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Le Père Noël est une ordure
N° 245 - janvier 2006
Au Canada anglais, nous aurons droit à du « Quebec bashing » d’une ampleur sans précédent.
Les libéraux n’y iront pas avec le dos de la cuiller
Pierre Dubuc
Dans une tentative désespérée pour sauver sa peau, le Parti libéral du Canada a décidé de faire de « l’unité nationale » le thème majeur de sa campagne électorale au Québec. Les libéraux espèrent ainsi éloigner du Bloc québécois l’électorat fédéraliste « mou » qui serait tenté de les sanctionner pour le scandale des commandites et battre le rappel de l’électorat fédéraliste « dur » qui a fait l’élection buissonnière lors du dernier scrutin.

Au Canada anglais, nous aurons droit à du « Québec bashing » d’une ampleur sans précédent. Déjà, des éditorialistes de la presse ontarienne nous disent que la Loi sur la « clarté » ne constitue pas le rempart espéré contre un référendum sur la souveraineté et que d’autres mesures plus draconniennes doivent être envisagées.

Il sera intéressant de voir la position de Jack Layton du NPD – et celle de ses alliés au Québec - quand les libéraux, les conservateurs et la presse anglophone le sommeront de prendre position. Lors de la dernière campagne électorale, Layton avait réitéré son appui à la Loi sur la « clarté ».

Les libéraux n’y iront pas avec le dos de la cuiller. Déjà, au printemps dernier, nous avons eu un avant-goût, à savoir jusqu’où ils étaient prêts à aller pour garder le pouvoir. Pour éviter la tenue d’une élection hâtive, ils ont troqué leur crédo économique pour celui du NPD et hypothéqué le fonctionnement de la fédération en passant des ententes bilatérales de plusieurs milliards de dollars avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse.

Plus important encore peut-être, en recrutant Belinda Stronach, les libéraux ont détruit à toutes fins utiles les chances du Parti conservateur de pouvoir constituer une alternative digne de foi, particulièrement devant l’électorat ontarien.

De quoi les libéraux sont-ils capables ? De tout ! Le scandale des commandites nous en a donné un aperçu. Cependant, jusqu’à tout récemment, les fédéralistes dormaient au gaz. La frayeur du dernier référendum s’était estompée. Le Parti Québécois venait de subir la plus cinglante défaite de son histoire. Le « séparatisme » était vaincu.

Mais la table vient de tourner. L’impopularité du gouvernement Charest atteint des profondeurs abyssales. Le Parti Québécois a doublé son membership à la faveur de la course à la chefferie. Sondage après sondage, la souveraineté rallie une majorité de la population et le Bloc Québécois se voit prédire un balayage sans précédent.

L’heure de la vérité approche. Le Canada est devenu ingouvernable à cause de la question nationale québécoise. L’élite canadienne en prend de plus en plus conscience et elle ne veut pas revoir le scénario des « trois périodes » de Jacques Parizeau, c’est-à-dire un triomphe du Bloc, suivi d’une victoire péquiste et d’un référendum sur la souveraineté. Et surtout pas dans le contexte d’un « parlement à l’italienne » comme l’appelait M. Parizeau en faisant référence à un gouvernement minoritaire à Ottawa !

En 1995, les fédéralistes ont pris les choses à la légère. La donne est tout autre maintenant qu’ils savent qu’ils peuvent perdre un référendum. Ils vont vouloir se rendre maîtres de l’ordre du jour et imposer leur propre scénario. Les souverainistes ont donc intérêt à suivre attentivement le déroulement de la campagne électorale.

Déjà, il faut prendre note que la confiance de l’élite fédéraliste en la capacité de Paul Martin de résoudre la crise est limitée. On prépare une relève comme en témoigne le parachutage dans une circonscription ontarienne de leur « nouvelle star », le professeur de Harvard, Michael Ignatieff, présenté au Canada anglais comme le « nouveau Trudeau ».

Petit-fils d’un ministre du dernier Tsar de Russie, Michael Ignatieff a appuyé l’offensive américaine en Irak, approuve l’usage « modéré » de la torture et s’est déclaré favorable au bouclier anti-missile.

Sa position sur la question du Québec est de la même eau. Dans son livre La Révolution des droits, Ignatieff écrit que « ce n’est pas la nature des exigences du Québec qui est insupportable, mais la menace de sécession qui les accompagne. » Il poursuit : « Deux générations de Canadiens anglais ont demandé respectueusement : What does Québec want ? Le temps est venu pour nous, Canadiens anglais, de dire qui NOUS sommes et ce qu’est NOTRE pays. (…) Nous avons une histoire commune et, bon gré mal gré, il nous faut partager une MÊME vérité. »

Cette vérité, il la définit ainsi : « Et voici la vérité du Canada anglais. La conquête britannique de 1763, loin d’étouffer le fait français en Amérique du Nord, a apporté l’autonomie aux Canadiens-français pour la première fois. » C’est la Conquête, poursuit-il, qui « a assuré la survie d’un Québec démocratique en Amérique du Nord. »

La Conquête nous aurait apporté la démocratie, tout comme l’invasion de l’Irak apportera la « démocratie » au Moyen-Orient comme le proclament Michael Ignatieff et George Bush.

Peut-on imaginer message et menace plus claires dans le contexte d’un nouvel affrontement appréhendé Québec-Canada ? Avec l’ombre d’Ignatieff qui plane désormais sur le Parti libéral, Paul Martin n’aura d’autre choix que de faire de la surenchère anti-Québec.

Du côté du Parti conservateur, la relève à Stephen Harper se prépare avec un nouveau feuilleton amoureux du dauphin pressenti, Peter Mackay. Après avoir été largué par Belinda Stronach, le politicien des Maritimes a une nouvelle affaire de cœur qui défraie la manchette de la presse ontarienne. Cette fois, l’élue de son cœur est nulle autre que Sophie Desmarais, la fille du Paul Desmarais de Power Corporation, et c’est le couple Brian et Mila Mulroney qui aurait joué les entremetteurs.

Paul Desmarais est le « king maker » de la politique canadienne. Rappelons que la campagne électorale de Pierre Trudeau en 1968 a été concoctée dans ses bureaux de la Canada Steamship Lines à Montréal. C’est également le patriarche Desmarais qui a imposé Claude Ryan à la direction du Parti libéral, s’il faut en croire le documentaire présenté par Radio-Canada lors du décès de ce dernier.

Dans sa biographie de Jean Charest, l’éditorialiste de La Presse, André Pratte, nous apprend que c’est encore Paul Desmarais qui a forcé Jean Charest à quitter le Parti conservateur pour la direction du Parti libéral du Québec.

Il est également de notoriété publique que Paul Martin n’aurait jamais pu acquérir la Canada Steamship Lines de Paul Desmarais sans l’aide financière de ce dernier. La famille Desmarais mêle allègrement affaires politiques et conjugales et l’idylle Peter MacKay – Sophie Desmarais a un précédent célèbre : André, un des fils Desmarais, est l’époux de la fille de Jean Chrétien.

Le clan Desmarais, propriétaire de la plupart des journaux du Québec par l’intermédiaire de Gesca, n’a jamais caché son opposition féroce à l’indépendance du Québec. Nous pouvons donc nous attendre à toutes sortes de coups fourrés au cours de la campagne électorale. Déjà, en ce début de campagne, on voit les médias qui cherchent à nous imposer l’idée que le scandale des commandites fédéral est chose du passé et que l’électorat aura tout oublié du Rapport Gomery après la période des Fêtes.

Comment peut-on connaître aussi mal le peuple québécois ? Comment peut-on croire qu’il aura oublié le feuilleton de la Commission Gomery quand on constate que la reprise des Belles Histoires des pays d’en haut fracasse tous les records de cote d’écoute !

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