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À l’ombre de l’orford
N° 249 - mai 2006
Un budget vraiment « cheap » ! selon Greenpeace
Avec le ministre Audet c’est le dévoiement durable
André Bouthillier
Il fallait bien qu’un jour l’âne montre les oreilles. Le grand chapeau de paille, qui coiffait la Politique nationale de l’eau depuis l’élection du gouvernement conservateur du Parti Libéral du Québec au printemps 2003, est finalement soulevé pour nous montrer une mule verte rachitique.

Cette Politique qu’avait fait sienne le Mulcair d’usage jetable ne trouvera dans ce budget aucune possibilité de se voir appliquée. Si nous pouvions dire qu’à l’arrivée du ministre une coupure de 14 millions $ n’annonçait rien qui vaille, à la deuxième année une coupure de 4,5 % au budget traçait un sillon qui mettrait à mal tous les fonctionnaires qui tenteraient d’améliorer l’efficacité conseil et réglementaire du ministère.

Cette année, nous avons fait le calcul en dollars constants, question de ne pas se faire passer des lucioles pour des lanternes. Les montant tels que présentés par le ministre sont passés de 204 351 200$ à 205 095 500$. Nous pourrions penser que le budget est au moins indexé de 74 430 $. Mais non ! Car en dollars constants, c’est une diminution réelle du budget. (Voir le tableau ci-dessous.)

En y regardant de plus près, on constate qu’il y aura moins de fonctionnaires au ministère et que la répartition à l’intérieur de l’enveloppe budgétaire favorisera l’achat de terrains pour la conservation plutôt que tout autre activité environnementale. Quant au soutien à la gestion environnementale en milieu agricole les maigres 280 000 $ de 2004 sont rendus aujourd’hui à 150 000 $. Aucune amélioration côté dépollution du fleuve, les mêmes rachitiques 300 000 $, évidemment non indexés.

De leur côté, les organismes de bassin versant voient leur budget fondre de 2 215 000 $ à 921 000 $. Avec cette nouvelle coupure de 1 294 000 $ (moins 33 000 $ en dollars constants) et le détournement des redevances promises, c’est l’arrêt de mort de la Politique nationale de l’eau.

Ajoutons que le ministère a reçu deux nouveaux mandats, le Développement durable et les parcs. Il faudra bien qu’il y consacre de la main d’œuvre qui ne sera pas ailleurs.

« Un budget vraiment “ cheap ”, intellectuellement malhonnête qui jette de la poudre aux yeux », selon Greenpeace. C’est un scandale de constater que les redevances sur l’eau imposées à Hydro-Québec seulement n’iront pas au Fonds vert, comme promis depuis belle lurette, et tel que recommandé par la Commission sur la gestion de l’eau au Québec (Commission Beauchamp), et tel que repris par la Politique nationale de l’eau depuis 2002.

Quant aux compagnies privées qui produisent de l’électricité, même si elles sont imposées, dès les prochaines renégociations de tarifs, la redevance sera refilée à Hydro-Québec qui est le seul acheteur d’électricité au Québec.

La redevance annoncée dans ce budget est tout simplement une taxe déguisée dont écoperont les clients d’Hydro-Québec, mais pas les multinationales de l’eau encore absoutes de toute redevance à l’État pour embouteiller un produit de grand luxe. L’argent de la redevance ne devait-il pas revenir aux activités de l’eau ? Surtout au moment où le Québec dit manquer de fonds pour réaliser l’inventaire des réserves d’eau souterraines, ce qui est le premier pas vers leur protection, sans cesse reportée.

« C’est la mort des opérations de bassins versants au Québec », affirme Hubert Chamberland, porte-parole du bassin versant Richelieu et président fondateur du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec. La réduction du budget alloué aux organismes de bassins versants porte un coup fatal à la Politique nationale de l’eau, elle qui est basée sur une stratégie de gestion de l’eau par bassin versant, c’est-à-dire par plateau d’écoulement naturel de l’eau, plutôt qu’en fonction des découpages arbitraires des régions administratives, des MRC ou des villes.

« Depuis 2002, explique M. Chamberland, les ministres André Boisclair et Thomas Mulcair avaient demandé aux organismes de bassin versant de patienter avant de confectionner les plans directeurs de l’eau dans chacune des régions. Ils sont 33 organismes de bassin versant qui vivent d’une subvention annuelle de 65 000 $ qui leur avait été garantie pour une durée de trois ans. Grosse affaire, après avoir loué un bureau, branché le téléphone et l’internet, payé le comptable, l’employé à la gestion…oups ! Fini ! »

Ce n’est pas seulement le manque d’argent qui met la survie des organismes en péril, mais aussi le fait que le cabinet des ministres a transféré la responsabilité de la gestion des cours d’eau aux municipalités régionales de comtés (MRC). « Ce qui signifie et annonce que le gouvernement n’a pas l’intention de renforcer les organismes de bassin versant qui sont, je ne le répèterai jamais assez, la pierre angulaire de l’application de la Politique nationale de l’eau », ajoute M. Chamberland.

Avancez en arrière, passez Go, ne collectez pas 200 $ et recommencez la démarche à partir de 1997, avant la Commission Beauchamp. J’adore le Monopoly et le parchési, mais pas en politique.

Vivement des élections !

Note au lecteur : Afin de faciliter la lecture, chacune des références précises n’apparaît pas dans le texte. Les sources proviennent d’une revue de presse régionale et nationale et du site de référence d’ Eau Secours ! - La Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau, à www.eausecours.org

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