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Le retour du canadien
N° 243 - octobre 2005
Le diagnostic de la collection Contrepoint
Sexualisation, prostitution et tribunaux islamiques
Contrepoint
Dans La tyrannie du plaisir, Jean-Claude Guillebaud, signataire d’un manifeste pour l’abolition de la prostitution (2000), décrit la récupération du discours permissif lui-même par le commerce.

Une étape qu’il juge très importante parce qu’elle touche au sens et entraîne une compromission de la parole :

« Du sex-shop au catalogue de vente par correspondance, de la sous-culture du porno-vidéo à celle d’Internet ou du Minitel rose, nul ne propose ses services ni ses produits sans les accompagner aujourd’hui d’un prêche “ libéré ” qui donne une version racoleuse des professions de foi des années 70. » (Guillebaud, 1998)

Guillebaud note que ce même discours ne sera pas moins habile à mettre en forme une dénonciation de « l’ordre moral ». De plus en plus souvent, c’est l’argent qui convoquera et manipulera les manifestations et contestations permissives relayées par les médias. Toute atteinte au commerce du sexe sera dénoncée comme une expression de puritanisme contraire à la liberté d’expression. Derrière cette protestation « progressiste », qui soupçonnera, demande l’auteur, la corruption d’une tribune médiatique par de l’argent lié à ce commerce ? Alors qu’ils se qualifient d’altermondialistes, les groupes progressistes se trouvent à servir et défendre les intérêts du capitalisme et du crime organisé.

Le grief imputé à la morale sexuelle traditionnelle, note Guillebaud, c’est qu’elle incarne une forme de codification qui entre en contradiction avec les exigences du libre-échange. Et il conclut que la transgression sexuelle qui participait jadis d’un rejet du capitalisme bourgeois est maintenant autorisée, justifiée, exploitée et protégée par ce même capitalisme rajeuni et rebaptisé « libéralisme ».

« On est arrivé à un point où les classes dominantes ont avantage à libérer la sexualité sur le mode d’une consommation génitale codifiée, d’une sexualité désublimée et manipulable, permettant une intégration sociale plus solide que la répression brutale du début du siècle. Aux yeux du capitalisme, les choses sont bien claires : le désordre permissif est aujourd’hui plus rentable que l’ordre moral. »

Belle réponse aux chantres de la prostitution, comme style de vie transgressif! Rien ne saurait être plus totalement dans l’ordre et la loi du néolibéralisme, conclut Guillebaud.

Prostitution, perspectives féministes, Élaine Audet, Sisyphe, collection Contrepoint, 2005

L’implantation des tribunaux dit islamiques au Canada n’est pas une affaire de liberté religieuse ni d’accommodement raisonnable.

Les musulmans sont des citoyens à part entière, qui jouissent des mêmes droits et des mêmes obligations que l’ensemble des Canadiens.

Ils ont le loisir de bâtir leurs mosquées et de gérer leurs écoles musulmanes, dont certaines sont financées à même les fonds publics.

D’ailleurs, la première mosquée à avoir été construite en Amérique du Nord l’a été au Canada, la Mosquée Al Rashid, à Edmonton, en 1938. Au Québec, la mosquée de Markaz al Islam a été constituée par une loi de l’Assemblée nationale, adoptée en août 1965, il y a précisément 40 ans.

Les membres de la communauté musulmane, dont la présence au Canada remonte à 1871, font des efforts considérables pour s’intégrer malgré les stigmates et les amalgames dont ils font l’objet. La nouvelle génération de jeunes musulmans est particulièrement prometteuse, avec un niveau d’éducation parmi les plus élevés au Canada. Or, ces efforts d’intégration consentis par des dizaines de milliers de musulmans sont anéantis par une mouvance islamiste minoritaire mais agissante qui cherche à imposer son système de valeurs au nom d’une certaine idée de Dieu.

L’application de la charia au Canada participe de cette même stratégie qui vise à isoler la communauté musulmane afin de la soumettre à une vision archaïque de l’islam, une vision dont les islamistes sont à la fois les idéologues, les propagandistes, les financiers et les opérateurs.

Peut-on justifier l’application de la charia au Canada quand, dans les pays musulmans, les groupes de la société civile réclament son abrogation pour en finir avec la discrimination faite aux femmes ? Réclamer l’application de la charia est un véritable coup de force qui vise à saper l’une des assises fondamentales de notre démocratie : notre système de justice. Elle divise et fragilise une communauté musulmane déjà durement éprouvée par les aléas de l’actualité internationale.

Des tribunaux islamiques au Canada ?, Vida Amirmokri, Homa Arjomand, Élaine Audet, Micheline Carrier et Fatima Houda-Pepin. Sisyphe, collection Contrepoint, 2005

Le marché de la mode, de la musique, des magazines et du cinéma cible de plus en plus les jeunes filles de 8 à 13 ans comme consommatrices. Pour cause : comptant pour près de 2,4 millions d’individus au Canada, les pré-ados constituent l’une des plus importantes cohortes démographiques depuis celle des baby-boomers (Turenne, 1998).

L’apparition de ce groupe spécifique, que les spécialistes américains en marketing nomment les « tween » – contraction entre « between » et « teenager » – s’explique donc dans un contexte de consommation où les différentes industries se tiennent constamment à l’affût de nouvelles cibles (Montgomery, 2000). D’ailleurs, « les industries culturelles qui produisent à grande échelle des contenus pour les jeunes ne dissimulent pas leurs visées capitalistes » (Caron, 2004 : 10).

On assiste simultanément à la sexualisation indue des très jeunes filles qui reproduisent des attitudes et des comportements de « femmes sexy ». La publicité qui leur est destinée recours à des stratégies qui incorporent leur besoin d’affirmation et leur quête d’identité, notamment en renforçant les stéréotypes sexuels et en insistant sur la culture du rêve et sur la notion de « girl power ».

Le jeune âge des filles ciblées et l’ampleur du phénomène nous ont amenées à nous interroger sur ses conséquences éventuelles : vulnérabilité accrue à l’image du corps, à la dépendance affective, à la consommation, à l’exploitation sexuelle, etc. Par vulnérabilité, nous entendons la mise en place de conditions qui rendent les filles plus susceptibles d’être blessées dans tous les sens du terme ou qui donnent prise sur elles : vulnérabilité conséquente à une formation identitaire centrée sur l’image et vulnérabilité issue de l’acquisition d’un savoir-faire sexuel précoce dans le cadre des rapports hommes-femmes. [...]

Il y a cinq ans à peine, les « ado-naissantes » (Corriveau, 2001) ne constituaient pas un groupe social. Leur arrivée se manifeste dans la plupart des pays industrialisés, autant au Japon qu’en Australie, en Angleterre, en France ou aux États-Unis, et s’explique d’abord par une logique économique de mise en marché.

La sexualisation précoce des jeunes filles, Pierrette Bouchard, Natasha Bouchard et Isabelle Boily. Sisyphe, collection Contrepoint, 2005

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