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Vas-y Quebec, make it for moi !
N° 246 - février 2006
Le nombre des chômeurs atteint des niveaux planchers
Entre 2002 et 2005, c’est 63 300 emplois de moins
Gabriel Ste-Marie
En décembre dernier, Statistique Canada confirmait que le nombre de chômeurs atteint des niveaux planchers. Le taux de chômage canadien est à 6,8 % alors que celui du Québec est à 8,2 %. En comparaison, ce taux dépassait les 13% durant la récession du début des années 1990. Au-delà du 8,2 %, il faut garder en tête qu’il y a 334 000 personnes au Québec qui cherchent activement du travail.

Ce taux de chômage s’explique avant tout parce qu’il n’y a pas eu de récession au Québec depuis 1992. Ça fait presque quinze années de croissance économique ininterrompue. C’est pourquoi les emplois plus précaires, qui varient en fonction du cycle économique, sont à leur maximum.

Pendant que la conjoncture économique est bonne, notre économie connaît des changement structurels qui sont davantage préoccupants. L’Institut de la statistique du Québec rappelle que plusieurs secteurs d’activité économique au Québec connaissent actuellement un repli. Il s’agit des secteurs de l’exploitation forestière, des pâtes et papiers, du meuble, de la première transformation des métaux, du textile, des pêcheries, de l’agriculture, de l’administration publique et de la construction.

Au cours de la dernière année, le Québec a perdu plus de 30 000 emplois dans l’ensemble des secteurs de fabrication. Entre décembre 2002 et 2005, c’est 63 300 emplois de moins. Une importante part de l’activité des régions éloignées du Québec dépend de ces secteurs et ceci explique qu’on y enregistre des taux de chômage qui s’élèvent jusqu’à 20 % ! Lorsque cette main-d’œuvre est mise à pieds, elle peut difficilement trouver des emplois aux mêmes conditions.

Andrew Jackson, économiste en chef au Congrès du Travail du Canada, explique que, dans l’ensemble de la fédération, seulement 36% des nouveaux emplois sont permanents, alors que 25 % sont temporaires et 38 % vont aux travailleurs autonomes. Ces emplois sont souvent précaires et faiblement payés.

Selon Statistique Canada, entre décembre 2004 et 2005, il y a eu création de 5 200 emplois permanents contre 44 900 emplois à statut temporaire au Québec. Au cours des trois dernières années, le nombre d’emplois permanents au Québec est passé de 2 700 000 à 2 760 000, soit une augmentation de 60 000. Sur la même période, le nombre d’emplois temporaires a augmenté d’autant, passant de 400 000 à 460 000. Derrière le taux de chômage le plus faible des trente dernières années se cache une forte proportion d’emplois temporaires et une diminution d’emplois dans des secteurs économiques importants.

Deux éléments principaux expliquent la diminution du nombre d’emplois dans ces importants secteurs. Évidemment, il y a la mondialisation capitaliste complètement sauvage qui place notre main-d’œuvre en concurrence directe avec les ateliers de misère dans les pays pauvres. Tant que nous continuerons à accepter des traités internationaux qui rendent acceptable l’exploitation humaine sans retenue, toute concurrence sera impossible et notre production qui rivalise avec celle des travailleurs-esclaves ne peut aller qu’en diminuant. Nous n’avons qu’à penser à l’industrie du textile.

La Fédération des travailleuses et travailleurs du Québec rappelait au cours de la campagne électorale que 55% des emplois liés au textile et au vêtement au Canada sont concentrés au Québec. Non seulement les exportations de ces secteurs concurrencés diminuent, mais nos importations augmentent, diminuant doublement notre production. Après trois années de diminution, l’Institut de la Statistique du Québec montre que l’ensemble des exportations québécoises à augmenté de 2,2 % en 2004, mais que nos importations se sont accrues de 5,5 %. Ceci revient à dire que notre consommation nette dépend de plus en plus des importations.

En plus de devoir concurrencer une main-d’œuvre quasiment gratuite, l’économie québécoise est prise avec un dollar canadien qui ne cesse de s’apprécier face au dollar américain. Si le dollar canadien vaut aujourd’hui plus de 80 ¢ américains, c’est en partie à cause des importantes exportations de pétrole et de gaz albertains, et à l’explosion du prix de ces ressources.

Nous savons que 80% de la production du pétrole albertain est directement exportée aux États-Unis. Ceci pousse notre devise à la hausse, handicapant automatiquement les autres secteurs de l’économie canadienne. Un même produit revient relativement plus cher à produire au Canada qu’à l’étranger. N’oublions pas que 85 % des exportations du Québec se font vers les États-Unis.

Un article du Globe and Mail rappelait dernièrement que l’Ontario s’inquiète de ces changements structurels qui nuisent à ses secteurs manufacturiers, d’autant plus que son industrie automobile se porte mal. Le pouvoir se déplace de l’Ontario vers les Prairies. Seules les provinces qui sont assises sur des ressources pétrolières et gazières bénéficient de cette conjoncture. Les autres provinces doivent faire face à des prix de l’énergie plus élevés et à une monnaie appréciée qui diminue leur production locale. Pis encore, le nouveau Premier ministre Stephen Harper veut exclure le pétrole et le gaz du calcul de la péréquation !

La situation québécoise est similaire à celle de l’Ontario, mais le gouvernement Charest, tout comme l’administration fédérale, ne semblent pas se préoccuper de notre développement économique. Ce manque de vision risque de nous conduire à une situation embarrassante lors des prochains signes de récession économique. Suite à un recul des dépenses en consommation et en achat de capital, les emplois précaires, temporaires et ceux découlant du travail autonome disparaîtront en premier. Tandis que les emplois faiblement rémunérés du secteur du commerce au détail régresseront, les emplois des secteurs de la fabrication auront déjà été attaqués.

Personne ne peut prévoir les développements économiques à venir, mais il ne faut pas se laisser leurrer par le niveau d’emplois actuel. Nos emplois de qualité diminuent et d’importants secteurs économiques sont durement touchés. Nos gouvernants ne s’en soucient guère.

Nous devons reconnaître que le développement pétrolier albertain nuit à notre économie. Avec une disparité grandissante entre les provinces à cause du pétrole et le refus de l’Alberta de partager, le système fédéraliste devient un non sens qui amplifie les différences. La solution logique du Québec à ce problème commence par l’indépendance.

Il est également temps de remettre en question les clauses des traités et accords internationaux qui permettent de réduire les conditions des travailleuses et travailleurs à des niveaux de misère. Bénéficier de ces produits est inacceptable, d’autant plus qu’ils font disparaître nos emplois. En adhérant à ces accords entre pays, nos dirigeants nous avaient promis une forte croissance économique. Le problème est qu’elle n’a bénéficié qu’aux grandes entreprises. Comme le dit l’économiste du CTC Andrew Jackson, alors que le pouvoir d’achat des travailleuses et travailleurs stagne, la portion qu’occupe le profit des entreprises dans la production canadienne n’a jamais été aussi élevée qu’aujourd’hui.

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