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Le Père Noël est une ordure
N° 245 - janvier 2006

Charest favorise un réseau à son image : irresponsable
Marc Laviolette
Prétextant vouloir améliorer le réseau des garderies au Québec, la ministre de la famille, Carole Théberge poursuit la volonté de son gouvernement de démanteler le réseau des Centres de la petite enfance.

Après avoir augmenté les frais de garde à 7 $, pratiqué des coupes de 40 millions depuis 2003, en plus de 41 millions de compressions pour l’année en cours, voici que la ministre, par son projet de loi 124, retire le milieu familial de la responsabilité des CPE et la transfère à 130 bureaux coordonnateurs en milieu familial. Le gouvernement prétend qu’il économisera ainsi 50 millions supplémentaires.

Il est assez ironique de constater que le gouvernement Charest claironne à qui veut l’entendre que les finances publiques sont dans un état lamentable et que ces mesures de compressions sont nécessaires, pendant qu’il signe une entente de 1,125 $ milliard de dollars avec le gouvernement fédéral sur les services de garde à l’enfance.

Dans les faits, c’est un pas de plus vers la privatisation et la marchandisation des garderies au Québec que nous amène ce gouvernement néo-libéral. Rappelons nous qu’il a mis fin au moratoire sur le développement des garderies privées, ce qui a entraîné depuis 2003 une augmentation de 26,2 % des places en garderies privées (16,1 % pour les CPE). Pour ce qui est du financement de ces garderies commerciales, il a augmenté de 31,4 % sur les trois derniers budgets.

Ce glissement continu en faveur des garderies à but lucratif ne pourra que s’accentuer avec le projet de loi 124, qu permettra au privé d’avoir plus d’une installation et qui stipule à l’article 38 que les 130 bureaux coordonnateurs de la gestion des garderies en milieu familial pourront être « un CPE, une autre personne morale, une société ou une association. Ils pourront être des garderies commerciales ou tout autre société ». On ne peut être plus clair que cela !

Même le journal La Presse, dans son édition du 24 novembre, sous la plume du journaliste Tommy Chouinard, mettait en lumière l’intérêt que pourrait représenter pour des chaînes domestiques ou étrangères ce nouveau marché qui s’ouvre à eux.

Présentement, les services de garde au Québec sont un réseau où travaillent plus de 40 000 personnes et plus de 14 200 éducatrices en milieu familial. Près de 10 000 parents bénévoles s’impliquent activement dans la vie de leur CPE et 425 responsables de garde en milieu familial sont membres des conseils d’administration des CPE. Ces derniers forment un réseau où la démocratie participative s’exerce pour le bien-être des enfants.

En retirant le milieu familial de leur responsabilité, le gouvernement Charest s’attaque au modèle des Centres de la petite enfance et remet en cause la place déterminante des organismes à but non lucratif dans les services de garde au Québec.

La CSN, la centrale syndicale dominante dans ce secteur, évalue à 500 la perte du nombre de postes de conseillères pédagogiques pour les services en milieu familial. Selon la centrale, cette diminution aura aussi des répercussions importantes pour les services offerts en installation où les conseillères pédagogiques jouent aussi un rôle de soutien auprès des éducatrices.

Diminuer les services professionnels de soutien aux éducatrices en milieu familial risque d’engendrer une baisse de la qualité des services et d’isoler ces dernières. Dans les faits, cette mesure créant des bureaux de coordination fera passer la moyenne de conseillères pédagogiques de une pour 19 enfants à une pour 33 enfants.

Depuis son élection, le gouvernement Charest poursuit son œuvre de privatisation du réseau québécois de garderies. Déjà, les coupures budgétaires ont fragilisé plusieurs CPE. Avec son projet de loi 124, à l’article 96, il annonce que le ministre pourra s’immiscer encore plus dans leur gestion. Il peut notamment donner des directives quant à la gestion des ressources humaines, budgétaires ou matérielles. À l’article 7, il se donne des pouvoirs d’intervention dans le contenu du règlement de régie interne des CPE. Pour un gouvernement qui dit vouloir réduire l’intervention de l’État, il ne recule devant rien pour se donner tous les pouvoirs d’intervention pour démanteler et privatiser le réseau !

Dans les faits, ce projet de réforme n’a rien à voir avec l’accessibilité, les heures d’ouvertures et de meilleurs services éducatifs aux enfants. Démantèlement, compressions, privatisation et marchandisation en sont plutôt les fondements. Nous devons le combattre de toutes nos forces.

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