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Le Père Noël est une ordure
N° 245 - janvier 2006
Oui pour augmenter les équipements, non pour les radiologues
L’incohérence gouvernementale serait-elle volontaire ?
Marilyn Marceau
Le 12 décembre prochain, une clinique de radiologie privée ouvrira ses portes juste en face du nouvel hôpital Pierre-Le Gardeur à Lachenaie. Il suffira de traverser la rue pour fuir les listes d’attente, tandis que les radiologues, eux, pourront se rendre encore plus facilement sur des lieux de travail plus lucratif.

Dès l’annonce du déménagement de la clinique Imagerie les Pionniers initialement basée à Repentigny, la CSN s’est inquiétée de la situation. Il ne s’agit pas seulement d’un changement de local, mais aussi d’un agrandissement et d’une augmentation de l’offre. À la nouvelle clinique, les patients pourront dorénavant payer pour des échographies et des tests de résonance magnétique. Le syndicat craint une dérive du public vers le privé, une dérive que, selon lui, ni le gouvernement ni la direction du centre hospitalier Pierre-Le Gardeur (CHPLG) ne semblent vouloir freiner.

La productivité des radiologues est variable et incertaine, car ceux-ci n’ont pas d’objectifs précis à atteindre, explique Robert Patenaude, vice-président aux litiges et aux griefs au Syndicat des travailleurs du CSS Sud de Lanaudière affilié à la CSN. « Il faudrait que le ministre légifère afin que les radiologues aient des obligations de résultats allant de pair avec le privilège de pratique. », affirme-t-il. Pour l’instant, ces spécialistes sont libres de faire autant de diagnostics qu’ils le veulent dans une journée, cela dépendant uniquement d’eux.

« Est-ce qu’on chercherait déjà à favoriser la nouvelle clinique privée en retardant les examens ? », se demande le syndicat. L’absence de contrôle laisse planer le doute.

Une autre préoccupation du syndicat : que les radiologues qui travaillent à la fois à l’hôpital et à Imagerie les Pionniers seraient tentés de travailler davantage à la clinique privée, qui est située à cinq minutes à pied de l’hôpital.

À ce sujet, le directeur des services professionnels et hospitaliers adjoint du CHPLG, Gerry Bédard, n’a aucune inquiétude. Il ajoute que « si la productivité globale baissait du jour au lendemain de 50 %, on pourrait le voir » et alors, la direction pourrait réagir. Selon lui, l’arrivée de la clinique ne peut qu’aider la population en permettant de diminuer les délais d’attente.

« Le recours au privé ne me cause pas problème si c’est pour pallier un manque et à condition que le service public serve déjà à pleine capacité », affirme le syndicaliste Robert Patenaude. Or, plusieurs appareils seraient sous-utilisés. Le directeur Gerry Bédard reconnaît que, depuis le déménagement en avril 2004 de l’hôpital, le nombre d’examens en radiologie n’a pas augmenté proportionnellement à l’ajout d’équipements, qui a pourtant amélioré son parc technologique.

« Nous avons fait des démarches auprès du ministère de la Santé pour embaucher plus de radiologues, mais en vain », se défend M. Bédard qui explique cette sous-utilisation par le manque de main-d’œuvre. Pour que les appareils fonctionnent à plein régime, il faudrait 14 radiologues et nous n’en comptons actuellement que huit.

Le budget de chaque département est alloué selon le nombre d’unités de diagnostics réalisées. Si les radiologues font moins d’unités que prévu, parce qu’ils l’ont décidé ainsi ou parce qu’ils n’ont pas le temps, les budgets risquent d’être coupés. Cette situation entraînerait des pertes d’emplois, notamment parmi les six technologues qui travaillent avec les échographes. Et s’il n’y a plus personne pour assister le radiologue et pour faire fonctionner l’appareil, la liste d’attente s’allonge et cela incite les gens à trouver d’autres solutions… comme la clinique privée, par exemple. C’est ce genre de scénario que le syndicat craint.

Bien que le directeur des services professionnels et hospitaliers adjoint du CHPLG n’ait aucune crainte à ce sujet, il y a lieu de s’interroger sur la possibilité d’un conflit d’intérêt. Les deux co-propriétaires de la clinique Imagerie des Pionniers de Lachenaie, le docteur Pierre Bélanger-Lacaille et la docteure Lyette Perrault sont aussi radiologues au Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur. Le docteur Lacaille-Bélanger est même chef du département de radiologie.

M. Bédard, de la direction de l’hôpital, se veut rassurant et affirme que les radiologues sont des travailleurs autonomes qui gèrent leur propre emploi du temps. La docteure Perrault, propriétaire de la clinique Imagerie les Pionniers, affirme qu’elle effectue son travail à la clinique, en plus de son horaire temps plein à l’hôpital. Au téléphone, elle a tenu à préciser qu’elle a choisi de s’installer en face de l’hôpital après avoir examiné différentes options. Elle cherchait depuis longtemps à déménager à cause de l’étroitesse de ses locaux à Repentigny et cette occasion s’est présentée. Les nouvelles salles ont été construites sur mesure pour la clinique, et selon les normes nécessaires à la radiologie.

Sans mécanisme de contrôle pour s’assurer que les radiologues ne privilégient pas le privé au détriment du public et sans réelle volonté politique de vouloir donner la priorité au système de santé public, le syndicaliste Robert Patenaude craint que les cliniques privées de ce genre ne prennent la relève au détriment du public. D’autant plus que le jugement Chaoulli donne aux médecins du secteur privé une nouvelle motivation pour poursuivre leur travail et risque de creuser encore plus le fossé qui sépare ceux qui peuvent se payer des soins de santé et ceux qui ne le peuvent pas.

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