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Madame Larigueur
N° 242 - septembre 2005
Plus la scolarisation augmente, plus les salaires diminuent
Un jeune sur cinq occupe un emploi à temps partiel
Gabriel Sainte-Marie
Le Congrès du travail du Canada vient de publier une étude statistique qui s’intéresse au recul salarial des jeunes travailleuses et travailleurs depuis une génération. Menée par Andrew Jackson, la recherche démontre que le salaire des 15-24 ans a diminué de 25 % depuis 30 ans, même si leur scolarité a augmenté.

Cela fait dire à Barbara Byers, vice-présidente du CTC : « Les statistiques révèlent que les jeunes restent plus longtemps chez leurs parents, n’ont pas beaucoup d’argent, ne se marient pas et ne fondent pas de familles parce qu’ils n’ont pas – ni à la maison, ni au travail – l’indépendance sociale et économique que leurs parents leur souhaitaient. » Cette recherche s’intéresse à la situation canadienne, mais les données sont semblables au Québec.

L’étude nous apprend que les emplois des jeunes sont concentrés dans les secteurs de l’alimentation rapide et du commerce au détail. Plutôt qu’ouvrir la porte vers une carrière, ces premiers emplois sont faiblement rémunérés, peu spécialisés, ne présentent presque aucun avantage social, sont souvent à temps partiel et ont des horaires éclatés. 51 % des jeunes femmes et 39,3 % des jeunes hommes se trouvent à travailler dans des magasins, des restaurants ou des hôtels. D’ailleurs, les jeunes femmes gagnent 28,5 % moins que les jeunes hommes.

56 % des jeunes travailleurs sont à temps partiel. Ce choix est peut-être nécessaire pour ceux qui poursuivent leurs études, mais il y a aussi une hausse du travail contractuel et temporaire. Un jeune sur cinq nouvellement embauché occupe ce genre d’emploi. C’est deux fois plus qu’en 1989. Avec autant d’emplois à temps partiel et temporaires, il n’est pas surprenant que les jeunes chômeurs aient de grandes difficultés à recevoir de l’assurance-emploi. Pour en recevoir une première fois, il faut avoir cumulé 910 heures travaillées, soit six mois d’emploi à temps plein.

La recherche indique que le chômage chez les 15-24 ans est deux fois plus élevé que dans le reste de la population. Un chômeur sur trois est jeune, alors que seulement une personne sur huit recevant de l’assurance-emploi est jeune. Jackson explique que cette réalité force les 15-24 ans à accepter des emplois peu rémunérés et sans sécurité.

Les conditions des jeunes reculent principalement durant la récession du début des années 1990. Par exemple, la proportion des jeunes ayant un emploi est passée de 63,3 % en 1989 à 57,5 % en 2005. Il s’agit d’une diminution de 6 % en une quinzaine d’année. À titre comparatif, les 25-54 ans ont vu leur proportion croître de 73,9 % à 81,3 % sur la même période. Pendant que l’emploi a augmenté chez les travailleurs d’âge principal, il a reculé chez les plus jeunes.

En 2000, c’est presque un travailleur jeune sur deux qui vit sous le seuil de pauvreté. 45% des jeunes travailleurs à temps plein n’étant pas aux études sont faiblement rémunérés, contre 31,2% en 1980. Il n’est pas étonnant que ces jeunes vivent davantage chez leurs parents.

Il y a une polarisation continue entre les emplois bien rémunérés, offrant une sécurité raisonnable et exigeant dans la plupart des cas une scolarité élevée, et les emplois mal rémunérés n’offrant pas de sécurité. Ceci explique en partie pourquoi, au cours des 20 dernières années, la proportion d’adolescents étudiants à temps plein a grimpé de 75 % à 80 %.

Au cours de la même période, la part des 20-24 ans étudiante à temps plein est passée de un sur cinq à un sur trois. Les jeunes d’aujourd’hui sont davantage scolarisés, mais pas plus riches. Il est désormais difficile de se trouver un bon emploi sans études post-secondaires.

Si la rémunération des jeunes a diminué de 25 % durant les 30 dernières années, celle des autres travailleurs a stagné alors que le bénéfice réel des entreprises a plus que doublé. Il est d’autant plus choquant de constater que ce sont les entreprises spéculatrices, comme les banques et les pétrolières, qui enregistrent les plus grands bénéfices. Le gouvernement a le pouvoir de corriger la situation.

Il doit par exemple augmenter le salaire minimum au moins à 10 $ l’heure. Cette mesure aiderait les jeunes travailleurs et les plus pauvres. De plus, l’État doit augmenter l’impôt des entreprises. Elles ne contribuent presque plus aux revenus gouvernementaux alors qu’elles s’enrichissent plus que quiconque. Il est inacceptable qu’une société produisant davantage de biens et services année après année voie la richesse de ses travailleurs stagner et celle des jeunes travailleurs diminuer.

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