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N° 246 - février 2006

McGill n’a pas vraiment besoin d’un méga-hôpital
Patrick Sabourin et Frédéric Lacroix
Face aux dépassements de coûts appréhendés de 1,3 milliard de dollars dans la construction du CHUM (Centre hospitalier de l’université de Montréal) et du MUHC (McGill University Health Centre), le gouvernement a temporairement mis les projets en veille et tente désespérément de sauver les meubles en imposant un partage des spécialités destiné à comprimer les coûts. Or, à l’instar du débat sur l’emplacement du CHUM, la question du partage des spécialités occulte la vraie source du problème : la construction de deux méga-hôpitaux à Montréal n’est tout simplement pas nécessaire.

L’université McGill n’a certainement pas besoin de nouvelles infrastructures afin d’assurer la relève médicale au Québec. En effet, la majorité des médecins formés à McGill choisissent de pratiquer ailleurs qu’au Québec. L’université de Montréal, dont les quotas de places d’études en médecine ne sont que de 1,5 fois supérieurs à ceux de McGill, a formé 4 fois plus de médecins pratiquant au Québec que son homologue de langue anglaise. Entre 1995 et 2002, alors que le Québec subissait une perte nette de 355 médecins, 450 médecins Macgillois quittaient le Québec pour aller s’établir ailleurs. Sans McGill, le bilan migratoire des médecins au Québec serait positif. Bon an mal an, 50 % des cohortes provenant de la faculté de médecine de McGill partent pratiquer ailleurs, surtout en Ontario et aux États-Unis.

Loin d’y voir un problème, l’université McGill va même, selon une source interne, jusqu’à prendre en charge les démarches administratives afin que leurs étudiants puissent obtenir un visa de travail aux États-Unis. Le doyen de la faculté de médecine de McGill, M. Abraham Fuks, affirmait d’ailleurs au McGill Reporter le 8 décembre dernier que McGill était en mesure de former les étudiants francophones exceptionnels qui désiraient faire carrière aux États-Unis. Les coûts sociaux et économiques de cet exode massif sont significatifs. Rappelons que, selon la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Québec est toujours en pénurie d’environ 1000 médecins spécialistes. On ne voit pas très bien l’intérêt d’investir des fonds publics pour continuer d’exporter des diplômés.

Au niveau de la recherche, le MUHC remplit parfaitement sa mission dans les conditions actuelles. L’université s’est d’ailleurs hissée cette année au premier rang du palmarès Maclean’s des meilleures universités canadiennes. Avec ses cinq hôpitaux affiliés et son corps professoral de 25 % plus important que celui de l’Université de Montréal, McGill est déjà en mesure de produire de la recherche de classe mondiale.

McGill est une des universités les mieux financées au pays, spécialement en ce qui a trait à la recherche en santé. Chaque année, elle rafle environ le tiers des fonds destinés à la recherche en santé au Québec et parfois jusqu’à 50 % des fonds octroyés par le fédéral. À lui seul, son fond de dotation de 800 millions de dollars (le plus important au pays) suffirait pour financer le nouveau centre hospitalier du MUHC, sans aucune nécessité d’injecter des fonds publics. En comparaison, les fonds de dotation combinés des universités Laval, Sherbrooke et Montréal totalisent moins de 220 millions, soit environ le quart du seul fond de dotation de l’université McGill.

Finalement, la démographie et le faible taux de natalité ne justifient tout simplement pas la construction de deux méga-hôpitaux comprenant chacune un éventail complet de services et de spécialités. De plus, le partage des spécialités est une solution bancale : les problèmes médicaux réels ne sont pas naturellement compartimentés et exigent que tous les services spécialisés soient disponibles sous un même toit. On ne peut pas transférer un patient qui a besoin de soins urgents d’un bout à l’autre de la ville ! Dans un article signé par Isabelle Paré, Le Devoir rapportait récemment que la tentative albertaine de concentrer les spécialités dans certains centres hospitaliers fut un « échec retentissant ». La conclusion s’impose donc d’elle-même : il ne faut construire qu’un seul centre hospitalier qui regroupera toutes les spécialités.

McGill a opposé une fin de non-recevoir féroce aux propositions du ministère de la Santé visant à comprimer les coûts des deux méga-hôpitaux. Décidément, McGill n’a qu’une chose en tête : assurer farouchement son monopole de l’excellence et du prestige plutôt que de favoriser le développement global du système de santé québécois.

L’État québécois n’a pas les moyens de soutenir deux nouveaux méga-centres hospitaliers complets et c’est le CHUM, le CHUS et le CHUQ qui présentent les besoins les plus urgents. Le gouvernement doit faire marche arrière et abandonner le projet du MUHC. Il n’est pas trop tard pour reculer et ainsi épargner aux contribuables québécois une erreur qui pourrait bien leur coûter plus d’un milliard de dollars. Une erreur dont souffrira forcément la médecine francophone et l’ensemble des patients québécois qui devront subir les baisses de services entraînées par une décision politique irrationnelle.

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