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Madame Larigueur
N° 242 - septembre 2005
Tout cela pour aller quêter à Ottawa !
La solution pour la FEUQ se résume à des transferts
Renaud Plante*
Le financement du réseau d’éducation et la question de l’indépendance du Québec sont intimement liés.

On dit souvent que la jeunesse est l’avenir d’une société. Chronologiquement parlant, c’est une tautologie. Politiquement parlant, il appert que ça puisse être une erreur. Si les jeunes représentent le futur des idées et de l’action politique, il est à espérer qu’ils aient une image un peu plus positive du Québec qu’en a la FEUQ, représentante de plus de 150 000 étudiants.

Quelle vision sombre de l’avenir du Québec nous offrait François Vincent, nouveau président de la FEUQ, dans les pages du Devoir du 27 juin dernier. Dans un cri du cœur intitulé Hausse des transferts fédéraux pour l’éducation postsecondaire – Le temps est venu, M. Vincent se réjouissait de la proposition du Ministre Fournier pour pallier le sous-financement du réseau de l’éducation au Québec : passer le chapeau sur la colline parlementaire. Selon M. Vincent, « la solution au sous-financement de l’éducation postsecondaire passe par la hausse des paiements de transferts fédéraux .» La FEUQ lance un appel urgent à toute la population. « La FEUQ appelle les forces vives du monde de l’éducation, des affaires, et des milieux politiques québécois à s’unir pour s’assurer que le gouvernement fédéral s’engage sans détour pour une hausse substantielle des transferts pour l’éducation postsecondaire. »

Les représentants des jeunes Québécois appellent la population à s’unir et se mobiliser derrière un projet emballant : aller quémander son dû à Ottawa. M. Vincent n’a cependant pas tort quand il dit que l’argent nécessaire à l’éducation dort dans les coffres du gouvernement fédéral. Il semble toutefois oublier que le gouvernement fédéral est peu enclin à simplement délier les cordons de sa bourse sans avoir un pouvoir sur la manière dont l’argent est dépensé.

Englobant la majorité des revendications étudiantes depuis plusieurs années, la lutte pour le réinvestissement massif dans l’éducation post-secondaire est sans aucun doute le cheval de bataille le plus important du lobby étudiant. Une rare unanimité semble émaner du milieu de l’éducation quant au problème du sous-financement du système. La Conférence des recteurs et principaux d’universités du Québec, les syndicats et les étudiants s’entendent : pour garder un seuil minimal de qualité d’éducation dans nos établissements, une injection de fonds nouveaux est nécessaire.

Bien que les moyens envisagés par chaque lobby divergent, le constat est le même. De l’argent neuf est un impératif. Ça a aussi été un discours repris en choeur par tous les partis politiques depuis des lustres. Cependant, les coupures dans l’éducation furent la marque de commerce de tous les gouvernements, péquistes et libéraux, de la dernière décennie. Il faut donc voir que le problème ne réside pas dans nos partis politiques, mais dans notre système fédéral. Tous les partis de l’Assemblée nationale l’ont reconnu lors d’un vote unanime ; les partis de l’opposition à Ottawa le décrient et les premiers ministres de provinces s’entendent sur ce point, les provinces de la fédération sont en situation de déséquilibre fiscal. C’est la conclusion à laquelle en était venu l’ex-ministre des finances libéral, Yves Séguin, à l’occasion de la production d’un rapport commandé par le gouvernement péquiste en 2001 et déposé en mars 2002.

Ce déséquilibre tient au fait que les provinces possèdent une trop maigre part de l’assiette fiscale pour s’acquitter des responsabilités qui découlent de leurs compétences constitutionnelles. L’avarice du gouvernement fédéral depuis l’ère Martin en tant que ministre des Finances a accentué ce déséquilibre qui étrangle aujourd’hui les gouvernements provinciaux. Il en résulte que le Québec n’a plus les ressources nécessaires pour maintenir à flot des franges de l’action publique aussi importantes que la santé et l’éducation.

Dans cette optique, il est désolant de voir que la seule solution envisagée par la FEUQ est la hausse des transferts fédéraux en éducation. Au cours des dernières années, le gouvernement fédéral a déjà réinvesti massivement en éducation. Il l’a cependant fait à sa manière, par les chaires de recherche. De cette manière, le gouvernement se faufile dans un champ de compétence exclusivement provincial, l’éducation. Si nous voulons garder le contrôle sur le pan le plus important de l’intervention de l’État dans notre société, ce n’est pas un cortège de mendiants en direction d’Ottawa qu’il faut organiser, mais bien tenter de reprendre le plein contrôle par l’État québécois de ses finances publiques. La seule solution pour pallier à ce sous-financement systémique de l’État du Québec est le recours à l’indépendance.

La récupération de la totalité de nos impôts nous permettrait d’avoir un système d’éducation qui reflèterait réellement les aspirations des Québécois. Il est donc impératif que le mouvement étudiant réalise la situation globale dans laquelle il se trouve. Les leaders étudiants ont un rôle phare à jouer dans le paysage politique des prochaines années. En tant que représentants de la jeunesse de la société, ils se doivent d’être résolument tournés vers l’avenir de la nation québécoise. Ils doivent inspirer la population, lui donner confiance en la génération montante. C’est dans le meilleur intérêt du mouvement étudiant et du Québec en entier. Tant et aussi longtemps que la question du financement du gouvernement québécois ne sera pas réglée, celle du financement de l’éducation ne pourra l’être. Tout réel projet de réforme sociale au Québec doit inévitablement passer par l’indépendance et par le plein contrôle du trésor public. Se refuser à l’accepter nous entraîne directement vers l’asphyxie volontaire.

*Étudiant au baccalauréat en science politique, UQAM

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