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Si la mort vous intéresse !
N° 251 - juillet 2006
Un plan de paix qui a l’allure d’un plan d’appropriation
Résignés, les Palestiniens quittent leurs résidences
Stéphanie Beaupied
Le peuple palestinien a-t-il été abandonné ? L’attentisme de la communauté internationale face à la question palestinienne inquiète plusieurs organismes d’aide internationale dont le PAJU (Palestiniens et Juifs unis). L’aut’journal a rencontré Monsieur André Le Corre qui faisait partie d’une délégation de cet organisme tout juste de retour de la Cisjordanie. Selon M. Le Corre, malgré les apparences de plan de paix, c’est plutôt un plan d’appropriation du territoire que l’on constate sur le terrain.

À force de grignotage, Israël applique sa politique sioniste. Du territoire original de la Palestine, il n’en reste aujourd’hui que 9 % selon le PAJU. « Le territoire ressemble en réalité à une mosaïque où s’entremêlent des villages palestiniens et des colonies de peuplement israéliens » explique M. Le Corre. « Le gouvernement israélien adopte toutes sortes de stratégies afin que les Palestiniens quittent la Cisjordanie d’eux-mêmes. » Selon les mots d’Ariel Sharon, « Chaque mètre gagné est un mètre de plus pour Israël », cite M. Le Corre.

D’abord Israël encourage l’établissement de colonies juives sur le territoire palestinien. « J’ai vu des colonies sauvages, raconte André Le Corre, où des maison roulettes s’implantent, Israël leur fournit de l’électricité et de l’eau, finalement ils construisent des maisons. Certaines de ces colonies sont d’importance stratégique comme Mâleh Adumine qui a pour objectif de couper la Cisjordanie à hauteur de Jérusalem. » Cette ville de près de 150 000 habitants deviendrait bientôt plus importante que Tel-Aviv elle-même. D’un autre côté, les Palestiniens se voient refuser des permis de construction. « On les repousse, on leur propose d’acheter leur maison ou bien on leur prendra, continue M. Lecore. La plupart des Palestiniens se résignent et quittent leur résidence ».

Depuis la fin 2005, le gouvernement d’Israël a érigé un mur haut de 9 mètres qui encercle et empiète sur les terres palestiniennes. « Quand on compte toutes les portions prises, la Palestine entière tient entre Drummondville et Québec ! C’est très petit. » poursuit M. Le Corre. Il y a des terres appartenant aux Palestiniens qui se retrouvent de l’autre côté du mur. « On voit de petites portes où des tracteurs passent. Mais pour franchir le mur, les paysans doivent avoir un permis et les Israéliens ne le leur donnent pas toujours. Plusieurs Palestiniens abandonnent leurs terres qui se trouvent de l’autre côté du mur ».

Les Palestiniens sont aussi victimes de la présence militaire israélienne. La zone de la vallée du Jourdain jusqu’à la Mer Morte est entièrement sous le contrôle militaire de l’armée israélienne. « Les habitants de Jéricho à moins de 5 kilomètres de la Mer Morte ne l’ont pas vue depuis 10 ans, car ils ne peuvent pas passer dans la zone militaire », affirme M. Le Corre. L’isolement des petits villages palestiniens et l’interdiction de circulation est généralisée dans tout le territoire. Des check-points contrôlés par des jeunes recrues de l’armée israélienne condamne la population aux pires humiliations, au chômage, à la séparation des familles et rend difficile l’accès aux écoles et aux hôpitaux même s’ils sont situés à deux pas de leur résidence.

Quant à Jérusalem, c’est littéralement un régime d’apartheid qui y est établi contre les Arabes. « D’abord, le chômage est très élevé chez les Palestiniens ; ils sont soumis à un couvre-feu et leurs conditions de travail sont moindres que celles des Israéliens. Par exemple, un chauffeur de taxi arabe a moins de clients, car il est fréquemment arrêté aux check-points et gagne de 6 000 à 7 000 shekels tandis qu’un chauffeur de taxi israélien touche un salaire de 12 000 à 20 000 shekels par année », explique M. Le Corre. Évidemment, des lois interdisent les mariages entre Israéliens et Palestiniens.

Malgré tout, M. Le Corre revient optimiste de ce voyage, car la solidarité locale est plus forte que la répression. Il y a l’autre côté de la médaille, la résistance du peuple palestinien au quotidien. « La vie continue, les paysans apportent les marchandises dans les villages. Les femmes se regroupent, elles font des jardins et de l’artisanat. C’est une économie d’autosuffisance. »

« La résistance palestinienne est incroyable. Nous sommes arrivés un matin dans un village qui a été la cible d’hélicoptères de l’armée israélienne durant la nuit, des maisons ont été détruites et des gens sont morts. Les Palestiniens se sont mis tous ensembles pour les reconstruire. Rien de l’attaque n’apparaissait. » Un autre symbole de l’optimisme des Palestiniens est la manière de construire les maisons, jamais les maisons ne sont terminées. « Le toit est le futur plancher du prochain étage », souligne M. Le Corre.

Il y une vitalité et surtout un taux de natalité élevé chez les Palestiniens. Une revanche des berceaux peut-être ? « Les Arabes ont des familles nombreuses. Il y aura plus d’Arabes que de Juifs sur ces territoires dans quelques années », selon les organismes internationaux qu’a rencontrés M. Le Corre sur place. De plus, le peuple palestinien est le plus scolarisé des peuples du Moyen-Orient selon les mêmes sources.

Le Canada a été le premier pays à retirer son aide au peuple palestinien lors de l’élection démocratique du Hamas. C’est 7 millions $ de moins en aide à l’État palestinien qui ne paie plus ses fonctionnaires depuis trois mois. L’ancien président des États-Unis Jimmy Carter qui a supervisé le processus de l’élection affirme qu’il a été exemplaire et que la première victime de la fin de l’aide humanitaire est le peuple palestinien.

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