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Couillard d’arabie
N° 241 - juillet 2005
Un congrès syndical historique
Une répétition pour la rencontre de Chicago
Vincent Larouche
À l’approche du congrès de l’AFL-CIO, en juillet, qui devrait donner lieu à un affrontement de taille entre les deux tendances du syndicalisme américain et possiblement au départ de certains gros syndicats de la fédération, les deux principaux adversaires se sont retrouvés à Montréal, dans la semaine du 13 juin, au congrès du Conseil du travail du Canada. Tous deux affirment sans détour que le débat sur l’avenir de l’AFL-CIO aura des conséquences directes sur le syndicalisme au Canada.

John Sweeney, le président sortant et candidat à la réélection de l’AFL-CIO, a prononcé un discours devant les militants de l’ensemble du Canada et du Québec, dans lequel il s’est étonné du grand nombre de délégués présents. « Je ne sais pas si c’est parce que vous avez des officiers à élire, ou parce que vous avez suivi la bataille dans le mouvement syndical chez vos voisins du Sud, et que certains voulaient voir si Sweeney allait afficher quelques bleus », a-t-il lancé à la blague. En entrevue avec l’aut’journal, il explique que plusieurs des délégués au Congrès du travail du Canada sont membres de syndicats internationaux qui voteront aussi au congrès de sa propre fédération. C’est pourquoi il est important de bien les tenir informés du débat qui fait rage de l’autre côté de la frontière. « Ils doivent aussi savoir à quel point nous sommes aux prises avec un des gouvernements les plus anti-syndicaux de l’histoire des États-Unis, et comment cela rend les choses difficiles », ajoute-t-il.

Son principal détracteur et chef de file des « insurgés » qui menacent de quitter la fédération, Andrew Stern, était initialement prévu au programme lui aussi. Son allocution a toutefois été annulée sans explications. « Je ne voudrais pas prétendre que ça a un rapport avec la politique, d’autant plus que la politique, ça a l’air particulièrement compliqué au Canada, confie-t-il en riant. Il y a eu un peu de confusion, disons que c’est de ma faute. »

Le président de l’Union internationale des employés et employées de services (UIES) a malgré tout trouvé le moyen de faire acte de présence au congrès. À la dernière minute, son équipe a organisé une conférence de presse avec une trentaine de concierges québécois membres de l’UIES. Les travailleurs québécois y ont déclaré leur solidarité avec leurs confrères américains, qui travaillent pour le même employeur et doivent affronter la répression anti-syndicale. Mais la véritable vedette de l’événement était Andrew Stern. Le bouillant syndicaliste avait déjà visité Montréal à l’automne, dans le cadre du congrès de la FTQ, où sa visite avait été fort remarquée.

Après des mois à s’affronter par médias interposés, les deux adversaires, Stern et Sweeney, ont donc profité de la grand’messe du syndicalisme canadien pour faire valoir leurs points de vue respectifs.

Le président sortant martèle à plusieurs reprises l’importance de se débarrasser de l’administration Bush, « qui a fait de la désyndicalisation un thème majeur de sa politique ». Il souligne l’importance de ce combat pour les peuples du monde entier. « Le plan de Bush, qui s’attaque aux travailleurs et à leur famille, s’étend à l’ensemble de la planète, à travers sa politique extérieure et commerciale. Nous devons lui opposer notre solidarité internationale! »

De son côté, Andrew Stern insiste sur la nécessité pour les syndicats de passer outre les barrières nationales en raison de la mondialisation. « Les entreprises sont maintenant globales. Pour les syndicats, les pays deviennent de moins en moins significatifs et ce sont les entreprises qui deviennent plus significatives. Cette conférence aujourd’hui, où des travailleurs d’une compagnie dans deux pays distincts démontrent leur solidarité, en est un bon exemple. »

Il ajoute que les problèmes soulevés par son organisation aux États-Unis devraient aussi interpeller les Canadiens et Québécois. Par exemple, le trop grand nombre de bannières syndicales dans un même secteur. « Nous avons plusieurs petits syndicats différents qui se font concurrence. Ce serait bien s’ils compétitionnaient pour organiser les travailleurs non-syndiqués, mais ils se battent entre eux pour les travailleurs déjà syndiqués. Le Canada a aussi un problème de maraudage entre syndicats, par exemple entre la CSN et la FTQ au Québec. »

Ce ne sont toutefois pas tous les chapitres canadiens des syndicats internationaux qui se sentent concernés de la même manière par le débat sur l’avenir du mouvement syndical américain. Louis Bolduc, adjoint au directeur national des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce du Canada (TUAC Canada), affirme que le débat aura peu d’effet sur son organisation, même si les TUAC américains sont parmis ceux qui menacent de quitter l’AFL-CIO. « Au Canada, on a toute notre autonomie. On fait nos propres affaires, et la brisure du syndicalisme centralisé aux États-Unis, ça ne va pas influencer grand-chose pour nous. »

Le son de cloche est différent chez Raymond Forget, président du Syndicat québécois des employés et employés de service (SQEES, FTQ local 298), chapitre québécois de l’union internationale de Andrew Stern, qui partage à 100 % la vision de ce dernier. « On ne sent pas qu’il y a une volonté chez John Sweeney et la direction de l’AFL-CIO de se remettre en question, de s’améliorer et d’investir dans le recrutement », déplore-t-il.

Il précise toutefois que la stratégie de l’UIES d’investir jusqu’à 50 % de son budget dans le recrutement concerne seulement le territoire américain. « Ici, avec notre taux de syndicalisation d’à peu près 40 %, ce n’est pas nécessaire. »

Raymond Forget se rendra tout de même à Chicago, en juillet, pour le congrès de l’AFL-CIO, où il votera comme les autres membres de son syndicat international, pour du changement. Car il se dit convaincu que l’évolution du mouvement syndical américain a une influence directe sur le Québec. « Si le taux de syndicalisation aux États-Unis ne remonte pas, s’il n’y a pas plus de recrutement qui se fait, ça va nous affecter, c’est sûr ! Prenez seulement Wal Mart ; si les Américains ne jouent pas un rôle efficace dans la syndicalisation des entreprises, les entreprises américaines qui viennent s’installer ici n’auront pas l’esprit ouvert à la syndicalisation. »

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