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L’ordonnance Chaoulli
N° 247 - mars 2006
Cette année on a pas le cœur à fêter
Le décret consacre le retard des travailleuses
Vincent Larouche
Le 8 mars prend une signification toute particulière alors que des centaines de milliers de femmes employées de l’État sont visées par le décret du gouvernement Charest, qui leur impose unilatéralement un contat de travail non négocié. Toutes les syndiquées qui célèbreront la Journée de la femme cette année auront donc en tête la loi 142.

Comme l’explique Johanne Fortier, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement de la CSQ (FSE-CSQ), l’imposition d’un gel salarial pour les deux premières années, suivie de hausses de 8 % sur quatre ans, entraînera un appauvrissement graduel des travailleuses du secteur public. À la FSE, deux tiers des membres sont des femmes, enseignantes dans les commissions scolaires. « Plusieurs d’entre elles sont des cheffes de famille monoparentales, explique la présidente. Elles ont à composer avec toutes sortes de hausses de tarifs, pour les garderies, l’essence, le transport en commun. En plus, il faut maintenant mettre ça en parallèle avec une perte de leur pouvoir d’achat ! »

À la Fédération des infirmières et infirmers du Québec, dont les membres sont à 92 % des femmes, la présidente Lina Bonamie déplore aussi le fait le gouvernement vienne accentuer l’écart entre les travailleurs du secteur public et ceux du secteur privé. « L’Institut de la statistique du Québec avait démontré que les gens dans le public sont en retard de 10 % sur la rémunération par rapport à ceux dans le privé. Avec ce que le gouvernement nous impose, nous n’avons aucune augmentation pour les deux premières années, et pour les années suivantes, c’est 2 % par année. Pourtant, en moyenne, l’ensemble des salaires augmente de 2,5 % à 3 % par année au Québec. »

L’écart entre travailleurs du public et du privé est encore plus important dans certaines professions. « Pour les techniciennes et professionnelles de la santé, l’Institut de la statistique démontre un sous-paiement du secteur public qui peut aller de 9 % jusqu’à 15 %, explique la vice-présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Dominique Verreault. Cet écart tient compte de l’ensemble des avantages sociaux, des congés et même de la sécurité d’emploi, à laquelle il est difficile d’accorder une valeur. »

La vice-présidente de l’APTS craint d’ailleurs que la loi spéciale ne nuise à la formation d’une relève chez les employés des services publics. « Nos membres sont des professionnelles diplômées du niveau collégial ou universitaire, elles ont la possibilité d’aller travailler dans le privé comme consultantes ou d’ouvrir leur propre bureau. Avec des conditions peu attrayantes et des lois qui gèlent les salaires, ça va être encore plus difficile d’attirer des jeunes dans le réseau de la santé. »

Une position qui rejoint celle de Claudette Carbonneau, présidente de la CSN. « Ce gouvernement menace les services publics, dénonce-t-elle. Je trouve ça profondément injuste pour les gens qui doivent subir ces salaires-là. C’est pourtant une tâche tout à fait honorable que d’offrir des services à la population. C’est injurieux de les condamner à du cheap labor. »

Elle souligne aussi que le décret frappe doublement les femmes du Québec. De façon directe, parce que plus de 70 % des membres de la CSN visés par le décret sont des femmes. Mais aussi de façon indirecte, parce que « quand les services comme la santé sont affectés, on sait que ça touche les femmes en premier lieu, car ce sont elles qui doivent assumer les tâches qui autrement revenaient à l’État. »

Si toutes les organisations syndicales sont touchées par le décret sur les salaires, certaines s’en tirent mieux que d’autres au niveau des conditions de travail. La FIIQ et l’APTS, entre autres, ont réussi à s’entendre avec la partie patronale en mettant l’accent sur des mesures d’attraction et de rétention volontaire du personnel.

Mais en d’autres endroits, comme à la Fédération autonome du Collégial, les syndiquées souffriront gravement des nouvelles mesures d’organisation du travail. « La Loi 142 assouplit les mécanismes de sécurité d’emploi, et certains enseignants pourront donc être contraints de se relocaliser très loin de leur milieu actuel pour continuer à travailler », explique Marie-Andrée Bousquet, responsable à l’information du syndicat.

Encore une fois, ce sont les femmes qui sont le plus durement touchées. « Les femmes ont souvent été les dernières à obtenir leur permanence dans les cégeps, puisqu’elles sont arrivées un peu plus tardivement dans la profession et qu’elles ont des contraintes familiales. Ce sont elles qui seront confrontées à un choix difficile : être réputées démissionnaires parce qu’elles ont refusé de déménager, ou se relocaliser loin de leur milieu, ce qui peut être compliqué, puisque plusieurs ont un conjoint, une famille. »

Toutes les syndicalistes interrogées par l’aut’journal affirment que le mouvement réfléchit présentement à des moyens de démontrer son opposition à la Loi 142, malgré les sévères restrictions prévues par le décret. « Il y a des moments stratégiques, comme le 1er mai, qui peuvent être d’importantes occasions de regroupement, rappelle Johanne Fortier, de la FSE-CSQ. À l’an 1 de ce gouvernement, il y a eu 100 000 personnes dans la rue. » Du côté de la CSN, Claudette Carbonneau confirme que « pour le 1er mai, nous essayons, notamment avec la FTQ, de faire quelque chose de plus substantiel que lors d’une année régulière, qui impliquera les travailleurs du privé et du public. »

La CSN prépare aussi une vaste campagne d’éducation politique et sociale pour l’automne prochain. « Ce sera quelque chose de majeur, avec une tournée d’assemblées dans plusieurs municipalités du Québec », annonce Claudette Carbonneau.

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