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Si la mort vous intéresse !
N° 251 - juillet 2006
La Suède va à contre-courant de la tendance nord-américaine
Un avenir énergétique qui se passe de pétrole
Gabriel Ste-Marie
La plupart des pays européens ont compris que le bien-être de la société ne passe pas uniquement par une croissance économique à tout prix et que la qualité de l’environnement est un facteur important à prendre en compte. Encore une fois, la Suède reste à l’avant-garde et propose un projet de société qui va à contre-courant de la triste réalité nord-américaine. Elle se donne quinze ans pour ne plus consommer d’hydrocarbures et ce, sans se tourner vers le nucléaire. L’avenir énergétique de ce pays scandinave se passera de pétrole.

La Suède ne possède pas de ressources hydrauliques ou éoliennes comparables à celles du Québec, ce qui rend le défi encore plus considérable. Il est à noter que ce pays a déjà diminué sa consommation d’hydrocarbures de 40 % depuis les années soixante-dix. Au fil des ans, la Suède a complètement revu sa fiscalité et ses lois de façon à favoriser au maximum les économies d’énergie et le recours aux sources d’énergie les moins polluantes. Par exemple, les Suédois sont aujourd’hui les principaux utilisateurs de granulés de bois pour le chauffage, technique reconnue pour ses faibles émissions et sa haute efficacité énergétique.

S’affranchir du pétrole implique le recours à des substituts qui polluent aussi, mais dans une moindre mesure. La principale difficulté demeure le secteur des transports. L’an dernier, ce secteur a accaparé les deux tiers du pétrole consommé au pays. Puisque la Suède ne possède pas les ressources pour développer un transport électrifié qui serait écologique, elle a choisi de se tourner vers les biocarburants. Cette appellation inclut les biogaz, l’éthanol et le biodiesel.

Les biogaz sont formés à partir d’ordures putrescibles, de boues d’épuration ou encore d’effluents d’élevage. Il s’agit de transformer ces formes de déchets pour en extraire un gaz qui est le plus souvent utilisé pour alimenter les autobus. Selon les spécialistes, les biogaz pourraient représenter 20 à 40 % de l’énergie consommée par les transports en Europe. Le biodiesel peut être formé à partir d’huile de colza et est susceptible de remplacer 15 % du carburant diesel.

Le biocarburant le plus important est l’éthanol. Il s’agit d’une forme d’alcool créée par fermentation à partir de sucres. Le Brésil est le premier producteur mondial et le fabrique à partir de la canne à sucre. Il est souvent élaboré à partir de maïs, et de nouvelles technologies permettent d’en produire à partir de résidus de bois ou de tiges végétales. Deux éléments distinguent les biocarburants des hydrocarbures. En plus d’être renouvelables, ils sont moins polluants, principalement à cause de leur taux de combustion plus élevé.

Avec la Finlande, la Suède est déjà le principal consommateur d’éthanol en Europe. Une nouvelle technologie, développée par Volkswagen en 2003 et nommée « flexfuel » permet aux voitures qui en sont équipées de fonctionner soit à l’essence, soit avec un mélange 85 % éthanol – 15 % essence. L’État suédois subventionne la recherche universitaire, en partenariat avec les fabricants automobiles Volvo, Saab et Scania, afin de poursuivre la reconversion de l’industrie automobile vers les biocarburants. Fait intéressant, le fameux modèle T de Ford fonctionnait autant à l’essence qu’à l’éthanol. Henry Ford voyait justement l’éthanol comme le carburant de l’avenir. La Suède met aussi en place une panoplie de mesures fiscales et autres visant à encourager l’achat de voitures fonctionnant au biocarburant. Par exemple, ces automobiles profitent de stationnement gratuit dans les grandes villes et leurs conducteurs sont dispensés des frais aux postes de péage sur les autoroutes.

Malheureusement, le recours à l’éthanol n’est pas une solution miracle. Lorsqu’on calcule l’ensemble de l’énergie dépensée pour produire l’éthanol, surtout lorsqu’il est fait à partir du maïs (la production des engrais, la machinerie, les pesticides et le transport) le bilan est moins intéressant. Toutefois, les chercheurs reconnaissent que le rapide développement technologique dans le domaine fera basculer cette situation à court terme. Par exemple, l’éthanol créé à partir de résidus de bois et d’autres matières ligneuses végétales est beaucoup plus intéressant pour le peu de retombées sur l’environnement. L’énergie entraîne toujours des conséquences environnementales. Le choix des filières n’est jamais facile et l’économie d’énergie demeure en tout temps l’option la plus écologique.

Alors que les projets de société proposés par nos élus oscillent entre le remboursement de la dette et l’occupation militaire de l’Afghanistan, il est réconfortant de voir un pays opter pour un projet de société aussi audacieux et qui mobilise toute sa population. À ceux qui demandent combien ça va coûter, le ministre du Développement durable du gouvernement suédois, Mona Sahlin, rétorque que la question est plutôt de savoir combien cela va rapporter! En plus d’améliorer l’environnement, les Suédois développent des expertises grandement convoitées.

Avec toutes ses ressources énergétiques renouvelables, le Québec pourrait réduire sa consommation d’hydrocarbures à zéro beaucoup plus facilement que la Suède. Le secteur du transport réglerait en partie ses problèmes en développant au maximum un réseau de transport en commun électrifié, autant à l’intérieur des villes, entre les villes et avec leurs banlieues. Le maire de Trois-Rivières vient d’ailleurs de relancer l’idée d’un train à haute vitesse entre sa ville et Montréal. Une étude de faisabilité est en cours. Les marchandises seraient aisément transportées par train plutôt que par gros camions.

En attendant la voiture électrique, nous avons amplement de ressources pour développer l’éthanol à partir du bois et des tiges végétales, de même que pour former du biogaz à partir d’ordures putrescibles, de boues d’épuration ou encore d’effluents d’élevage.

Dans le cadre d’un projet du fédéral, une distillerie d’éthanol construite et exploitée par une entreprise ontarienne est sur le point de débuter ses activités à Varennes. L’éthanol sera produit à partir du maïs, l’option la moins intéressante pour produire cet alcool. Il n’en tient qu’au gouvernement du Québec de prendre ce secteur en main et le pousser beaucoup plus loin. En plus d’être intéressant pour notre environnement, ce genre de projet s’avère positif pour notre économie.

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