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N° 246 - février 2006

Les Damnés de la Terre discutent en bambara
Marilyn Marceau
À la veille de l’ouverture du Forum social mondial polycentrique, dans le quartier le plus à l’est de la ville, Djlélibougou, près de 500 paysans débarquent dans la capitale du Mali. Pour certains, c’est leur premier contact avec Bamako. Ils sont venus participer au Forum social, en espérant faire entendre leur voix.

Dans les locaux de la radio Kayira, surnommée à juste titre la « radio des sans voix », la première nuit sera inconfortable, car les paysans sont deux fois plus nombreux que prévu. Peu importe, ils sont là pour une bonne cause.

Le collectif fondé à l’occasion du forum, « Les Damnés de la Terre », a improvisé un espace de discussions pour les paysans venus des quatre coins du Mali. Parmi celui-ci, il y a des producteurs de coton maliens endettés qui doivent vendre leur récolte à perte afin de rester compétitifs, des cultivateurs de riz de l’Office du Niger et des agriculteurs. Ils discutent de leurs luttes en bambara, la langue locale. Un homme prend l’initiative de traduire les propos de ces victimes directes des politiques néolibérales mondiales. Attirés par l’énergie des débats, les Occidentaux s’approchent, écoutent la traduction et regardent la foule qui applaudit ceux qui osent dénoncer.

Tout près de la « paillote », les femmes venues de Morilla discutent à l’abri du soleil. Certaines sont ici pour représenter leur mari emprisonné à Boukouni. Mme Diarra Fanta Keita, la seule qui parle français, raconte que la vie est dure depuis la grève des ouvriers de la mine d’or à proximité du village. La rentrée scolaire des enfants a été perturbée. L’absence de salaire se fait durement sentir. Mais « lorsque les hommes sortiront de prison, nous seront toujours derrière eux », raconte Mme Fanta Keita.

Fossery Traoré travaille à la mine d’or de Morilla, exploitée par une compagnie française. Ils sont une cinquantaine à s’être déplacés à Bamako pour parler de cette grève qui dure depuis huit mois. « La société-mère et les sous-traitants de la mine d’or se moquent de nous. Si on demande des doléances, ils ne nous les accordent pas et ils n’acceptent pas notre syndicat. Quand il y a des syndicats braves, les sociétés n’aiment pas cela. », dit-il.

Le soir des activités de clôture, sur les ondes de la radio libre Kayira, Ibrahim Sidibé, mineur à Morilla, explique que les paysans de sa région sont heureux d’avoir pu s’exprimer, d’avoir été entendus. Les problèmes ne sont pas réglés, mais les paysans comprennent qu’il est important que les injustices dont ils sont victimes soient connues du plus grand nombre de personnes.

Le 24 janvier matin, les paysans montent dans les bus qui les ramèneront en six ou dix heures dans leurs villages. Ils ont profité de leur séjour ici pour nouer des liens entre agriculteurs, ils ont tenu des réunions pour établir des plans de luttes. Ils ont rencontré Maître Diarra, avocat et président de la Ligue pour la justice et le développement des droits de l’homme ; ils ont discuté avec Oumar Mariko, secrétaire général du Parti Sadi, un parti de gauche. Maintenant, de retour dans leur village, « en brousse », comme on dit ici, la tradition orale fera son chemin.

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