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À l’ombre de l’orford
N° 249 - mai 2006
On ne battra pas Charest et Harper en divisant le vote !
Madeleine Parent fustige le manque de solidarité
Vincent Larouche
À l’occasion du Premier Mai, c’est un vibrant plaidoyer pour l’unité syndicale que lance la syndicaliste Madeleine Parent. En entrevue avec l’aut’journal, la militante de 87 ans affirme tout de go que l’un des principaux facteurs qui ont nui aux travailleurs pour les négociations dans la fonction publique est le manque de solidarité entre les différentes composantes du mouvement syndical. « C’est évident, et les syndiqués le savent aussi ! affirme-t-elle. Il y en a qui ont pensé pouvoir réussir tout seuls, sans les autres. Ils ont vu que ce n’était pas possible. »

Depuis sa retraite, Madeleine Parent n’a jamais arrêté de suivre ce qui se passe au sein du mouvement syndical québécois, canadien et américain. Abonnée au Devoir, à La Presse, au Globe and Mail, au New York Times et au Guardian de Londres, elle suit l’actualité religieusement. Elle reste aussi en contact avec plusieurs syndicalistes québécois, dont la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, en qui elle dit avoir une confiance absolue. « Nous nous parlons souvent. J’étais au congrès quand elle a été élue, et je l’appuierai tant qu’elle sera là », dit-elle.

Forte de son expérience dans la lutte contre des gouvernements aussi anti-syndicaux que celui de Maurice Duplessis, elle explique que les libéraux ont semé la discorde volontairement, pour briser l’unité des syndicats québécois juste avant les négociations dans la fonction publique.

« Le gouvernement est content chaque fois qu’il peut causer un événement pour diviser les syndicats entre eux. Dans la santé, il a décidé arbitrairement et unilatéralement d’imposer de nouvelles accréditations syndicales que celles qui avaient été décidées par les travailleurs. Les syndicats se sont maraudés les uns les autres, juste avant les négociations. C’était un plan pour qu’ils se battent entre eux au moment où ils avaient le plus besoin de solidarité. »

« Ce gouvernement a tout fait pour diviser les gens, poursuit-elle. Auparavant, Monique Jérôme-Forget, que je surnomme la Margaret Thatcher du Québec, avait déclaré qu’il n’y avait pas assez d’argent pour régler l’équité salariale. Elle a aussi dit que, si le gouvernement était forcé de l’appliquer, cela ferait donc moins d’argent pour les hommes de la fonction publique. C’est clairement une stratégie pour diviser les femmes et les hommes. »

Maintenant que le décret a été imposé aux employés de l’État, elle insiste sur l’importance de rebâtir les ponts pour se présenter en un front large et uni lors des prochaines batailles. Pour elle, les gens ont raison d’être mécontents. Toutefois, ceux qui prônent la séparation d’avec leur centrale syndicale comme solution, comme les dissidents de la CSQ, font fausse route. « Je pense qu’ils ont tort. Ils devraient plutôt voir au sein de leur centrale comment il est possible d’être solidaires avec les autres centrales comme la CSN et les autres syndicats. »

Elle va même plus loin et affirme que les syndicats indépendants qui avaient autrefois quitté leur centrale devraient songer sérieusement à y retourner aujourd’hui. « Il faut faire des efforts importants au nom de la solidarité, qui est absolument essentielle pour pouvoir avancer et cesser d’être la cible des attaques », déclare-t-elle.

Après une période où le mouvement syndical a été passablement malmené, Madeleine Parent propose de relancer la mobilisation autour de grands thèmes unificateurs. « Les gens sont motivés seulement s’ils ont des objectifs clairs, explique-t-elle. L’équité salariale est un objectif très important, puisqu’elle est liée aux intérêts des travailleuses et des travailleurs les plus exploités. Il y a aussi la défense des garderies publiques ou du réseau de la santé, que nos gouvernements essaieront de privatiser. Je pense aussi qu’il faut défendre les libertés fondamentales, qui sont menacées. Il faut revenir au principe de la Charte des droits. »

Une prochaine étape consistera à se débarrasser des gouvernements anti-syndicaux de Stephen Harper et Jean Charest. Elle se dit favorable à une participation du mouvement syndical au processus politique, « pourvu que ce soit libre ! » Elle précise : « Je n’ai jamais été d’accord avec le principe du NPD qui prenait un montant d’argent directement sur les cotisations syndicales, mais je suis d’accord pour qu’on incite les gens à cotiser volontairement et à s’impliquer dans les campagnes électorales. »

« Ce que je déplore, poursuit-elle, c’est que nous avons maintenant deux partis indépendantistes qui vont se partager les votes au Québec. Je crois que c’est un grand soulagement pour les libéraux et même pour Harper. Si on veut gagner et porter au pouvoir un parti souverainiste, ça ne se fera pas en divisant les votes ! »

Lorsqu’on lui souligne que les militants peuvent être passablement démoralisés, après les nombreux coups portés aux syndicats par le gouvernement libéral, elle refuse de sombrer dans le défaitisme. « Ils peuvent être démoralisés jusqu’à un certain point, mais il faut quand même chercher une solution valable », dit-elle.

Citant des souvenirs de sa vie de combats aux côtés de son compagnon Kent Rowley, elle termine. « Nous, quand nous ne pouvions même plus travailler au Québec à cause de Duplessis et du cardinal Léger, nous avons recommencé en Ontario. C’était très dur. Kent chantait “ Un Canadien errant ” quand il était nostalgique. Mais nous l’avons fait. »

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