L'aut'journal
Le jeudi 24 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Le Canada qui tue
N° 248 - avril 2006
La grève de la faim en Irlande du Nord a 25 ans
Avant la résilience, il y a la bonne vieille endurance
André Poulin
Ce ne sont pas ceux qui infligent le plus de souffrances qui triomphent, mais ceux qui en endurent le plus. » – Terence McSwiney, volontaire de l’IRA, mort des suites d’une grève de la faim en 1920, durant la guerre d’indépendance

Cette apologie de l’endurance prit toute sa signification en 1981 lors de la grève de la faim entreprise par des prisonniers républicains en Irlande du Nord. Cette grève qui se termina de façon tragique par la mort de 10 volontaires, dont Bobby Sands, modifia profondément le cours du conflit nord-irlandais.

Pour comprendre ce qui poussa ces dix jeunes hommes à donner leur vie pour la cause républicaine, il faut remonter à l’année 1976. Cette année-là, le gouvernement britannique retira le statut de prisonnier politique, qu’il avait accordé en 1972, aux personnes arrêtées et condamnées après le 1er mars pour des crimes de nature politique.

N’acceptant pas d’être considérés comme des criminels, les prisonniers républicains condamnés et emprisonnés après le 1er mars 1976 refusèrent de porter l’uniforme carcéral. Pour cette raison, ils furent laissés nus dans leur cellule avec une seule couverture pour vêtement. C’est le début du blanket protest. En 1978, la situation se détériora. Victimes de brutalités de la part des gardiens, confinés à leur cellule et privés d’accès aux toilettes, les prisonniers républicains décidèrent de recouvrir les murs de leur cellulle avec leurs excréments. La grève de l’hygiène (dirty protest) prenait le relais au blanket protest.

Malgré les conditions horribles dans lesquelles étaient détenus les prisonniers républicains, la situation dans les prisons demeurait peu connue du grand public et n’arrivait pas à briser l’intransigeance de Thatcher. Pour ces raisons, les prisonniers décidèrent d’avoir recours à une vieille arme révolutionnaire irlandaise: la grève de la faim. Le 27 octobre 1980, sept hommes et trois femmes entreprirent une première grève de la faim afin de regagner le statut de prisonnier politique. Cette grève se termina 53 jours plus tard, le 8 décembre, sans résultat concret.

Ce premier échec ne découragea pas les prisonniers républicains. Ils décidèrent d’entreprendre une nouvelle grève de la faim à partir du 1er mars 1981, jour du cinquième anniversaire du retrait du statut de prisonnier politique. Cette fois-ci, il n’était pas question pour les prisonniers de mettre fin à la grève sans obtenir satisfaction, peu importe le prix à payer. Bobby Sands, le leader du mouvement, entra le premier en grève, et fut suivi, à intervalle régulier, par des volontaires de l’IRA et de l’INLA.

Dès le début de la grève, il était clair que Thatcher n’avait pas l’intention de donner satisfaction aux grévistes. Pour elle, il était nullement question de négocier avec des « criminels ». Craignant que l’intransigeance du gouvernement ne conduise à la mort de Bobby Sands, les républicains décidèrent de présenter sa candidature aux élections partielles dans le comté de South Tyrone, afin de forcer le gouvernement britannique à la négociation. Contre toute attente, Bobby Sands fut élu député le 9 avril. L’espoir était revenu dans le camp républicain, on espérait avec cette victoire sauver la vie de Bobby Sands. Il ne faut pas oublier que le 9 avril, Sands était à son 40e jour de grève et avait perdu plus de 13 kilos. Rapidement, cependant, la joie fit place à la déception, puis à la colère et finalement à la tristesse. Bobby Sands décéda le 5 mai, après 66 jours de grève. Ce premier décès ne modifia en rien l’attitude du gouvernement britannique, ni la détermination des grévistes. Neuf autres volontaires décèderont avant que la grève ne soit levée le 3 octobre 1981.

Les conséquences de cette seconde grève de la faim sont encore perceptibles aujourd’hui. Sans compter les drames familiaux et les séquelles psychologiques laissées par celle-ci, la grève marqua un tournant important dans la lutte menée par les républicains. Jusqu’au succès électoral de Bobby Sands, le mouvement républicain considérait que la réunification de l’Irlande ne pouvait s’obtenir que par la lutte armée. À partir de ce moment, le Sinn Féin mit fin à sa politique d’abstention. Le combat allait désormais être mené sur deux fronts : le politique et le militaire C’est le début de la politique du Ballot box and Armalite (le fusil dans une main, le bulletin de vote dans l’autre). Aujourd’hui, il est clair que cette nouvelle stratégie fut une étape cruciale vers l’accord du Vendredi Saint (1998) et le dépôt des armes de l’IRA (2005). En ce vingt-cinquième anniversaire de la grève de la faim, il est important de se rappeler que le sacrifice de ces jeunes hommes a pavé la voie menant à la paix.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.