L'aut'journal
Le samedi 19 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Pour un québec lucien
N° 244 - novembre 2005
Les musiciens de l’OSM endossent la cause d’Eau Secours!
La musique est l’eau de la culture
André Bouthiller
Après 5 mois de grève, les musiciens et musiciennes de l’Orchestre symphonique de Montréal deviennent « Porteurs d’eau » avec la Coalition Eau Secours!

L’Association des musiciens et musiciennes de l’Orchestre symphonique de Montréal vient de décider de s’impliquer dans le dossier de l’eau. Comme le disait le poète-philosophe Raôul Duguay, si « la musique est l’eau de la culture », maintenant « l’eau aura sa grande musique » et la protection des eaux du Québec comptera un groupe culturel de plus. C’est en conférence de presse qu’Eau Secours! a annoncé l’octroi du statut de Porteur d’eau au célèbre orchestre de Montréal.

Le contexte politique québécois, qui a placé à la tête de chaque parti politique des apparatchiks et des politiciens sortant directement du giron de Mulroney et de ses conservateurs, pousse petit à petit les travailleurs et travailleuses de tous les secteurs à se solidariser avec les luttes des uns et des autres et surtout à décloisonner leur actions citoyennes.

En 2003, l’arrivée du gouvernement conservateur du Parti Libéral du Québec, trancha quelque peu sur les façons de faire du gouvernement conservateur du Parti Québécois. Depuis son élection, le PLQ s’est activé à affaiblir les groupes qui, dans la société, pouvaient lui tenir tête. En s’attaquant bien sûr à leur financement. C’est dans tous les secteurs d’activités que les groupes communautaires ou de citoyens ont vu se tarir leur source gouvernementale de financement. Depuis, plusieurs ont fermé leurs portes ou n’existent plus que sur papier.

Le plan libéral semble fonctionner, puisque maintenant le gouvernement attaque les employés de l’État qui ne semblent pouvoir trouver de soutien très concret chez les groupes sociaux affaiblis et tous occupés à s’autofinancer.

Après avoir vu les 13 grands groupes québécois en environnement se faire couper leur financement par le ministère de l’Environnement, après avoir vu la danse perdre ses subventions, c’était maintenant au tour des musiciens et musiciennes de l’Orchestre symphonique de Montréal de passer la case « Go » du jeu de « Monopoly » et de se faire emprisonner dans une négociation sous la férule du « lucide » Lucien Bouchard.

Recyclé en président du conseil d’administration de l’Orchestre symphonique de Montréal, il s’est conduit comme le conservateur qu’il est. Il ne pouvait prévoir que ces passionnés de la musique lui résisteraient en maintenant la grève durant 5 mois. Il croyait mettre à genoux des personnes qui ont 100 fois sa compétence et sa renommée mondiale. En effet, les musiciens et musiciennes de l’OSM sont parmi les meilleurs au monde. L’Orchestre était encore, avant l’arrivée de Bouchard, classé seizième au monde.

Dans le domaine de la musique classique, chaque chef de section de l’orchestre, on dit première trompette ou premier violon, équivaut à une idole du hockey, quoique pas aussi bien rémunéré. C’est mondialement que les orchestres s’arrachent ces musiciens.

Au lieu de se servir de ses contacts pour convaincre le gouvernement provincial et le Conseil des Arts de la Ville de Montréal d’ajuster leur subvention qui n’a pas bougé depuis au moins 10 ans, « Lucide » Bouchard a choisi d’attaquer les conditions de travail des musiciens et musiciennes. Avocat spécialisé en relations de travail, il a toujours été fervent de la manière forte. Provoquer des grèves pour obtenir des catharsis bénéfiques disait-il …lui-même cependant ne perdant jamais un sou dans l’aventure.

Du côté politique, il est adulé du monde des affaires pour avoir passé son « plan du déficit zéro », et pour avoir regroupé la petit industrie d’embouteillage d’eau du Québec (7 compagnies), grâce à un montage financier avec nos taxes, et réussi à les vendre sous le nom de « Patrimoine des eaux du Québec » à la multinationale Danone. Il fut aussi celui qui invita les dirigeants corrompus de Parmalat-Italie à avaler une entreprise d’embouteillage d’eau en Abitibi. Il était aussi de ceux qui ont poussé l’ancien maire Bourque de Montréal à se lancer dans l’aventure de la privatisation de l’eau à Montréal. « Lucide » Bouchard a de la suite dans les idées.

Après sa démission, en tant que premier ministre d’un parti qui avait avalé de travers le fait qu’il les ait fait rompre avec une tradition social-démocrate, il devint avocat patronal, toujours prêt à casser du sucre sur le dos des travailleurs et travailleuses.

Mais quel est le lien avec l’eau et l’environnement ? La Coalition Eau Secours! s’est toujours présentée comme étant un groupe d’éco-citoyenneté. La Coalition valorise les écosystèmes, et l’humain en fait partie. Bonne raison pour lier le social à l’environnement. Donc, dans sa démarche, Eau Secours! tient compte de l’environnement, du social, du politique et de la culture. Dans un contexte où la Coalition doit s’autofinancer, elle a développé depuis 1998 une stratégie de mise en marché de spectacles bénéfices pour se financer. De son côté, l’Association des musiciens et musiciennes de l’OSM, prise dans une interminable grève, a été touchée par l’invitation d’Eau Secours! à joindre leurs forces pour organiser une soirée au bénéfice des deux groupes.

Le spectacle nommé « Offrir Mer et Mots » a réuni sur scène, en plus des 90 membres de l’orchestre, l’écrivaine Hélène Pedneault, les poètes Raôul Duguay et Bruno Roy, l’écrivain François Parenteau et la comédienne Sylvie Drapeau. Avec environ 1300 personnes à l’Église Saint-Jean-Baptiste de Montréal, le concert fit sensation.

Pour marquer l’événement, le président de l’Association, Marc Béliveau déclara que « c’était un premier geste concret de recherche de financement par les musiciens ». Nous ferons tout en notre pouvoir, dit-il « pour sauvegarder cet extraordinaire bassin de talent qu’est l’Orchestre symphonique de Montréal et nous avons la conviction profonde que tous les intervenants doivent mettre l’épaule à la roue pour assurer la survie et le développement de l’OSM. Plus que jamais, les musiciennes et musiciens sont fiers de faire partie d’un ensemble qui leur permet de donner le meilleur d’eux-mêmes, non seulement comme musiciens, mais aussi comme ambassadeurs culturels de Montréal. »

À la fin du spectacle, les musiciens et musiciennes, ayant entendu les Mots des Porteuses et Porteurs d’eau, se sentirent interpellés par cette cause de « protection des eaux pour protéger la santé des os ». À un point tel qu’en assemblée générale, ils prirent la décision de devenir Porteurs d’eau. Qui s’en plaindrait…sauf peut-être « Lucid » !

Note au lecteur : Afin de faciliter la lecture, chacune des références précises n’apparaît pas dans le texte. Il s’agit de la revue de presse de la grève des musiciens et musiciennes de l’OSM et du site de référence d’ Eau Secours ! - La Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau, à www.eausecours.org

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.