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Pour un québec lucien
N° 244 - novembre 2005
Voir grand ce n’est pas voir plus loin que son nez
Le dépotoir de Saint-Thomas est à ras le bol
Marilyn Marceau
Le ministre québécois de l’Environnement doit se prononcer bientôt sur la demande d’agrandissement du site d’enfouissement de St-Thomas dans Lanaudière. La réponse de Thomas Mulcair est très attendue par les citoyens des villes avoisinant le dépotoir et les environnementalistes, qui se demandent si le ministre choisira, une fois de plus, de faire davantage de place aux déchets dans notre société.

« Quand on a un gros site d’enfouissement dans sa région, c’est dur de vanter la place aux entreprises et aux futurs résidents », explique Richard Giroux, maire de Sainte-Geneviève-de-Berthier, la municipalité qui subit les plus gros inconvénients dus aux allers et venues des camions.

« Je n’ai pas le syndrome du pas dans ma cour, mais celui du : ma cour est pleine n’en mettez plus ! », explique patiemment André Villeneuve, le maire de Lanoraie, une autre municipalité limitrophe au site qui, à cause des vents dominants, reçoit des odeurs nauséabondes.

Ces deux maires ont choisi de se battre contre l’agrandissement en se réclamant du « gros bon sens ». « Petits dépotoirs, petits problèmes, gros dépotoirs, gros problèmes », clame philosophiquement M.Villeneuve. Ils ont tous deux été très actifs lors des audiences du BAPE et militent activement pour empêcher la réalisation du projet de Dépôt Rive-Nord qui serait néfaste, selon eux, pour les eaux souterraines et les terres agricoles environnantes.

Quant à la troisième municipalité qui est non seulement voisine du site, mais aussi son hôte, St-Thomas, la dynamique est toute autre. « Nous avons choisi de coopérer avec l’entreprise EBI pour mieux protéger nos citoyens, au lieu de nous battre contre elle », explique la mairesse Agnès Derouin. La municipalité a signé un protocole d’entente avec la compagnie, dans lequel il est convenu que St-Thomas recevra des redevances de l’ordre de 12 millions pour 29 années d’exploitation du site si l’agrandissement se réalise.

Dépôt Rive-Nord inc., filiale du Groupe EBI, voudrait augmenter de 21,2 millions de mètres cubes sa capacité d’enfouissement. Le site actuel, basé à St-Thomas, a atteint sa capacité maximale en avril 2005 avec une montagne de 9 millions de mètres cubes de déchets. Le gouvernement du Québec avait alors autorisé EBI, par décret d’urgence, à poursuivre ses activités, le temps d’examiner le projet d’agrandissement.

Sachant que le décret échoit au printemps 2006, le ministre de l’Environnement, Thomas Mulcair, doit rendre sa décision à propos de l’agrandissement très bientôt. Advenant une décision favorable, il faut qu’EBI ait le temps de construire de nouvelles infrastructures pour continuer à recevoir les déchets de la MRC d’Autray, de la MRC de Joliette et de la Communauté métropolitaine de Montréal qui compte pour 57,7% des déchets amenés à St-Thomas.

En juin dernier, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a émis un rapport dont les conclusions sont sans équivoque : le projet de Dépôt Rive-Nord est « inacceptable parce qu’il ne permet pas de concilier les composantes sociale, environnementale et économique du développement durable. », peut-on y lire.

Selon plusieurs environnementalistes, ce rapport est l’un des plus sévères que le BAPE a publié envers un projet. L’organisme n’a cependant qu’un pouvoir consultatif auprès du ministre.

Le rapport met en lumière plusieurs inquiétudes notamment quant à une technique de transfert des matières résiduelles jamais testées auparavant, et qui n’est pas assurée de succès et émet des doutes sur l’étanchéité du mur de bentonite et la technique de pression d’eau que la compagnie veut mettre en place.

L’aut’journal ne faisant pas partie des « médias-cibles » d’EBI, le porte-parole et ingénieur Luc Turcotte a refusé de répondre à nos questions et nous réfère au site Internet de la compagnie en guise de réponse. À propos du rapport du BAPE on peut y lire : « Dépôt Rive-Nord est profondément indigné des conclusions du rapport et déplore le manque de professionnalisme de la commission du BAPE qui a fondé son opinion sur des allégations non fondées et des prétentions. »

Parmi les 44 mémoires déposés dans le cadre des audiences publiques du BAPE, la régionalisation des déchets est une solution préconisée par plusieurs. Il suffit de trouver un endroit approprié, c’est-à-dire loin des populations, loin des cours d’eau et dans un milieu contrôlé et contrôlable, pour enfouir les déchets avec des technologies limitant les effets catastrophiques. Selon M.Villeneuve, différents sites ont déjà été identifiés autant dans la MRC de Joliette ou d’Autray que sur le territoire de la CMM, et il est d’accord avec ce genre de solution.

Bien entendu, il rappelle qu’il faudrait aussi que les objectifs de réduction des déchets de la Politique québécoise sur la gestion des matières résiduelles 1998-2008 soient atteints pour éviter d’avoir à se pencher année après année sur le problème de l’enfouissement.

Le développement durable, une politique réelle du gouvernement ?

Le ministre Thomas Mulcair dit attendre les résultats de l’enquête indépendante qu’il a demandée à propos de la qualité de l’eau de la rivière Saint-Joseph, située à proximité du site, pour rendre son verdict. La parution des résultats de cette enquête serait imminente.

Le maire de Lanoraie anticipe presque déjà une réponse favorable à Dépôt Rive-Nord et répond que « si le gouvernement n’est pas capable de respecter ses propres lois (Loi sur la gestion des matières résiduelles, Politique nationale de l’eau, par exemple), la justice devra le forcer à le faire. »

« Il y a un consensus national sur l’environnement, c’est malheureux que le gouvernement ne saisisse pas cette occasion pour aller de l’avant », déplore finalement André Villeneuve.

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