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Le retour du canadien
N° 243 - octobre 2005
Geste sans précédent dans les négos du secteur public
La contre proposition du front commun CSN-FTQ
Vincent Larouche
Le 23 septembre dernier, dans un geste sans précédent dans l’histoire des négociations du secteur public, le front commun CSN-FTQ a pris l’initiative de déposer une contre proposition au gouvernement pour faire débloquer les négociations concernant les 200 000 salariés qu’il représente.

En entrevue avec l’aut’journal quelques jours auparavant, le vice-président de la CSN, Louis Roy, insistait justement sur la volonté des centrales de mettre tout en œuvre pour arriver à un règlement, et sur l’intransigeance du gouvernement, qui fait piétiner les négociations.

« Si le gouvernement veut garder son monde, il faut qu’il donne de bons salaires, affirme Louis Roy. À moins qu’il ne veuille pas les garder, car c’est peut-être justement ça qu’il a en tête. C’est un gouvernement qui a ouvertement pris partie contre le secteur public. Ça pourrait être bon pour lui si les services perdent des plumes… »

Le vice-président, qui possède une longue expérience de négociateur, affirme avoir traité avec plusieurs gouvernements péquistes et libéraux dans le passé, qui avaient au moins le mérite d’avoir les services publics à cœur. « Dans ce temps-là, au moins, tu sais qu’ils ne vont pas trop étirer l’élastique. »

Cette fois, l’attitude des libéraux, qui affirment être incapables de déroger de leur cadre financier de 12,6 % sur six ans, correspond pratiquement à un refus de négocier. L’argument de « l’impossibilité de payer » du gouvernement sonne faux aux yeux de Louis Roy. « Ce sont eux qui décident combien d’argent ils ont, en fonction des impôts, des subventions, des investissements ! Quand ils nous disent qu’ils n’ont pas d’argent, je leur demande : Qu’est-ce que vous allez faire pour en avoir ? »

« Ils nous disent qu’ils n’impriment pas l’argent, poursuit-il. Mais tout le monde est dans cette situation ! Les employeurs privés n’impriment pas plus l’argent et ils doivent négocier avec leurs employés. »

Le syndicaliste s’en prend aussi à l’argument, maintes fois repris dans les médias, selon lequel les employés de l’État devraient renoncer à leurs demandes salariales puisqu’ils seraient déjà « privilégiés » de jouir de la sécurité d’emploi. Il affirme que la sécurité d’emploi est nécessaire dans la fonction publique pour des raisons pratiques, mais s’interroge sur sa valeur. « La sécurité d’emploi, ça vaut quoi exactement ? C’est complètement subjectif ! Quand je rencontre des syndiqués, il y a plein de monde qui me disent qu’ils ne seront plus là dans trois ou quatre ans. Aujourd’hui, on n’est plus à l’époque où tu te trouvais un travail et que tu y restais jusqu’à ta mort. »

« Pour les infirmières, s’interroge-t-il encore, quelle valeur a la sécurité d’emploi ? Il y a une pénurie de main-d’œuvre dans leur secteur ! Et elles sont parmi les moins bien payées au monde. »

Malgré tout, ce genre d’argumentaire sur les syndiqués « gras durs » qui se « plaignent le ventre plein » continue de remplir les lignes ouvertes et les courriers des lecteurs dans les médias. Louis Roy, de son côté, reste sceptique quand des journaux comme La Presse publient de pleines pages de textes d’opinions anti-syndicaux. « Moi, j’en envoie des lettres aux journaux, signées Louis Roy, vice-président de la CSN, mais elles ne sont pas publiées. Je ne sais pas s’ils font du triage... »

Mais son insatisfaction envers la couverture des négociations concerne principalement la facilité avec laquelle les arguments patronaux sont repris par les médias, même quand ils sont faux. « De toute évidence, dans les médias, il y a des journalistes qui déballent une diarrhée de chiffres sans les vérifier ; ils se font avoir. Quand la ministre dit que le salaire moyen d’un employé de l’État est de plus que 50 000 $ et que les journalistes publient ça, il y a clairement une vérification qui n’est pas faite. »

« Nous, on prend toujours les chiffres du Conseil du Trésor ! Le vrai salaire moyen d’un employé du gouvernement, c’est 29 900 $. Quand on parle avec des gens du Conseil du Trésor, ils sont bien obligés d’admettre qu’on a raison, puisque ce sont eux-mêmes qui nous fournissaient les fichiers informatiques de données. »

Une des particularités de cette négociation est la présence de deux fronts communs, soit celui formé de la FTQ-CSN et un autre qui regroupe la CSQ et les syndicats indépendants comme la Fédération autonome du collégial, le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec et le Syndicat de la fonction publique du Québec. « Ça fait longtemps que je suis dans ce milieu, et c’est toujours un peu difficile, les alliances syndicales, confie Louis Roy en souriant. Mais cette fois-ci, de notre côté, ça va bien, les relations sont très bonnes entre la CSN et la FTQ. »

Les deux centrales se sont pourtant affrontées dans une grande campagne de maraudage après l’adoption de la loi 30 par le gouvernement Charest, qui forçait la fusion des accréditations syndicales dans le secteur de la santé. Le vice-président de la CSN affirme qu’il n’en est resté aucune animosité chez les directions syndicales. « La loi 30, ce sont les gens qui en ont vécu les conséquences au niveau local, ce ne sont pas Claudette Carbonneau et Henri Massé personnellement. »

Il ajoute que des mesures avaient été prises pour éviter les dérapages. « On s’était dit entre nous : on va faire la campagne de maraudage puisqu’on est pris avec, mais on ne se “ bullshitera ” pas. On savait que ce que le gouvernement voulait, c’était de diviser les gens. Il n’y a aucun antagonisme dans les appareils politiques des centrales, même si les membres au niveau local ont des deuils à faire. »

« D’ailleurs, poursuit-il, si on s’était mis à briser le front commun pour ces raisons, les membres auraient été les premiers à nous le reprocher. Nos gens, ce qu’ils veulent, c’est un front commun syndical le plus large possible. »

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