d’envergure était imminente, avec des attaques contre des vols transatlantiques pendant la période des vacances.

À la suite des annonces de Tom Ridge, des batteries de missiles anti-aériens avaient été installées à Washington. Des déclarations officielles citées par le réseau ABC le 23 décembre 2003 affirmaient que « les renseignements indiquent que des pilotes entraînés par Al-Quaïda pourraient être à l’emploi de compagnies aériennes outre-mer, prêts à commettre des attaques suicides ».

À la suite de l’enquête française sur cette affaire conduite en collaboration avec les autorités américaines, il s’est avéré que l’alerte terroriste était non-fondée. L’information n’était pas aussi « précise » que celle présentée par les services du renseignement américain. Les six personnes soupçonnées d’appartenir à Al-Quaïda étaient en fait un garçon de 5 ans, une vieille dame chinoise qui avait autrefois un restaurant à Paris, un vendeur d’assurances du Pays de Galle et trois citoyens français.

5. Menace avortée d’attaques terroristes contre les institutions de Bretton Woods et Wall Street: 1er août 2004. La décision de monter le niveau d’alerte à « orange » à New York, Washington et au New Jersey fut prise dans la nuit du 29 juillet 2004, quelques heures avant le discours d’investiture de John Kerry au congrès du Parti démocrate.

Selon une source anonyme haut placée dans l’appareil du renseignement américain citée par le Washington Post, la décision fut prise en l’absence d’informations « spécifiques » et détaillées, qui devaient être fournies par les services secrets pakistanais (l’ISI).

L’information concernant le rôle d’un mystérieux ingénieur en informatique pakistanais, Mohammad Naeem Noor Khan, plus tard identifié comme le webmestre d’Oussama Ben Laden, fut seulement rendue disponible après coup, une fois la décision prise.

Le New York Times et le Washington Post ont ensuite révélé que ces renseignements étaient « périmés », peu précis et qu’une grande partie de l’information était déjà du domaine public.

Toutes ces alertes terroristes furent déclenchées à des moments opportuns politiquement. L’objectif était de galvaniser l’opinion publique en faveur d’une solution militaire, tout en appuyant par le mensonge médiatique la légitimité des principaux acteurs politiques et militaires.

Alors que le complot avorté au Royaume-Uni a servi à détourner temporairement l’attention du public des atrocités commises au Moyen-Orient, il a aussi déclenché une vague de scepticisme qui pourrait potentiellement contribuer à la chute du premier ministre Tony Blair. Ce scepticisme est basé en partie sur la répétition à outrance du même scénario d’alertes terroristes au cours des dernières années.

Les alertes à Londres sont une réplique fidèle de la procédure américaine de « crier au loup ».

Certaines indications laissent entrevoir des divisions profondes au sein du gouvernement du New Labour de Tony Blair. L’annonce des attaques terroristes avortées fut ordonnée par le gouvernement de Tony Blair, avec le soutien des grands médias. Les autorités américaines et le vice-président Dick Cheney avaient été consultés et avisés à l’avance de l’annonce.

Ces alertes basées sur de fausses informations, répétées au fil des années, créent au sein du public américain et britannique l’impression que Scotland Yard et le British Home Office sont impliqués dans le mensonge dans le but de justifier la guerre.

L’appareil anti-terroriste crie désespérément au loup, ce qui pourrait déclencher au Royaume-Uni une crise politique aux conséquences imprévisibles.

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