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Si la mort vous intéresse !
N° 251 - juillet 2006
La manchette du Journal de Montréal était un pétard mouillé
Lapierre démonte une à une les affirmations de Lagacé
Pierre Dubuc
Des micros cachés au syndicat. Un espion chez les cols bleus. » « Espionnage syndical ! Jean Lapierre avait fait installer en 1989 un système d’écoute pour espionner ses camarades. » « De l’espionnage même en 2005 » « Quatre micros dans 3 bureaux » Voilà quelques-unes des manchettes du Journal de Montréal publiées sous la plume du journaliste Patrick Lagacé au cours des derniers mois.

À celles-ci s’ajoutent les manchettes « Liberté 104 000 » faisant référence au salaire de 104 000 $ qu’aurait reçu Jean Lapierre après sa retraite et « Les Grandes Épouses » pour dénoncer le fait que les épouses de Jean Lapierre et de Denys Ménard, l’ex-trésorier des cols bleus, ont été nommées « Membre honoraire à vie du syndicat des cols bleus ». Et, dernièrement, Lagacé y est allé de « nouvelles révélations » sur les relations de travail dans les bureaux des cols bleus.

Pour coiffer tout cela, un encadré dans le Journal de Montréal du 8 mai dans lequel Patrick Lagacé écrit : « Une question aux cols bleus : Vous êtes pas tannés de vous faire fourrer ? ».

Peut-on encore appeler cela du journalisme ? Jean Lapierre, que nous avons rencontré en entrevue, ne le croit pas et il a déposé une plainte au Conseil de presse, le 17 mai dernier. Il critique l’absence totale d’éthique du journaliste qui refuse de nommer ses sources, de vérifier auprès des personnes concernées ses assertions, de leur donner un droit de réplique et de vérifier les faits lorsqu’ils se sont avérés, de toute évidence, faux. Il cite le document « Les droits et responsabilités de la presse » du Conseil de presse où il est dit que l’utilisation des sources anonymes doit être justifiée et demeurer exceptionnelle pour s’assurer que l’anonymat requis par des sources ne constitue pas un subterfuge pour manipuler l’opinion.

Lapierre est venu à l’entrevue avec tous ses documents. Il démonte une à une les affirmations de Lagacé, comme il l’a fait devant Benoît Dutrizac à l’émission Les Francs-Tireurs et dans sa plainte au Conseil de presse. Un dispositif « secret » avec des micros « discrets » de « 3 à 5 pouces » et une « centrale d’écoute électronique » dans le bureau du président où tout le monde a accès et dont la fenêtre donne sur le stationnement extérieur permettant n’importe à quel quidam de zieuter à l’intérieur. On a déjà vu mieux comme roman d’espionnage.

« L’explication est beaucoup plus simple », enchaîne Lapierre. À l’époque décrite, le syndicat a fait installer quelques caméras pour contrer le vol, comme la pratique est courante dans des immeubles aussi fréquentés. La manchette de la première page du Journal de Montréal du 23 février était un pétard mouillé, que Lagacé n’a pas essayé de rallumer par la suite.

Quant aux autres « révélations » de Lagacé sur le salaire de l’ex-président des cols bleus engagé à titre de conseiller, sur les conjointes de Lapierre et Ménard et les relations de travail aux bureaux des cols bleus, « c’est de la régie interne », ajoute Lapierre. Autrement dit, si le Syndicat des cols bleus veut embaucher son ex-président, honorer les femmes de ses deux leaders qui ont été emprisonnés pour activités syndicales et ériger une statue à Jean Lapierre, ça les concerne ! Point à la ligne.

On pourrait ajouter que personne n’a fait un plat de l’érection d’une statue à un des frères Lemaire de Cascades et les médias encensent aujourd’hui l’initiative d’ériger une statue à la gloire de Robert Bourassa qui a conduit sur une voie d’évitement l’élan vers la souveraineté du peuple québécois au lendemain de l’échec du Lac Meech, sans parler de deux de ses principaux faits d’armes que sont l’emprisonnement des leaders syndicaux Marcel Pepin, Louis Laberge et Yvon Charbonneau et son agenouillement devant Pierre Elliot Trudeau en Octobre 1970 pour justifier l’intervention de l’armée et le recours à la Loi sur les mesures de guerre.

Jean Lapierre est confiant de gagner sa cause devant le Conseil de presse. Il a déjà gagné à quatre reprises des causes similaires contre le journal La Presse.

Pourquoi cet acharnement contre le syndicat des cols bleus ? Lapierre n’est pas dupe. Les articles ont été publiés dans le contexte d’une lutte électorale pour la direction du syndicat qui opposait son dauphin, Michel Parent, et Serge Lapointe, un ancien vice-président. Bien plus, les articles incriminés paraissaient la veille ou le matin même d’importantes assemblées syndicales. « En m’attaquant, on visait Michel Parent et on cherchait à déstabiliser le syndicat », nous déclare-t-il.

Lapierre pointe également du doigt l’informaticien Frédéric Maître et l’avocat Daniel Pelletier, autrefois à l’emploi du syndicat et aujourd’hui conseillers de l’équipe Lapointe. « Nous n’avons plus retenu les services de Daniel Pelletier quand la CSN nous a appris qu’il représentait la partie patronale pour un sous-traitant de Quebecor contre le syndicat CSN, explique Lapierre. Aujourd’hui, il est membre fondateur et fondé de pouvoir de l’Équipe Lapointe, en contravention aux statuts du syndicat. »

Pourquoi déstabiliser le Syndicat des cols bleus ? Jean Lapierre nous jette sur la table deux articles du Journal de Montréal des 13 et 14 mai derniers. « La Ville est dans le rouge. Un trou de 400 M$ l’an prochain à Montréal » et « Zampino confirme le trou de 400 M $. Aucun scénario n’est ignoré, même la privatisation. » 400 millions, c’est beaucoup. C’est 10 % du budget 2007. Et Zambino indique au journaliste sa cible : « C’est la masse salariale qui représente la plus forte pression sur le budget 2007. »

Lapierre ajoute : « La Ville avec les arrondissements est ingouvernable. Il est probable qu’on essaie d’en fusionner et de profiter de l’opération pour réduire le nombre de cols bleus en ayant recours au secteur privé. D’ailleurs, le gouvernement Charest a préparé le terrain avec la loi adoptée sous le bâillon au mois de décembre dernier qui ouvre la porte aux privatisations dans le secteur municipal. »

Revenons maintenant au journaliste Patrick Lagacé. Il vient d’être embauché comme co-animateur à l’émission Les Francs-Tireurs. Une émission produite par Zone3, une entreprise privée de production dont un des dirigeants est Michel Bissonnette. Le même Michel Bissonnette est un des signataires du Rapport Bédard qui recommandait la privatisation de Télé-Québec. Il y a quelques semaines, son entreprise, Zone3, a obtenu le contrat de production de la nouvelle émission culturelle de Télé-Québec, Libre échange. Zone3 est également le producteur de l’émission Infoman qui a fait ses choux gras avec la statue de Jean Lapierre et s’est employé sous le couvert de l’humour à faire la promotion du maire Tremblay. Tiens, tiens, tiens…

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