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N° 201 - juillet 2001

Les unions, qu'ossa donne ?
Jacques Larue-Langlois
Enfin, une réponse à la portée de tout le monde à la question que posait, il y plus de trente ans déjà, Yvon Deschamps. La vraie vie constitue un outil indispensable pour tout jeune travailleur qui ose encore se demander pourquoi il doit appartenir au syndicat que ses camarades ont mis sur pied.

Depuis l'édification des pyramides, trois mille ans avant notre ère, une poignée d'humains, détenteurs de la richesse et du pouvoir – la plupart du temps usurpés par force, par ruse ou simplement achetés – a exploité ses frères et ses sœurs en les forçant au travail sous menace du fouet, de la peine de mort. De nos jours, les contrevenants sont placés dans l'impossibilité de vivre au rythme de consommation imposé par le modèle social que préconisent les médias et la publicité dont ils infestent les ondes. Telle est la base de l'exposé de Jacques Keable dans cet excellent petit manuel d'accès au monde du travail.

Négligés, affamés, esclaves, soulevez-vous !

Déjà, sous les pharaons, « les esclaves, négligés, affamés, se rebellaient souvent, faisaient la grève ». Au tournant de notre ère, Spartacus entraîna les esclaves de Rome en rébellion et quelque 6000 de ceux-ci mirent à mal les autorités romaines avant de périr tous l'arme à la main. Au XIVe siècle, les tisserands flamands, maintenus au travail dans des conditions cruelles par des seigneurs féroces, s'insurgent contre les excès des maîtres. Résultat 0 près de 10 000 artisans et paysans sont massacrés, en 1328, par l'armée de Philippe de Valois, roi de France.

De l'esclavage des Noirs partout en Occident au taylorisme et à la chaîne de montage de Ford, la lutte des travailleurs passe par la pendaison à Chicago, en 1886, de cinq leaders socialistes révolutionnaires exécutés pour avoir osé soulever le mouvement ouvrier américain en vue de réclamer la journée de travail de huit heures. Elle est marquée, dès la deuxième moitié du XIXe siècle, par la mise sur pied, en Angleterre, des premiers syndicats avant d'aboutir à la formation du Parti travailliste anglais (Labor Party) en 1924.

Il faut se donner les moyens de vaincre les trois peurs

Au Québec, au début du siècle, la semaine de travail était encore de 72 heures (6 X 12). Mais l'histoire ne vaut rien si elle ne sert pas à asseoir les revendications des travailleurs d'aujourd'hui en leur permettant de constater que les exploités luttent depuis si longtemps contre les gros qu'il importe de poursuivre le combat en vue d'une victoire finale du prolétariat contre les exploitants.

L'auteur offre des moyens concrets de vaincre les trois grandes peurs qui affligent aujourd'hui les travailleurs du monde entier 0 « l'automatisation du travail via l'informatique, la mondialisation qui délocalise la production et la précarisation du travail » découlant nécessairement du chantage que peuvent se permettre des patrons tout-puissants avec la complicité des gouvernements qu'ils maintiennent en place.

Les syndicats dans la vraie vie

Jacques Keable, dont le livre est publié avec la collaboration de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), de la FTQ et du Fonds de solidarité de la FTQ, actualise son propos en situant «les syndicats dans la vraie vie » par le biais d'un inventaire des gains obtenus – tant pour les syndiqués que pour la population en général, par suite des luttes syndicales. Et de déboucher sur des considérations pratiques permettant de devenir membre d'un syndicat ou d'en fonder un au besoin.

Le côté primaire, inesthétique et souvent carrément illisible des caricatures qui tiennent lieu d'illustrations constituent le seul bémol de cette parution. Ça donne envie de suggérer rapidement une nouvelle édition qui en soit dépourvue.

En conclusion, ce manuel du parfait petit travailleur conscient propose deux règles élémentaires à l'intention de ceux et celles qui veulent être « des citoyens citoyennes à part entière 0

– Savoir et croire qu'on peut vraiment changer le monde;

– pour changer le monde, il est préférable de s'engager à prendre ses responsabilités et de s'y mettre à plusieurs. »

Tout individu accédant au marché du travail devrait être muni de ce livre-outil essentiel.

Y a encore du chemin à faire

Quelques faits – jamais trop répétés justifiant la lecture de La vraie vie

– La fortune des trois hommes les plus riches du monde dépasse le produit national brut des 35 pays les moins « avancés » et de leurs 600 millions d'habitants.

– Pour pouvoir eux-mêmes manger et pour nourrir leurs familles, 250 millions d'enfants travaillent, dont les plus jeunes n'ont pas cinq ans.

– 60 % des personnes qui occupent un emploi, au Québec, ne sont pas syndiquées.

– 80 % des quelque 180 000 entreprises installées au Québec sont sans syndicat.

– Au Québec même, en 1999, près de 40 % des ménages montréalais avec enfants, soit plus de 80 000 familles, vivent sous le seuil du «faible revenu » (20 000 $ / an).

La vraie vie, ce que tout jeune devrait savoir sur le monde du travail et qu'on ne lui dit pas, Jacques Keable, Lanctôt Éditeur, Montréal 2001, 184 pages.

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