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Pour un québec lucien
N° 244 - novembre 2005
Dans 2 ans, nous aurons une pénurie d’infirmières jusqu’en 2015
Une loi spéciale n’est pas une solution au problème
Marc Laviolette
En juin dernier, le congrès de la Fédération des Infirmiers et Infirmières du Québec élisait une nouvelle présidente, Lina Bonamie. Infirmière issue de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et membre de l’exécutif de la FIIQ depuis 14 ans, Mme Bonamie était la vice-présidente responsable des négociations depuis 12 ans. L’aut’journal l’a rencontrée afin de faire le point sur les priorités de la nouvelle présidente et sur l’enjeu des négociations du secteur public présentement en cours.

Pour Mme Bonamie, la première priorité, c’est de réussir la fusion forcée par la loi 30 du gouvernement Charest. La FIIQ regroupe maintenant 56 000 membres, soit 45 000 infirmiers et infirmières, 9 000 infirmières auxiliaires, 2 000 inhalothérapeutes ainsi que les perfusionnistes et puéricultrices. Une croissance de 29 %.

D’ailleurs, pour tenir compte de cette réalité, le congrès de juin a modifié les statuts et règlements de la FIIQ de façon à réserver trois des neuf postes de l’exécutif sur la base des professions composant la fédération (infirmières, infirmiers auxiliaires, inhalothérapeutes). Selon Mme Bonamie, cette nouvelle composition amènera la fédération à élargir son expertise syndicale à l’ensemble de l’équipe de soins infirmiers.

Pour la présidente, ce qui cimentera l’unité de la nouvelle fédération, ce sont les différentes interventions auprès du patient et les conditions d’exercice des professions qui la composent maintenant. « Présentement nous sommes toujours en pénurie d’infirmiers et d’infirmières auxiliaires. Rappelons-nous que la réforme Rochon (virage ambulatoire) avait déclaré qu’il y avait 5 000 infirmières de trop au Québec et Mme Marois avait contingenté la formation des infirmières au niveau collégial ».

Lina Bonamie explique que l’équilibre entre le nombre d’infirmières formées entrant dans le réseau et le nombre d’infirmières prenant leur retraite ne sera maintenu qu’en 2005 et pour les deux prochaines années. « Dans deux ans, les 35 ans de service seront atteints pour plusieurs de nos membres et nous vivrons une nouvelle vague de départs à la retraite. Nous serons en pénurie jusqu’en 2015 ».

Pour la FIIQ, les dictats du Fond Monétaire International et de la Banque Mondiale qui demandent aux gouvernements de couper dans les services publics pour résorber leurs déficits ont généralisé la pénurie de personnel infirmier partout dans le monde. « Le Québec recrute des infirmières en France, la France en Espagne et la Suisse au Québec ». Ces conséquences sont des effets directs de la mondialisation sur nos services publics et c’est la population et le personnel infirmier qui en font les frais à tous les jours.

C’est dans ce contexte que se déroule la ronde actuelle de négociation pour la FIIQ. La fédération demande une augmentation salariale de 12,5 % sur trois ans excluant l’équité salariale. Rappelons qu’une infirmière au Québec gagne en moyenne 42 000 $ par année comparé à 45 000 $ au Nouveau-Brunswick et 53 000 $ en Ontario. Les infirmières auxiliaires gagnent 33 600 $ en moyenne.

Cependant, si le gouvernement est prêt à investir dans des mesures d’aménagement du temps de travail qui diminueraient la précarité, l’absentéisme et les heures de temps supplémentaires, la FIIQ se dit prête à réaménager les demandes salariales.

La demande de réaménagement du temps de travail ferait en sorte que pour 45 minutes de temps de travail de plus par jour, les membres bénéficieraient de deux jours de congés supplémentaires par mois. Ainsi, un temps complet serait 18 jours par mois ou 17 soirées par mois ou 16 nuits par mois (la semaine de 4 jours). Les milieux de travail où une telle mesure a été appliquée ont connu une baisse importante de l’absentéisme et une diminution des heures supplémentaires.

La FIIQ revendique aussi que tous ses membres aient accès à un poste (minimum quatre jours de travail par quinzaine) de façon à réduire la précarité et l’instabilité générées par les listes de rappel.

Les membres FIIQ s’attendent à des avancées dans la mise sur pied de véritables plans de développement des Ressources humaines. Le réseau pourrait passer à travers cette période de pénurie de ressources infirmières avec des mesures d’accueil du nouveau personnel et des mesures de perfectionnement en cours d’emploi pour le personnel en place lui permettant de s’adapter au vieillissement de la population et aux défis contemporains du réseau de la santé.

L’objectif de la fédération est d’en arriver à un règlement global avant Noël. Cet horizon rejoint celui des autres composantes du secteur public présentement en négociation (les professeurs, fonctionnaires, professionnels et le front commun CSN-FTQ).

Pour Mme Bonamie, tout comme pour l’ensemble du secteur public, il est très important de ne pas ouvrir la porte à une loi spéciale du gouvernement Charest qui viendrait décréter les conditions de travail pour tout le secteur public.

La fédération a donc adopté un plan d’action qui tient compte de cet écueil et qui vise à mettre toute la pression sur le gouvernement Charest pour régler à la table de négociation. « En novembre, nous déposerons notre plan sur les services essentiels. À compter de ce moment, il y aura menace de grève dans le secteur de la santé et, lorsqu’il y a menace de grève, l’employeur est tenu d’offrir au moins 90 % des services dans le réseau de la santé. Ce niveau de service n’est pas atteint en temps normal. Nous demanderons donc à la commission des services essentiels de forcer les employeurs à prendre des mesures concrètes pour offrir 90 % des services requis ».

Cette tactique, qui a été appliquée avec succès dans l’Outaouais en 2000, a pour objectif de forcer le gouvernement a investir de l’argent dans des mesures pour améliorer la quantité des services offerts dans le réseau au lieu de sauver de l’argent en n’ayant pas à débourser de salaire aux grévistes.

« Nos moyens de pressions amélioreront donc les services de santé au Québec malgré la volonté gouvernementale », nous affirme Mme Bonamie, avec un sourire en coin… Chose certaine, si le danger de la présente négociation du secteur public est bien le décret gouvernemental, son seul antidote est la convergence la plus grande possible entre les différents acteurs syndicaux. La dispersion actuelle n’a aucun avenir.

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