L'aut'journal
Le samedi 25 mai 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
L'anglo " rose " de la Commission Larose
N° 202 - septembre 2001

D’une lune à l’autre
Élaine Audet
Cet été caniculaire laisse derrière lui une sensation d’urgence et, dans le vif de nos vies, la marque vorace des canines de la mondialisation. La tolérance face à la violence et à la violation de la dignité humaine est de plus en plus grande. La bioéthique a besoin de plus que des paroles pour barrer la route à la commercialisation de tout ce qui vit. Les accords de libre-échange menacent non seulement l’indépendance politique, économique et culturelle des États mais la souveraineté même de l’être humain et son libre accès à des biens communs essentiels comme l’eau. La vie même est désormais l’objet de convoitise des puissances du profit.

De Seattle à Gênes en passant par Québec, on assiste à une escalade de la violence de la part des forces policières internationales qui n’hésitent plus à tirer de vraies balles sur les contestataires d’un système qui subordonne l’humain au profit.

La montée de la répression

Il est tout à fait illusoire de penser que la démocratie sera respectée face à des enjeux si importants pour les maîtres du monde. Avec l’appui des gouvernements, ils joueront de plus en plus fort la carte de la terreur, de la division des forces progressistes et de la répression brutale de toute contestation.

La défense inconditionnelle des forces policières par le ministre de la Sécurité publique du Québec et le comportement du premier ministre Chrétien lors du sommet de l’APEC donnent le ton. Rien d’étonnant alors d’apprendre que la GRC et le Service canadien de sécurité, avec des relents d’octobre 70, n’excluent personne de leurs enquêtes sur le terrorisme international, pas même des organisations démocratiques comme Greenpeace et Amnistie internationale ou les Raging Grannies! (Sans frontières, SRC, 22.08.01)

Les pacifistes gênent les casseurs

Plusieurs témoignages dignes de confiance, qui circulent sur les réseaux électroniques féministes et anti-mondialisation, se recoupent pour décrire la violence sauvage dont ont été victimes à Gênes les groupes et les individus qui manifestaient pacifiquement. Notamment ceux de deux féministes, américaine et italienne, d’un réseau-citoyen français et de Bernard Cassen du Monde diplomatique, président d’ATTAC, qui font tous état de la complicité des policiers avec 300 à 400 casseurs habillés en Black Blocks, qu’ils ont laissé sciemment battre les manifestantEs et vandaliser la ville.

Bien que la descente policière sauvage au Centre des médias du Forum social mondial ait eu pour but de trouver et de détruire les preuves de la violence policière durant les manifestations, raconte Cassen, une vidéo, montrant la collusion entre les casseurs et la police, a pu échapper au saccage et a été présentée sur l’ex-Télé-Monte-Carlo (« Sette »), révélant hors de tout doute jusqu’où pouvaient aller les forces de l’ordre pour défendre le pouvoir des riches.

Les pacifistes gênent les policiers

La féministe américaine Starhawk raconte ainsi ce qu’elle a vécu 0 « Ils sont entrés dans les pièces où les gens dormaient. Les gens ont mis les mains en l’air, en criant “ pacifisti, pacifisti ”. Les flics les ont tous frappés à leur faire sortir la merde, on ne peut pas dire ça autrement. Nous sommes allés voir dans l’autre bâtiment. Il y avait du sang partout où l’on dormait, des flaques même parfois, le bordel total, les ordinateurs et les équipements bousillés. »

La militante italienne corrobore ce témoignage sur la violence « terrifiante » des policiers lors de la mise à sac du Centre des médias, en ajoutant qu’après avoir battu tout le monde, cassé tout sur leur passage, et détruit ou confisqué systématiquement la documentation des journalistes (témoignages, vidéos, photos, etc.), les policiers ont même arrêté l’avocat responsable de la coordination juridique, en s’emparant des documents nécessaires à la défense des personnes arrêtées.

Les apôtres de la ZLEA

Le premier-ministre Landry le dit clairement, il ne veut la souveraineté du Québec que pour s’asseoir à la même table que les membres de la ZLEA et partager le gâteau de la mondialisation. Son ministre Brassard n’écarte d’ailleurs pas l’idée d’une exportation massive de l’eau, comme le gouvernement de Terre-Neuve. Tout laisse croire qu’aucune disposition de l’ALENA ne protège contre la commercialisation de l’eau, comme le montrent les nombreux procès intentés par des compagnies américaines réclamant des milliards de dollars de dédommagement pour les profits que les provinces canadiennes les ont empêché de faire en leur refusant l’autorisation d’importer l’eau en vrac aux États-Unis !

Le privé est politique

Plus que jamais le slogan des années 70 « le privé est politique » est d’actualité. La politique aujourd’hui passe par la défense, au cœur de nos vies, de l’environnement, des droits humains et de la démocratie. Nous devons changer nos valeurs et notre façon de vivre pour enrayer le gaspillage des ressources et de l’énergie et mettre fin à la pollution de la terre, de l’eau et de l’air que nous respirons causée par les porcheries, les pesticides, les déchets industriels, les centrales nucléaires. Toutes les stratégies sont bonnes pour sortir de cet univers « consommationnaire » 0 simplicité volontaire, systèmes d’échanges locaux (SEL), commerce équitable, cuisines collectives, appui aux groupes de femmes, à la Coalition Eau Secours, aux médias indépendants, aux organisations anti-mondialisation. Pour être efficace, cette action locale, à la racine, devra cependant se refléter au niveau global des prises de décisions politiques.

Le front anti-mondialisation

Nous ne devons pas laisser la répression diviser le front anti-mondialisation entre « jeunes activistes » et « société civile » (on croirait entendre « sénile » !). Au plan politique, on a assisté, ces derniers mois à la création de l’Union des forces progressistes, suivie de l’Union paysanne, avec en toile de fond, les discussions sur l’opportunité de fonder un parti féministe de gauche. Ce sont les États nationaux qui entérinent les politiques néolibérales et perpétuent le laxisme face à la mise en marché de l’humain et de la nature. C’est donc sur le terrain national qu’il est urgent de bâtir une force politique unie nous permettant de reprendre possession de nos vies et du pouvoir de décider ce que nous voulons en faire.

Notre lutte ne peut être victorieuse si nous continuons à la mener prioritairement sur le terrain transnational, sans remettre en question le système de valeurs de l’organisation mondiale de la spéculation et du profit, en continuant à être à la remorque de la stratégie de provocation et de répression de plus en plus violente des forces mondiales de l’ordre.

L’indépendance du Québec

Dès les prochaines élections partielles, nous devons montrer notre détermination à réaliser l’indépendance du Québec en luttant contre la mainmise des transnationales sur nos ressources et en bâtissant un projet de société fondé sur l’équité entre les deux sexes, l’éradication de la pauvreté et de la violence, la sauvegarde de l’environnement et du vivant, la répartition équitable de la richesse collective et la mondialisation de la solidarité entre les peuples. Le premier objectif étant de nous unir de toute urgence pour créer un rapport de force irrésistible en faveur de l’adoption du mode de scrutin proportionnel afin que toutes les forces sociales puissent faire entendre leur voix lors des prises de décision qui concernent leur avenir.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.