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L’axe anglo-saxon
N° 250 - juin 2006
On note toujours une sous-performance chez les immigrants
17,7 % des élèves affichent un retard au secondaire
Ginette Leroux
Nous sommes arrivés au cœur du débat sur l’intégration des élèves issus de l’immigration, nous pouvons enfin parler de la réussite éducative », déclarait Mme Marie McAndrew au colloque de la CSQ, Dix ans après les États généraux de l’éducation, tenu au mois de janvier dernier à Québec .

Selon madame McAndrew, professeure au Département d’administration et fondements de l’éducation de l’Université de Montréal, lorsque l’on compare la performance et le cheminement scolaires des élèves issus de l’immigration à ceux de l’ensemble de la population scolaire, les statistiques confirment que 17,7 % des élèves d’origine immigrante – à noter qu’ils ne sont pas tous des nouveaux arrivants – affichent davantage de retard au secondaire.

Autres faits marquants de son exposé, le taux de réussite est deux fois supérieur pour ces élèves qui intègrent le système scolaire québécois au primaire (68,9 %) comparativement à ceux qui y entrent en première secondaire (34,3 %). De même, ils sont 12 % moins nombreux à obtenir leur diplôme d’études secondaires après 5, 6 et 7 années de scolarisation.

La situation est encore plus alarmante chez les élèves issus des communautés noires. Le taux de réussite est d’à peine 51 % après 7 ans de scolarité au secondaire. La situation est particulièrement dramatique chez les Antillais de langue anglaise et chez les Antillais créolophones (Haïtiens) avec des taux de réussite respectifs de 41 % et de 39,5 %. Par contre, les Africains de langue maternelle française réussissent à 62 %. Une constante demeure. Peu importe les sources de leur échec, on note toujours chez les Antillais anglophones et créolophones une sous-performance, non égalée dans les autres groupes.

Pas étonnant qu’on retrouve autant de ces élèves à l’éducation des adultes. Mon expérience d’enseignante au secondaire dans ce secteur à la Commission scolaire de Montréal le confirme. Sur l’île de Montréal, où se concentrent près de 80 % des immigrants, ces élèves constituent actuellement plus de la moitié de notre clientèle.

Nous les accueillons à partir de 16 ans et devons composer avec une multiplicité de problèmes nouveaux que nous tentons de résoudre, avec de moins en moins de succès. Les difficultés dépassant les moyens mis à notre disposition.

Cependant, les statistiques mises de l’avant par Marie McAndrew sont d’un précieux secours pour mieux cibler nos interventions. Dans son exposé, elle a démontré comment jusqu’ici les statistiques avaient été trompeuses voire biaisées. Active au sein du comité consultatif sur l’élaboration de la Politique d’intégration scolaire et d’éducation interculturelle de 1998, elle se permet de critiquer les constats relatifs à la réussite éducative de l’époque.

On estimait, notamment, que la réussite des élèves issus de l’immigration était équivalente ou supérieure à celle des francophones de souche. C’était trop optimiste. D’où venait cette méprise ? Certainement du fait que les données statistiques portaient sur l’ensemble des élèves allophones, secteurs français et anglais confondus. Le nombre d’allophones du secteur anglais, des élèves de deuxième et de troisième générations, avait pour effet d’embellir la situation. Aussi, ces mêmes données ne rendaient compte que de la performance aux épreuves ministérielles. Les taux de présence (ou d’absence) aux examens ayant été négligés.

Quant à l’analyse des facteurs explicatifs, elle était plutôt mince. On rejetait, entre autres, l’hypothèse d’un impact négatif de la concentration ethnique. Nous savons aujourd’hui que ce facteur devient significatif si l’on aborde la concentration ethnique en tenant compte du nombre d’élèves immigrants de première génération.

Toujours selon la chercheure, pluriethnicité et défavorisation ne faisaient pas partie des préoccupations de l’époque. Non pas que les milieux pluriethniques soient tous défavorisés. Loin de là. Mais jadis associés aux Canadiens-français de vieille pauvreté, les milieux défavorisés regroupent maintenant des familles immigrantes dont les enfants fréquentent les écoles montréalaises. Il faut noter que souvent ces élèves réussissent mieux que les Québécois de souche issus de milieux défavorisés.

Comme le souligne Marie McAndrew, nous avons aujourd’hui une analyse plus fine pour pouvoir intervenir en faveur de la réussite scolaire des élèves issus de l’immigration. « Il faut rendre centrale la réussite éducative des élèves issus de l’immigration dans les pratiques scolaires, notamment par l’examen de la pertinence et du choix des divers modèles d’accueil, l’identification des sous-groupes en difficulté, l’ajout de mesures supplémentaires. La connaissance de ces facteurs permet de cibler de meilleures actions », conclut celle pour qui l’immigration est son objet d’étude depuis plus de trente ans.

Encore faudrait-il que le Ministère et les commissions scolaires dégagent les ressources nécessaires !

Marie McAndrew est professeure au Département d’administration et fondements de l’éducation à la Faculté des sciences de l’éducation et titulaire de la Chaire en relations ethniques de l’Université de Montréal.

Immigration et diversité à l’école. Le débat québécois dans une perspective comparative, Marie McAndrew. Les Presses de l’U. de M., 2001

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