L'aut'journal
Le jeudi 17 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Pour un québec lucien
N° 244 - novembre 2005
Au Canada, il n’y a rien de comparable à la situation québécoise
Le Palmarès des écoles de l’Actualité
Pierre Dubuc
Depuis un bon moment, les critiques du néolibéralisme ont démontré les effets néfastes qu’un système de santé à deux vitesses pourrait avoir pour le bien commun. Notre système d’éducation fonctionne non pas à deux vitesses mais à trois : les classes ordinaires, les projets particuliers à l’école publique et le réseau privé.

Cette situation est unique en Amérique du Nord. Aux États-Unis, il n’y a pas de financement public des écoles privées. Ni en Ontario, d’ailleurs. Dans l’ensemble du Canada, il n’y a rien de comparable à la situation québécoise, si bien qu’avec moins du quart de la population canadienne, le Québec compte plus du tiers des élèves fréquentant une institution privée.

Je me souviens d’avoir été invité à prendre la parole devant des étudiants qui étaient descendus dans la rue pour protester contre l’installation d’une machine distributrice de Coke ou de Pepsi dans leur établissement scolaire. C’était dans le cadre de la lutte contre la Zone de libre-échange des Amériques et ils manifestaient contre la « marchandisation de l’éducation. » J’ai cru bon leur rappeler que dans cette optique « près de 15 % des élèves du cégep fréquentaient une institution privée et 20 % des élèves du secondaire, un collège privé financé à plus de 60 % par des deniers publics. » Autrement dit qu’une cible par trop évidente pouvait en cacher une autre plus importante. Ma mise au point fut sans effet. Le sujet du financement public des écoles privées était toujours l’objet d’un embargo complet.

La croissance du réseau privé et la décroissance du réseau public ont été accentuées avant la publication du palmarès des écoles de l’Institut économique de Montréal par le magazine L’Actualité. Ce numéro est le best-seller annuel du magazine et est largement commenté dans tous les autres médias. L’« effet-palmarès » sur la fréquentation du réseau privé est indéniable et est reconnu par le ministère de l’Éducation.

La sélection des élèves. Plusieurs ont critiqué sous ses différentes coutures la méthodologie du palmarès de L’Actualité où l’on trouve, sur les 50 écoles en tête du classement, 45 écoles du privé et 5 écoles publiques à vocation particulière, c’est-à-dire qui sélectionnent leurs élèves. Mais toutes ces critiques – dont les auteurs ont souvent tenu compte dans les éditions ultérieures – n’ont en rien amoindri l’intérêt des parents pour le palmarès.

La critique la plus simple et la plus pertinente a été produite par le chercheur Jean-Guy Blais pour le compte de la Fédération des commissions scolaires. « Ce ne sont pas, écrit-il, les caractéristiques des écoles qui sont déterminantes pour les élèves, mais les caractéristiques des élèves qui le sont pour les écoles. Sélectionnez les meilleurs élèves et vous aurez les meilleures écoles, que ce soit au secteur privé ou au secteur public. » Les parents qui inscrivent leur enfant au privé ont compris le message. Ils veulent que leur enfant soit sélectionné pour se trouver parmi les meilleurs. Pour comprendre les effets néfastes de l’existence d’un réseau privé d’une telle ampleur, il faut pousser l’analyse un peu plus loin et examiner son effet sur la structuration sociale et ethnique de la société.

La filière des élites. Le palmarès de l’Institut économique de Montréal publié dans L’Actualité permet de constater qu’une des principales conséquences de l’existence du réseau privé est la reproduction de la structure des classes sociales. Une analyse effectuée à partir des données du palmarès de 2002 démontre que le revenu des parents des 50 premières écoles du classement est supérieur à la moyenne dans tous les cas, sauf deux.

Selon les chercheurs de l’IEDM, le revenu moyen dans l’ensemble des écoles était de 44 700 $. Le revenu le plus élevé est de 110 200 $ pour le Lower Canada College, mais on note que le revenu est déclaré « non disponible » pour les quatre premières positions, soit le collège Jean-de-Brébeuf, le collège Charlemagne, The Study et le collège Jean-Eudes. Le revenu des parents n’est pas disponible pour neuf des 50 établissement en tête de liste, confirmant la discrétion proverbiale des bien nantis. L’école publique la mieux cotée, dont les revenus des parents sont disponibles, est l’École internationale de Saint-Hubert avec une moyenne de revenus de 64 500 $, soit largement au-dessus de la moyenne.

Dans le groupe des 50 écoles figurant en queue de peloton, on trouve les écoles où les revenus parentaux sont les plus faibles. Il y a l’école Natagan à Barraute (22 900 $), la Voie à Montréal (21 300 $), Gérard-Filion à Longueuil (33 400 $), Dalbé-Viau à Lachine (31 100 $), Mont-Royal à Mont-Royal (28 000 $), Jeanne-Mance à Montréal (23 800 $), Chomedey-de-Maisonneuve à Montréal (18 700 $). Finalement, on ne sera pas surpris de constater que l’école qui ferme le palmarès, l’École Pierre-Dupuy à Montréal, affiche un revenu de 13 500 $. Le palmarès de l’IEDM-L’actualité ne rend peut-être pas compte de la qualité de l’enseignement dispensé dans les établissements, mais il établit assez précisément le palmarès des écoles selon la fortune des parents.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.