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L'anglo " rose " de la Commission Larose
N° 202 - septembre 2001

L’occupation militaire de la Macédoine
Michel Chossudovsky

Vous avez dit « médiation » dans un « conflit interne » ?



Il est avéré que les États-Unis et la Grande-Bretagne – en complicité avec leurs partenaires de l’OTAN – fournissent armes et équipement aux terroristes de l’armée de « libération » du Kosovo (UCK). Le «document cadre » qui doit être ratifié par les dirigeants des partis politiques macédoniens n’a rien à voir avec la « paix ». Il s’agit d’une capitulation d’un pays souverain face à l’ennemi, ouvrant la voie à une occupation militaire de la Macédoine par les troupes de l’OTAN.

La presse occidentale présente la « médiation » des États-Unis et de l’Union européenne comme un apport à la résolution d’un « conflit interne ». La crise macédonienne se rattacherait uniquement aux droits sociaux, politiques et linguistiques de la minorité ethnique albanaise. Dans cette perspective, la « communauté internationale » s’est dévouée pour mettre fin à la violence « entre les forces gouvernementales et les insurgés albanais » tout en aidant les parties opposées à trouver une solution de rechange.

Les Américains équipent les terroristes

Pourtant cette vision étroite occulte de nombreux éléments dont les intérêts stratégiques des États-Unis dans le sud-est de l’Europe. La vérité est que le personnel militaire américain conseille et équipe les terroristes. L’UCK constitue à ce titre une force militaire dont la ligne de conduite est largement déterminée par le Pentagone. Les commandants de l’UCK – qui jusqu’à récemment apparaissaient sur la liste du personnel des Nations Unies au Kosovo – furent entraînés par les Forces spéciales britanniques et américaines.

Les médias décrivent les « terroristes » comme des «rebelles albanais », soutenant les droits d’une minorité ethnique en Macédoine. Largement documentée, l’UCK constitue une armée mercenaire bien organisée avec plusieurs recrues provenant de pays de l’OTAN ainsi que des «Moudjahidines », combattants islamiques de plusieurs pays musulmans.

La litanie des médias occidentaux dépeint l’émissaire de Washington, M. James Pardew, comme un « médiateur étranger », quand son véritable mandat (dans le cadre des services de renseignement militaire américains) consiste en fait à assurer (par la menace, l’intimidation et la manipulation politique) la signature d’un « document cadre ». Le but de ce dernier est de donner une légitimité à l’occupation de la Macédoine par les troupes de l’OTAN. Pour atteindre cet objectif, les dirigeants des partis politiques macédoniens ont été trompés, cooptés et (selon une source) directement achetés par des intérêts économiques américains.

L’accord de paix est un acte de capitulation

Le « document cadre d’Ohrid » qui doit être ratifié par les dirigeants des partis politiques macédoniens n’a rien à voir avec la «paix ». Il s’agit d’un acte de capitulation d’un pays souverain face à l’ennemi. Alors que les « médiateurs » américains et européens promettent que « l’accord de paix » posera les bases d’un « désarmement des rebelles » et renforcera le cessez-le-feu, tout indique que c’est exactement le contraire qui se produira.

L’OTAN n’a aucune intention de confisquer les armes de sa propre armée de proximité. Washington a directement armé et équipé les terroristes de l’UCK avec des nouvelles armes « Made in America ».

Suite à l’accord de principe concernant le « document cadre » donné par les partis macédoniens, un officiel de l’OTAN a précisé que celui-ci « ne désarmera pas les rebelles albanais; l’OTAN comptera sur leur coopération pour déposer leurs armes ». Le porte-parole de l’OTAN a confirmé, selon l’agence Reuters, que le dépôt des armes par l’Armée nationale de libération (UCK) devait se réaliser de manière volontaire, et qu’il était par conséquent inexact que l’OTAN ait donné aux autorités de l’ex-République yougoslave une garantie ferme et formelle concernant le désarmement des rebelles.

Opération « Moisson essentielle», c’est le début d’un protectorat

Sous le nom de code « Moisson essentielle » (Essential Harvest), l’intervention de l’OTAN sous commandement britannique, avec pour mandat officiel le désarmement des rebelles, poursuit en sous-main un certain nombre d’objectifs 0

1) Les Forces spéciales de l’OTAN vont être déployées pour directement protéger les terroristes, ainsi que leurs gains territoriaux.

2) L’intention n’est pas de «désarmer les rebelles », mais d’affaiblir et de mettre hors de combat les Forces de sécurité macédoniennes, comme le démontre d’ailleurs la pression exercée par Washington sur l’Ukraine afin qu’elle cesse son aide militaire à l’armée macédonienne.

3) Le « document cadre » a pour objectif l’installation d’un protectorat de l’OTAN (sur le modèle de la Bosnie et du Kosovo) menant à la destruction de la Macédoine en tant que pays.

4) En signant cet accord, le gouvernement de Skopje abandonne tous ses pouvoirs et ses juridictions, ouvrant la voie à une occupation militaire de la Macédoine par les force de l’OTAN, en violation des lois internationales.

La transformation de la Macédoine en un protectorat de l’alliance militaire occidentale constitue une nouvelle étape dans le processus de militarisation des Balkans. À bien des égards, il s’agit d’une réminiscence de l’occupation de la province tchécoslovaque des Sudettes par l’Allemagne nazie en vertu de l’accord de Munich, signé par Adolf Hitler et le premier ministre britannique Neville Chamberlain. L’annexion des Sudettes par le IIIe Reich était la première pierre de l’invasion ultérieure de la Pologne en 1939.

L’ennemi est l’OTAN

Il est important que les citoyens de la Macédoine de différentes appartenances ethniques agissent de manière cohérente et solidaire face à l’invasion de leur pays par les troupes de l’OTAN. La ratification du document cadre par les dirigeants des partis politiques macédoniens devrait être fermement rejetée. L’OTAN est l’ennemi. Néanmoins, il faut également comprendre que même si le document cadre n’est pas ratifié, l’OTAN a déjà pris la décision d’envahir la Macédoine.

Macédoniens et Albanais sont tous les deux victimes des assauts terroristes patronnés par l’OTAN et devraient agir autant que possible avec solidarité les uns avec les autres. La question importante des droits de la minorité albanaise en Macédoine est un problème interne qui devra se résoudre dans le cadre des institutions politiques et sociales nationales, sans ingérence ni menace des grandes puissances.

L’OTAN utilise la question des droits sociaux et linguistiques pour créer des divisions entre Macédoniens et Albanais. À cet égard, l’OTAN utilise le prétexte des droits sociaux de la minorité alabanaise afin de justifier l’envoi de troupes.

La guerre en Macédoine est une guerre de conquête

Dans les pays de l’OTAN, en particulier, les citoyens doivent comprendre la gravité de la situation en Macédoine. L’UCK est un instrument de la politique étrangère des États-Unis. Les terroristes sont financés et appuyés par Washington. Il ne s’agit pas d’une guerre civile. La guerre en Macédoine est une guerre de conquête.

La complicité des chefs d’État et des chefs de gouvernement des pays de l’OTAN doit être défiée. L’OTAN soutient le terrorisme international. Elle prévoit d’envoyer des troupes dans un pays européen souverain en violation de sa propre charte, défiant les lois internationales et contournant les parlements des pays membres de l’OTAN. Les enjeux géopolitiques sont d’une portée considérable pour l’avenir de l’Europe. La signature du « document cadre » d’Ohrid donnera une légitimité à l’occupation de la Macédoine par les troupes de l’OTAN et à la militarisation de l’ensemble de la région des Balkans. Et cette militarisation sera non seulement dominée par les États-unis à l’encontre des intérêts du projet européen, mais elle créera en outre des divisions profondes à l’intérieur de l’OTAN et de l’Union européenne.

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