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Le retour du canadien
N° 243 - octobre 2005

Fini l’armée des bons gars, l’armée des casques bleus !
Pierre Dubuc
Le gouvernement canadien est nerveux. Il craint la réaction de l’opinion publique quand les premiers cercueils de soldats canadiens reviendrontd’Afghanistan. « Cela est inévitable », disait le ministre de la Défense, car nos soldats sont désormais sur la ligne de front.

Le 22 septembre dernier, le ministre fédéral de la Défense, Bill Graham, était à Montréal, dans le cadre d’une tournée nationale, pour présenter la nouvelle politique canadienne pour les Forces armées. Finie l’armée des « bons gars », l’armée des casques bleus. Une armée existe pour « tuer des ennemis » comme le déclarait le nouveau chef de l’État-major des forces armées canadiennes, le général Rick Hillier, en saluant le départ des soldats canadiens pour l’Afghanistan.

Ce changement d’orientation a fait l’objet d’un débat dans la presse canadienne anglaise, mais a suscité peu de commentaires au Québec. D’ailleurs, la conférence de Bill Graham n’a fait l’objet que de quelques entrefilets dans les journaux.

Au début du mois de septembre, le premier ministre Paul Martin officialisait ce changement d’orientation de politique en déclarant que le Canada allait « combattre le terrorisme au coude à coude avec les États-Unis ».

Déjà 750 soldats canadiens patrouillent les rues de Kandahar, le berceau du mouvement taliban, et seront bientôt rejoints par 250 autres militaires. Au mois de novembre, un contingent supplémentaire de 1 000 soldats s’y ajoutera.

La zone est extrêmement dangereuse. Dernièrement, quatre soldats états-uniens y ont été tués, portant le total de soldats de l’Oncle Sam tués au combat en Afghanistan à 70.

L’arrivée des soldats canadiens permettra aux États-Unis d’aller de l’avant avec leur plan de désengagement progressif en Afghanistan. Le Pentagone veut retirer 20 % de ses 19 000 soldats pour les déployer éventuellement en Irak.

Les problèmes de recrutement de l’armée états-unienne sont bien connus et Washington préfère faire appel à ses « amis » canadiens pour éviter d’avoir recours à la conscription. Mais l’armée canadienne pourrait se trouver avec les mêmes difficultés de recrutement.

Selon les dernières informations en provenance du ministère de la Défense, l’objectif de recrutement de 8 000 soldats – 5 000 dans les forces régulières et 3 000 dans la réserve – connaît des ratés, même avec un budget de 7,7 millions $ en publicité pour cette année.

Il faut dire que les déclarations du général Rick Hillier sur le nouveau rôle de l’armée canadienne ne prêtent pas à confusion. « Nous ne sommes pas le service public du Canada. Nous ne sommes pas simplement un autre ministère. Nous sommes les Forces armées canadiennes et notre travail est d’être en mesure de tuer des gens. »

Dans une entrevue au magazine Maclean, il répondait au journaliste qui lui demandait s’il se considérait d’abord comme un guerrier ou un gardien de la paix : « Je suis un peu mal à l’aise avec le terme guerrier. Mais encore plus mal à l’aise avec le terme gardien de la paix. Je suis ni l’un ni l’autre. Je suis simplement un soldat. »

Rappelons que le général Rick Hillier a dirigé, de février à août 2004, quelque 6 000 militaires venant de 35 pays, en tant que commandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) de l’OTAN en Afghanistan. Il s’agissait de la plus importante mission multinationale commandée par un Canadien depuis la crise de Suez de 1956. En 2000, il assumait le commandement de la Division multinationale de la Force de stabilisation de l’OTAN (SFOR) en Bosnie-Herzégovine.

Le général Hillier est également très familier avec l’armée américaine. En 1998, il a été nommé général commandant-adjoint canadien du IIIe Corps blindé de l’Armée des États-Unis, à Fort Hood, au Texas.

L’engagement du Canada en Afghanistan n’est pas que ponctuel. Le Toronto Star rapportait cet été les propos du major-général Andrew Leslie qui déclarait aux soldats canadiens qu’ils devaient s’attendre « à combattre, tuer et mourir en Afghanistan au cours des vingt prochaines années ».

L’augmentation des crédits militaires dans le dernier budget fédéral confirme le nouveau rôle militaire que le Canada entend jouer sur la scène internationale aux côtés des États-Unis. Au cours des cinq prochaines années, le budget de la Défense passera de 13,3 à 19 milliards et l’armée pourra se procurer les nouveaux navires, les nouveaux avions et enrôler plus de soldats.

Ce changement de cap de la politique canadienne, cet engagement à long terme en Afghanistan aux côtés et en remplacement des troupes états-uniennes se fait sans véritable débat dans nos médias et à la Chambre des communes. Le Canada de Jean Chrétien – sous la pression de manifestations populaires sans précédent, particulièrement au Québec – a décidé de ne pas participer à la coalition dirigée par les États-Unis dans la guerre contre l’Irak. Aujourd’hui, le gouvernement de Paul Martin renverse en catimini cette décision.

Les progressistes doivent s’intéresser de près au virage en cours qui va à l’encontre des aspirations pacifistes de la population du Québec et du Canada.

Les souverainistes ont une raison supplémentaire de s’intéresser à la réorientation de la politique de la Défense canadienne qui comprend la création d’un Groupe spécial d’Opérations contre les « activités terroristes » au Canada placé sous le Commandement central de l’armée canadienne.

Lors d’une de ses dernières entrevues, le premier ministre Jean Chrétien a déclaré au journaliste qui lui demandait de commenter les déclarations de son ministre Collenette selon lesquelles l’armée canadienne s’apprêtait à investir le Québec pour protéger les édifices fédéraux en cas de victoire du Oui au référendum de 1995 : « L’armée a des plans sur tout ».

L’armée se prépare-t-elle pour le prochain référendum sous le couvert de la lutte contre le terrorisme ?

Dans son livre « Le référendum volé », Robin Philpot attire notre attention sur le fait que le Canada utilise souvent des Terre-Neuviens pour les sales jobs contre le Québec (Clyde Wells qui tua l’Accord du lac Meech, Brian Tobin qui organisa le love-in).

Il explique cet acharnement par l’incapacité de ces Terre-Neuviens, devenus Canadiens, de « supporter l’idée que, en poursuivant son rêve d’indépendance, le peuple québécois fasse ce que les Terre-Neuviens n’ont pas réussi à faire en 1948, à cause, entre autres, des politiques et des façons de faire canadiennes qui, ironiquement, sont utilisées aujourd’hui contre le Québec. » Il n’est donc pas sans intérêt de savoir que le général Rick Hillier est Terre-Neuvien.

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