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Si la mort vous intéresse !
N° 251 - juillet 2006
Chez les Castonguay, père et fille sur la même longueur d’ondes
C’est l’ennui des pauvres qui engorge les salles d’urgence
Léo-Paul Lauzon
Claude Castonguay représente le prototype par excellence de faiseux qui, avec l’appui des gros affairistes d’ici comme Power Corporation, présentent faussement leurs projets au nom de l’intérêt général et du bien commun alors que, dans les faits, la mise en application de leurs projets profitera énormément qu’à eux seuls, et à leurs amis, au détriment du bien commun et aux frais de l’ensemble de la population, appauvrissant au passage les gens ordinaires.

Premièrement, il se présente toujours comme le père de l’assurance-maladie au Québec. C’est totalement et intégralement faux, comme l’a démontré l’excellent journaliste André Noël de La Presse dans son texte du 20 mai 2006 intitulé : « Castonguay est-il vraiment le père de l’assurance-maladie ? ». Le véritable instigateur du système de santé publique au Canada fut le premier ministre du Nouveau Parti démocratique (NPD) de la Saskatchewan, monsieur Tommy Douglas, qui a eu le mérite et le courage de l’implanter le premier dans cette province. Ensuite, les autres provinces, de la Colombie-Britannique à l’Ontario, en passant par le Québec, n’ont fait que suivre et copier le modèle de santé publique de la Saskatchewan. Au Québec, on doit l’instauration de l’assurance-maladie au gouvernement de l’Union Nationale et non au Parti libéral du Québec, et encore moins à Claude Castonguay.

Deuxièmement, il omet toujours de dire que, s’il a passé seulement quelques années en politique active, il fut pendant plusieurs années président de la compagnie d’assurances La Laurentienne qui, comme toutes les compagnies d’assurances, seraient financièrement les grandes gagnantes de la privatisation de notre santé publique. De plus, il est actionnaire et administrateur de compagnies pharmaceutiques comme Andromed et Procréa BioSciences, qui sont les principaux responsables de la hausse des coûts de notre système de santé publique. Pourquoi omet-il ces faits et les médias aussi ?

Troisièmement, ça fait plus de douze ans qu’il répète toujours la même rhétorique usée à la corde de la privatisation obligée de notre santé publique que les journaux de Power Corp., qui a de gros intérêts dans la santé privée par le biais de ses filiales Great West Life, London Life et Canada Life, reproduisent dans leurs pages sur une base régulière afin de vous farcir la cervelle et amener chez vous apathie et résignation.

N’allez surtout pas dire que Claude Castonguay est un idéologue, non, non, c’est plutôt un penseur qui jette un regard complètement « désintéressé » et « neutre » sur notre système de santé publique, et qui a l’extrême courage de proposer un ticket modérateur de 25 $ la visite chez le toubib afin d’apporter des revenus supplémentaires à nos pôvres médecins, qui ne gagnent annuellement que 200 000 $ et plus l’an et de privatiser la santé publique en permettant aux patients de souscrire à des assurances privées de compagnies comme La Laurentienne, la Great West Life et la London Life. Attention, le coût de ces assurances privées seraient entièrement déductibles d’impôts, ce qui fait qu’on se retrouverait avec un système de santé privée qui n’aurait de privé que le nom, étant financé abondamment par les fonds publics grâce aux déductions fiscales.

Voici messieurs, dames, quelques opinions de notre charlatan préféré, Claude Castonguay, qui ont été aimablement reproduites récemment dans La Presse. Entre amis intéressés, faut s’entraider. Un autre touchant exemple de solidarité entre nos monarques.

« Les risques de dérapage. Des éléments d’un régime de santé privé vont se développer assez rapidement. Il faut les baliser ». La Presse, 12 février 2006; « Gare à la passivité. Il serait imprudent pour le gouvernement québécois d’adopter des solutions minimalistes au problème soulevé par le jugement Chaoulli ». La Presse, 11 février 2006.

Ces deux derniers textes ont été rédigés en collaboration avec Claude Forget qui, lui aussi comme l’autre beau Claude, a été ministre libéral des Affaires sociales au Québec. De plus, il est le conjoint de la présidente du Conseil du Trésor dans l’actuel gouvernement libéral de Jean Charest, Monique Jérôme-Forget, celle-là même qui veut dégraisser, moderniser, adapter et réingienérer le Québec et qui affectionne beaucoup, comme son conjoint et Claude, le privé.

« Désunion. Alors que nous devrions chercher à nous unir, nous persistons dans l’affrontement entre fédéralistes et souverainistes », La Presse, 5 novembre 2005; « Claude Castonguay ne croit plus au système de santé public actuel. Le père de l’assurance-maladie encourage le privé », La Presse, 8 novembre 2005; « Une mauvaise idée. La création d’une caisse vieillesse est loin d’être une solution judicieuse », La Presse, 4 août 2005. N’allez surtout pas répéter que je suis jaloux de la couverture médiatique empressée et bienveillante que reçoit Claude de La Presse.

Quand Claude Castonguay, ex-pdg de La Laurentienne compagnie d’assurances et actuel actionnaire et administrateur de compagnies pharmaceutiques, fait une présentation quelque part, il fait appel à une grosse firme de relations publiques afin d’être bien entendu partout, comme lors de son dernier mémoire déposé à la Commission parlementaire sur la place du privé et le financement à long terme du système de santé. Effectivement, même s’il répète toujours la même mautadine rengaine des hôpitaux privés, des assurances privées déductibles d’impôts s’il vous plaît et du ticket modérateur, le 16 mai 2006, La Presse, comme il se doit, en a fait sa « nouvelle » principale à la page couverture sous le titre de : « Financement du système de santé. Castonguay prône un ticket modérateur ».

Puis, le 20 mai suivant, le haut-parleur par excellence des affairistes et têteux modèle de son boss Power Corp., Alain Dubuc de La Presse, a exprimé haut et fort son appui indéfectible aux brillantes idées d’une de ses idoles dans sa chronique intitulée : « Le retour du ticket modérateur ». Voilà le type de richesse dont fait éloge Alain Dubuc. La privatisation de la santé augmenterait considérablement le produit intérieur brut de la province, laissant apparaître une hausse artificielle de la richesse collective.

Mais, dans les faits, lorsque l’on procède à une élémentaire ventilation de toute l’affaire, on se rend alors compte que la privatisation des hôpitaux profiterait énormément à des multinationales comme Power qui détiennent et gèrent des centres hospitaliers privés côtés à la Bourse, des compagnies d’assurances comme La Laurentienne de Castonguay et la Great West Life de Power et enrichiraient encore plus les médecins.

D’un autre côté, cela appauvrirait l’ensemble de la population qui aurait à allonger des milliers de dollars chaque année pour souscrire à une assurance privée et défrayer un ticket modérateur de 25 $ la visite, et diminuerait les recettes de l’État car le coût des assurances privées et du ticket modérateur seraient déductibles d’impôts. La même chose qui prévaut aux States avec leur gros PIB, mais aussi leur énorme coût de la vie, leurs 46 millions d’individus sans aucune couverture médicale dans leur système de santé privé très cher, inaccessible à plusieurs.

Toute cette couverture médiatique pour du réchauffé et pour des mesures venant d’un arriviste qui s’attaque au bien commun et à l’égalité des chances face à un service aussi vital que celui de la santé. Faut le faire, et on appelle ça « démocratie ».

Au journaliste de La Presse, l’ineffable Claude Castonguay a dit : « Nous n’avons pas les moyens au Québec de nous offrir des programmes sociaux comme si nous étions riches. Ce n’est plus le cas. Il faut choisir la solution qui est le moindre mal ». Le Québec n’a jamais été aussi riche comme le démontre éloquemment l’augmentation du produit intérieur brut et les profits des entreprises au cours des vingt-cinq dernières années.

Bien sûr que Claude Castonguay et ses semblables, comme les lucides autoproclamés, préfèrent toujours tarifer les services publics et privatiser nos instruments collectifs et, de ce fait, taxer et appauvrir le monde ordinaire. Jamais au grand jamais ils vont suggérer de mettre à contribution les entreprises et les nantis en abolissant certains de leurs honteux privilèges fiscaux. Bien au contraire, ils veulent réduire les impôts des entreprises et des riches et augmenter substantiellement leurs revenus par des mesures comme le ticket modérateur, la sous-traitance, les partenariats public-privé (PPP), la privatisation, la désyndicalisation, etc.

Le mot de la fin revient à la fille de Claude Castonguay, Joanne, économiste au groupe de recherche CIRANO, financé grassement par le privé, qui a dit : « Les personnes moins nanties ont plus de temps à octroyer pour aller dans les urgences. Les gens disent : une personne s’ennuie, alors elle va chez le médecin toutes les semaines. Donc, le coût marginal est moindre pour les moins bien nanties à attendre dans les urgences ».

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