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Le Père Noël est une ordure
N° 245 - janvier 2006
Un handicapé de l’écoute entend bien ce qu’il veut
Chaoulli n’autorise pas un changement de vitesse
Louis Préfontaine
Héritage de Trudeau et de sa Charte des droits et libertés, la judiciarisation croissante des questions politiques a atteint un nouveau sommet alors que la Cour Suprême aurait « ordonné », selon Charest, de permettre aux assurances privées de pénétrer ce marché en pleine croissante et aux médecins de pratiquer dans deux systèmes parallèles.

Dans les faits, le jugement Chaoulli se contente de permettre aux médecins pratiquant à l’extérieur du Régime de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ) de pouvoir faire affaire avec des assureurs privés. Il n’ordonne ni d’ouvrir toute grande la porte au privé ni de permettre aux médecins de fonctionner dans les deux systèmes à la fois, comme le gouvernement tente de le faire croire.

C’est ce triste constat de manipulation et de fourberie qu’a dressé un groupe de sociologues, d’universitaires et de juristes, dont Marie-Claude Prémont, de la Faculté de droit de l’université McGill. « Le jugement de la Cour Suprême invalide une disposition empêchant la contraction d’assurances privées pour les médecins travaillant en dehors du RAMQ, mais n’invalide pas les autres dispositions qui disent que les médecins doivent choisir entre le privé et le public. » La Cour suprême reconnaît que la séparation entre les médecins qui pratiquent au privé et au public est primordiale et permet de protéger le système de santé public.

Malgré tout, le gouvernement Charest semble vouloir permettre l’implantation d’un système mixte permettant aux médecins du public de pratiquer au privé après avoir atteint un quota d’heures travaillées ; bref, de recevoir une double rémunération de la RAMQ et d’assureurs privés.

Le danger de cette approche est de priver le réseau public de personnel qualifié en offrant de généreux salaires dans le privé, mais aussi de surcharger le réseau public avec les cas lourds et problématiques pendant que les assurances privées n’assureraient que les gens présentant un faible risque. La création d’un système privé parallèle constitue un dangereux précédent menant éventuellement à une américanisation des soins de santé.

Pourtant, des solutions existent aux problèmes actuels. Le groupe en propose d’ailleurs plusieurs pour assurer l’accessibilité universelle à des soins et services publics de santé de qualité et réduire les délais d’attente. Il propose notamment de maintenir la distinction entre les médecins participants (RAMQ) et non-participants, d’interdire aux médecins non-participants de réclamer des honoraires plus élevés pour un même acte et de lever les restrictions budgétaires dans le réseau de la santé. « Charest ne respecte pas le jugement, explique Mme Prémont. Il attendait juste une excuse pour privatiser ; c’est une façon de berner la population. »

Même son de cloche du côté de la Coalition Solidarité-Santé. « Le gouvernement Charest adopte la vision néolibérale selon laquelle le privé permettrait une augmentation des investissements dans la santé. Mais la santé est un bien commun et le privé ne va pas solutionner les problèmes. Il va seulement drainer la clientèle la mieux nantie et laisser les cas plus lourds au public », affirme Gabrielle Pelletier, porte-parole de la coalition. « Charest se sert du jugement Chaoulli pour ouvrir la porte au privé, mais rien dans ce jugement ne le justifie. »

Il est plutôt ironique que le PLQ prétende organiser « une adaptation de notre système de santé au nouveau contexte et aux besoins et attentes du citoyen », tel qu’écrit dans son programme, alors que c’était précisément ce même parti qui avait noté, au début des années soixante, que la maladie était un des principaux facteurs d’endettement des familles québécoises et donc que l’instauration d’un système universel était nécessaire.

« On peut maintenir notre système de santé public en investissant. Il y a des moyens d’économiser, notamment en contrôlant les coûts des technologies et des médicaments, soutient Gabrielle Pelletier. Par exemple, on pourrait mieux contrôler l’achat des médicaments en faisant des achats groupés et en favorisant les génériques. Mais il y a un manque de volonté politique de Charest. »

C’est exactement cela. Jean Charest n’a pas la volonté de protéger un système de santé universel et accessible pour tous. Par contre, il a la volonté d’interpréter frauduleusement un jugement de la Cour Suprême ne le forçant aucunement à implanter un système de santé privé parallèle.

Comme le disait si bien Alain Dubuc du journal La Presse, ardent propagandiste des intérêts de son employeur Power Corporation, une entreprise qui possède les deux plus importantes compagnies d’assurances au Canada, la Great-West et la London Life, « la pire menace à notre réseau de santé, ce n’est pas le manque d’argent, c’est l’idéologie. » Il a entièrement raison. Le problème est cette vision bornée d’un monde où tout, même la santé des gens, est monnayable et peut être sacrifié aux intérêts du marché.

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