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L’axe anglo-saxon
N° 250 - juin 2006
Tout c e qu’Elgrably ne veut pas savoir sur le salaire minimum
Le salaire des jeunes a reculé de 15 % en 20 ans
Léo-Paul Lauzon
À chaque fois que le gouvernement augmente d’un montant ridicule le salaire minimum, le patronat et sa suite royale ressortent toujours la même cassette de la capacité de payer des entreprises, de la compétitivité, de la croissance et de la perte d’emplois. Ils agitent d’ailleurs le même épouvantail avec la dette publique et les impôts toujours trop élevés que les entreprises paient.

Qu’à cela ne tienne, cela ne les empêche pas d’engranger des profits records année après année. Selon l’économiste en chef de la Financière Banque Nationale, Clément Gignac, les bénéfices des entreprises sont aujourd’hui à leur niveau le plus élevé en 50 ans par rapport au produit intérieur brut.

Madame Elgrably de l’Institut économique de Montréal me fait dire, dans sa chronique du 10 mai 2006 publiée dans le Journal de Montréal, que j’aurais affirmé, lors d’un débat avec elle à l’émission de Denis Lévesque à LCN, que les pays scandinaves imposaient légalement un salaire minimum deux fois plus élevé qu’au Québec.

Madame Elgrably est de mauvaise foi ou elle entend ce qu’elle veut bien entendre et surtout qu’elle l’interprète bien à sa façon très particulière. Ce que j’ai dit est que dans les pays scandinaves comme la Finlande et la Suède, le salaire minimum est beaucoup plus élevé qu’ici et que ces pays sont, avec la Norvège et le Danemark, les plus compétitifs au monde selon l’organisme privé du Forum économique mondial.

Ils sont les plus compétitifs de la planète même s’ils sont « affligés » de gros États interventionnistes, de gros impôts et de gros syndicats, ce qui doit beaucoup faire « freaker » madame Elgrably et qui devrait amener auprès de ses lecteurs un salutaire doute sur les supposées théories économiques que madame énonce pompeusement sans aucune retenue.

On est à mille lieues de son petit monde féerique du tout marché libre. Avec un taux de couverture syndicale de 92,5 % dans ces pays contre 40 % au Québec, selon l’OCDE, il est bien évident qu’une loi sur le salaire minimum est inutile. Il est dicté par ce taux élevé de syndicalisation. Pour arriver à un tel taux de couverture syndicale, il a bien fallu que ces États promulguent de nombreuses lois afin de réguler le marché du travail. N’est-ce pas madame Elgrably ?

Dans les pays scandinaves, selon l’European Industrial Relations Observatory On-line, un travailleur non qualifié gagne 15 $ de l’heure. Dans certains pays européens dotés d’une loi en bonne et due forme sur le salaire minimum, disons qu’il est de 11,50 $ l’heure en France, de 10,60 $ l’heure en Grande-Bretagne et, tenez-vous bien, de 10 $ l’heure en Irlande, le pays modèle des très lucides partisans du néolibéralisme qui nous est continuellement présenté comme le summum en termes de réussite économique. Une preuve de plus que salaire minimum plus élevé et croissance économique vont de pair, et non le contraire, madame Elgrably.

Je le répète, d’un strict point de vue économique, la hausse du salaire minimum et des salaires en général a un effet bénéfique sur la création et la répartition équitable de la richesse comme en font foi les résultats probants obtenus dans ces pays. Sans compter que cela encourage les gens à travailler, à être plus productifs et à payer des impôts.

De bas salaires versés augmentent le travail au noir et la criminalité, comme c’est le cas aux États-Unis. Comme il n’y a pas un juste rapport de force entre l’employé isolé non syndiqué et un employeur de l’envergure de Wal-Mart ou d’Esso, l’État doit intervenir, car ces multinationales multimilliardaires continueront de rétribuer leurs travailleurs à des salaires de misère.

Il est également erroné madame d’affirmer que scolarisation et expérience accrues riment avec salaires plus élevés. Demandez-le au million de travailleurs atypiques du Québec ? Malgré une plus grande scolarisation (Journal de Montréal du 13 août 2005), Statistique Canada affirme que le salaire des jeunes travailleurs a reculé de 15 % en 20 ans. Prétendre vouloir l’abolition de la loi sur le salaire minimum au nom du mieux-être des travailleurs relève du mépris affiché envers les plus vulnérables de la société.

En passant, madame Elgrably, vous détenez un baccalauréat en gestion et une maîtrise en gestion avec une concentration en économie. Cela ne fait pas de vous une économiste pour autant et, par respect pour votre lectorat, vous devriez cesser de vous présenter comme telle. C’est carrément de la fausse représentation.

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