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Le pétro-pistolet
N° 252 - septembre 2006
La Charte ne balise pas le réseau collégial et universitaire
Le choix du cégep français décroît considérablement
Mario Beaulieu
On se souviendra de la surprise et des vives réactions suscitées par la décision du gouvernement Charest de financer à 100 % les écoles juives privées. Au total, 15 écoles juives accueillant quelque 7 000 élèves auraient bénéficié de ce nouveau statut. Il faut se rappeler que, déjà, les écoles ethniques privées sont subventionnées à hauteur de 60 %, comme pour l’ensemble des écoles privées. Le gouvernement libéral est revenu sur sa décision quant aux écoles juives devant la pression populaire. Mais cette erreur des Libéraux a suscité des questions quant à l’impact de ces écoles ethniques dites privées.

Récemment, le Journal de Montréal diffusait les résultats d’une étude inédite de Pierre Sercia de l’Université de Montréal à cet égard. Cette recherche indique que les étudiants qui font toutes leurs études secondaires en français dans les écoles ethniques privées financées par l’État ont généralement l’intention de poursuivre leurs études postsecondaires en anglais.

L’étude a été effectuée auprès des jeunes de quatrième et de cinquième secondaire qui fréquentent trois écoles privées ethnoreligieuses francophones au Québec. Moins de 20 % d’entre eux disent vouloir aller au cégep ou à l’université en français.

Chez les jeunes immigrants récents qui vont à l’école publique et se mélangent aux autres jeunes de toutes origines et de différentes confessions, la situation est inversée. Plus de 80 % des élèves immigrants récents affirment alors vouloir poursuivre leurs études collégiales en français. Cette proportion baisse cependant sous les 60 % en ce qui a trait à leur intention de choisir une université publique française.

Le chercheur Pierre Sercia en conclut que : « En ghettoïsant les groupes ethniques et religieux, on n’encourage certainement pas l’intégration à la culture francophone. Je pense qu’il y a moins l’effet de groupe à l’école publique. En fréquentant des jeunes qui veulent poursuivre leurs études en français, ils peuvent être intéressés à faire la même chose ».

L’éducation joue un rôle primordial dans la transmission d’une langue et d’une culture. Tous les chercheurs s’entendent pour dire que, parmi toutes les mesures de la Loi 101, ce sont les mesures scolaires qui ont eu le plus grand effet sur la force d’attraction du français. Comme dans la plupart des États nationaux, l’accès au système public d’éducation était alors donné aux nouveaux arrivants dans la langue majoritaire de la société d’accueil.

Que les enfants allophones et francophones puissent fréquenter les mêmes écoles est sans doute la mesure qui a le plus contribué à la fois à l’ouverture des francophones et à l’inclusion des nouveaux arrivants à la culture et à la langue françaises. Faire du français la langue commune et officielle du Québec est essentiel à la cohésion sociale et à la pleine participation de tous à la même sphère de droits et de devoirs. Il faut connaître et utiliser une même langue pour se comprendre, pour former une société unie et solidaire.

Bien qu’affaiblies par l’imposition de la clause Canada par la constitution de 1982 imposée par Trudeau, les mesures scolaires de la loi 101 ont donné des résultats tangibles. La fréquentation des écoles françaises par les étudiants allophones est passée de 20 % en 1976-1977 à 80 % en 1997-1998.

Cependant, l’accès au réseau collégial et universitaire n’est pas balisé par la Charte de la langue française. Le Québec est à peu près le seul État au monde où l’on finance des institutions d’éducation supérieure dans une autre langue que celle de la majorité, sans aucune limite et sans aucune restriction.

Les premiers « enfants de la Loi 101 » sont parvenus au niveau collégial en 1989. En 1990, 71 % des étudiants allophones qui sont passés par l’école secondaire française choisissaient de fréquenter le cégep français. Par la suite, le choix de fréquenter un cégep français a décru considérablement en passant de 64 % en 1994 à 57 % en 1998. Cette tendance semble s’être stabilisée depuis (57 % en 2003).

La Fédération des cégeps a récemment observé que le nombre de demandes d’admission dans les cégeps anglophones du Québec augmente plus vite que dans l’ensemble des 48 cégeps du Québec, selon des données citées par la Fédération des cégeps. Entre 2000 et 2010, la clientèle devrait croître de 10 % au collégial anglophone québécois; dans certaines institutions anglaises de Montréal, cette augmentation pourrait atteindre 35 %.

En somme, les résultats de l’étude de Sercia montrent que les mesures multiculturalistes telles que le financement gouvernemental des écoles ethniques privées tend davantage à éloigner qu’à rapprocher les nouveaux arrivants de la société québécoise.

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