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L'anglo " rose " de la Commission Larose
N° 202 - septembre 2001

La qualité d’une langue est sa qualité de vie
Jean-Claude Germain
Dans un rapport qui veut tourner la page des deux solitudes, la Commission pour l’avenir de la langue française au Québec semble ignorer que les solitudes n’ont pas plus de patrie que les solitaires de compatriotes. Si la réalité historique avait écrit le roman de Hugh MacLennan, elle l’aurait intitulé plus justement Les deux indifférences.

Si l’avenir du français au Québec passe par la valorisation de l’anglais, comme semble le croire la Commission, il n’y a donc pas à s’étonner qu’elle ait transformé le père de la loi 101 en un croisé du Bon parler français. En plus de 300 pages de texte, elle ne cite qu’une seule phrase de Camille Laurin. Le statut de la langue est lié à sa qualité et l’amélioration de sa qualité ne fera que renforcer le statut de la langue, y susurre le bon docteur à l’unisson avec les commissaires.

Du temps où les journaux étaient jaunes, lorsque les potineurs étaient en manque de potins pour la une, leur dernier recours était d’appeler une vedette populaire à leur secours, Michel Louvain par exemple, et dans le cours d’un entretien de routine sur ses projets futurs, de lui demander à brûle-pourpoint 0 Coudonc Michel, c’tu vrai que tu veux te suicider ?

Ce que l’intimé interloqué s’empressait de nier vivement 0 Han ? Ben non ! Pour lire, quelques jours plus tard, Michel Louvain 0 Non ! je ne me suiciderai pas, en première page de Nouvelles et potins. La Commission pour l’avenir du français a traité le docteur Laurin avec la même rigueur journalistique. Est-ce que vous êtes pour l’amélioration du français ? Et le docteur de répondre 0 Bien sûr ! Il n’est pas contre la vertu mais en tant que psychiatre, il préfère la lucidité. Le ferme propos ne suffit pas pour transformer la vie d’un individu ou d’une société.

Le fait que la Cour suprême du Canada ait débouté la plupart des articles importants de la loi 101 n’a pas remis en question sa légitimité, vous dirait-il. Pour espérer qu’un tribunal fédéral puisse renier sa nature, il faut s’aveugler. Mais pour en accepter les sanctions, il faut se renier.

Camille Laurin ? Connais pas !

Puisque le rapport Larose a choisi de faire comme si Camille Laurin n’avait pas existé, il semble opportun d’interroger ce dernier sur divers sujets qu’aborde la Commission et dont il a déjà traité dans divers discours et allocutions avant et après l’adoption de la Charte de la langue française, en août 1977.

Tout d’abord sur la qualité de la langue ? Pendant deux siècles, le Québec a été coupé de presque tout contact avec la France et cette situation a provoqué une certaine anémie sur le plan linguistique chez les Québécois. Ensuite, la révolution industrielle a touché le Québec uniquement en anglais. Dans le subconscient de trop de Québécois, il y a dissociation entre langue française et technique, économie, industrie, science et affaires. On pourrait dire que pour franciser le Québec, il sera nécessaire de franciser les francophones, c’est-à-dire améliorer la qualité de leur langue de façon à ce qu’ils puissent l’utiliser dans toutes les circonstances de la vie.

Il y a des tolérances intolérables

Et que penser du statu quo qu’on qualifie aujourd’hui de paix linguistique ?

Ce qui me paraît troublant dans le combat que mène le milieu des affaires, y compris un certain milieu francophone, contre la politique québécoise de la langue française, c’est de le voir dresser le drapeau de la défaite, de la catastrophe économique inévitable.

Le statu quo qu’on nous demande d’ériger au nom d’un tel réalisme économique, on nous le demande aussi au nom de ce qui serait le plus beau fleuron de notre histoire collective 0 notre séculaire et vertueuse tolérance. Une pareille vertu qui tolère l’injustice séculaire et qui se nourrit de la peur et de la défection ne saurait orner la première page de notre politique linguistique.

L’apprentissage collectif de la confiance en soi suppose que nous nous débarrassions de ce sentiment de culpabilité qui nous paralyse à toutes les fois que, comme peuple, nous tentons de nous définir. Il faut cesser de croire que nous constituons un peuple généreux et admirable, parce que nous supportons vertueusement et dans un silence unanime une lente mais implacable dépossession.

Un Québécois, c’est plus qu’une présence physique

Qui est Québécois ? On m’a demandé récemment 0 qu’est-ce qu’un Québécois ? L’histoire est pleine de ces questions. Quelqu’un a déjà demandé 0 Qu’est-ce que la vérité ? Nous avons connu l’éternelle rengaine 0 What does Quebec want ? On le sait maintenant 0 Québec veut être chez lui quelque part en cette Amérique du Nord.

Un Québécois ? C’est quelqu’un qui a chez nous plus qu’une présence physique. C’est quelqu’un pour qui la terre québécoise est plus qu’une gare de transit ou un champ d’exploitation. C’est quelqu’un pour qui la population québécoise représente autre chose qu’une clientèle de consommateurs ou d’électeurs.

Un Québécois, c’est quelqu’un qui participe à la vie québécoise et qui trouve naturel de contribuer à l’édification d’une cité plus humaine dans une patrie qui peut être la sienne aussi légitiment par adoption que de naissance.

Une nation n’est pas une addition d’individus

Qu’en est-il du nationalisme ethnique ? L’ethnie renvoie à un ensemble de caractéristiques et de traditions dont l’existence ou la persistance peuvent se vérifier au niveau des individus et des familles. La nation est une société globale, une société complète, qui possède ses caractéristiques propres en tant que société. Qui a son propre mode d’organisation et de fonctionnement, qui a sa propre continuité historique, une tradition juridique et politique et enfin, un territoire bien identifié.

La nation n’est donc pas une somme d’individus possédant, un par un, des caractéristiques culturelles communes, elle est une société humaine cultivée par l’histoire et donc ayant sa culture propre qui n’est pas une entité nébuleuse ou abstraite qui flotte au-dessus des individus. Ceux-ci y participent. Et ce qu’on appelle la culture nationale est normalement cohérent avec les manières d’être, de sentir et de penser de la majorité de sa population.

Ceci ne s’oppose pas, bien au contraire, à la conservation et à la mise en valeur des cultures minoritaires, mais dans la mesure où les apports culturels de chacun doivent pouvoir être offerts à tous, il apparaît important de développer chez tous une aptitude à communiquer avec la communauté nationale. Chaque nation le fait normalement en assurant à tous l’apprentissage de la langue nationale et en diffusant dans toutes les couches de la population la culture commune en élaboration.

Les minorités sont notre ouverture au monde

Et la minorité anglaise ? À mesure qu’elle acceptera de s’intégrer normalement à la vie et à la culture commune d’une nation majoritairement francophone et de cesser d’être l’auberge espagnole de tout ce qui n’est pas francophone au Québec, le climat des relations interethniques ira en s’améliorant. On ne parlera plus de la minorité mais des minorités.

Le Québec veut précisément se libérer de la tutelle de la fédération canadienne pour pouvoir entrer plus directement en contact avec les autres peuples et nations. La présence au sein de sa population de représentants de diverses cultures lui facilitera sûrement cette ouverture.

Et ce serait vraiment de l’aberration de consacrer d’immenses efforts à faire apprendre des langues étrangères aux jeunes Québécois si nous ne donnions aucune chance aux minorités de conserver les langues qu’elles parlent déjà.

Personne n’est tenu d’être Québécois

Et la citoyenneté civique dans tout ça ? C’est une affaire de choix. Personne n’est tenu de choisir le Québec. Ceux qui tiennent à camper au Québec plutôt qu’à y prendre demeure ont parfaitement le droit d’y camper; mais qu’ils veuillent bien recevoir notre invitation à s’établir vraiment parmi nous. Il serait difficile de comprendre que quelqu’un qui ne tient pas à la réalité québécoise tienne au titre de Québécois.

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