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Le Père Noël est une ordure
N° 245 - janvier 2006
Pourquoi ne pas avoir prévenu les victimes non juives d’Amman ?
Pourtant Israël le savait à l’avance...
Michel Chossudovsky
Est-ce qu’Israël a eu connaissance à l’avance des attentats terroristes contre trois hôtels d’Amman, en Jordanie, qui ont entrainé la mort de 57 personnes ?

Selon une déclaration officielle jordanienne, les victimes incluaient 33 Jordaniens, six Irakiens, deux Bahreiniens, trois Chinois, un Indonésien, un Syrien, un Saoudien et un Américain.

Au moins deux rapports de presse mettent en doute la version officielle des faits. Selon le journal Haaretz, Israël avait réussi, avec la coopération des forces de sécurité jordaniennes, à évacuer discrètement avant l’explosion plusieurs citoyens israéliens qui résidaient à l’Hôtel Radisson SAS. Le 9 novembre, les journalistes Yoav Stern et Zohar Blumenkrantz écrivaient que « Un certain nombre d’Israéliens qui logeaient hier au Radisson SAS ont été évacués avant l’explosion par les forces de sécurité jordaniennes, apparamment en raison d’une menace spécifique à leur sécurité. »

De plus, un rapport publié dans le Los Angeles Times, citant une source fiable, suggère aussi que les services de renseignement israéliens en avaient eu connaissance au préalable. Ils ne sont pas intervenus pour permettre une évacuation générale de l’hôtel qui aurait permis de sauver des vies. Le journal affirme que « Amos N. Guira, un ancien haut responsable du contre-terrorisme israélien, a déclaré dans une entrevue téléphonique au Times que des sources en Israël lui avaient aussi parlé des évacuations préalables ». L’ancien leader des forces de défense israéliennes poursuit en disant que « la question qui doit être éclaircie maintenant : pourquoi les Jordaniens travaillant à l’hôtel n’ont-ils pas été évacués de la même façon ? »

Sans doute sous pression des autorités israéliennes et jordaniennes, les auteurs du premier rapport dans Haaretz le 9 novembre, Yoav Stern et Zohar Blumenkrantz, se sont rétractés au sujet de l’évacuation des Israéliens avant l’explosion.

Le 10 novembre, ils écrivaient que « les rapports selon lesquels les Israéliens logeant à l’hôtel Radisson SAS d’Amman mercredi ont été évacués par les forces de sécurité jordaniennes avant l’explosion ne sont pas vrais. Les Israéliens ont été escortés jusqu’en Israël par le personnel de sécurité jordanien seulement après que les attaques eurent eu lieu, contrairement à ce qui fut rapporté antérieurement. »

Ironiquement, le lendemain, dans l’édition du 11 novembre de Haaretz, la rétractation avait été rétractée. Les auteurs de l’article du 9 novembre, Yoav Stern et Zohar Blumenkrantz, répétaient leurs affirmations initiales sur l’évacuation des Israéliens avant les attaques.

Trois hauts responsables du renseignement palestinien, incluant le major-général Bashir Nafeh, dirigeant du renseignement militaire de l’Autorité palestinienne, et le colonel Abed Allun, un officier de haut rang des forces de sécurité préventives, qui logeaient à l’hôtel Hyatt, ont aussi été tués dans l’explosion.

Dans cette optique, l’analyste russe Shamil Sultanov, du Comité des affaires internationales de la Douma, a parlé d’une « connection israélienne ». Selon ce qu’a déclaré Sultanov, la mort du major général Bashir Nafeh « a amélioré les chances de Muhammad Dahlan (qui occupe présentement la position de ministre des Affaires civiles) de remplacer Mahmoud Abbas comme leader de l’Autorité nationale palestinienne ». Sultanov suggère que ce changement dans le leadership de l’Autorité palestinienne servirait les intérêts israéliens.

Ce point de vue russe concorde avec d’autres affirmations sur le rôle de Dahlan, qui a collaboré activement entre 1994 et 2001 avec les forces de défense israéliennes dans l’arrestation de leaders du Hamas. Selon GlobalSecurity.org, « autant Israël que les États-Unis [ont] préparé Dahlan à devenir un successeur d’Arafat. »

Selon CNN, il y avait trois « étudiants » chinois parmi les morts. Les rapports officiels, cependant, confirment que les trois Chinois étaient en fait membres d’une délégation de militaires chinois en Jordanie en provenance de l’Université nationale de la défense chinoise. Pékin a envoyé d’urgence à Amman une équipe d’enquête de haut niveau comprenant des représentants du ministère des Affaires étrangères et de la Défense dans le but d’enquêter sur la mort des trois militaires chinois.

De plus, le docteur Ghalib Abd-al-Mahdi, un haut responsable économique irakien et frère du vice-président irakien Adil Abd-al-Mahdi, fut aussi tué dans l’explosion.

Selon un reportage de la radio israélienne, les attaques ont ouvert la voie à la signature d’un accord conjoint sur le renseignement entre Israël et la Jordanie.

Les attaques ont été immédiatement décrites par les médias occidentaux, sans preuves à l’appui et avant la tenue d’une enquête, comme « portant la signature d’Al Qaïda ».

Une déclaration supposément écrite par « Al Qaïda en Irak » fut affichée sur un mystérieux site web islamiste. Le texte, qui revendiquait les attaques, affirmait que les attaques étaient une réponse au « complot contre les Sunnites dont le sang et l’honneur ont été versés par les Croisés et les Chiites ».

Diffusées sur les télévisions du monde entier, les attaques ont été suivies de rassemblements massifs et de manifestations contre le cerveau terroriste Al Zarqawi.

Ce que les médias occidentaux, toutefois, n’ont pas rapporté, c’est l’atmosphère d’incrédulité et de scepticisme qui caractérise l’opinion publique jordanienne. Comme le confirme un article du New York Times du 12 novembre, plusieurs Jordaniens croient qu’Israël est derrière les attentats, et ils en discuttent ouvertement dans les rues d’Amman.

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