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Couillard d’arabie
N° 241 - juillet 2005

La langue comptable
Yves Michaud
Le monde financier est pourri jusqu’à la racine par des lois laxistes et des entourloupettes comptables à faire dresser les cheveux sur la tête. Aux États-Unis, les cinq plus grandes firmes de vérification ont produit en 2002 le nombre record de 330 nouveaux états financiers (restatement) de sociétés publiques, avouant par le fait même que leurs chiffres antérieurs étaient faux. En termes clairs, ils ont menti aux actionnaires.

Entre 1996 et 2001, 54 % des bilans de sociétés ouvertes américaines ayant fait faillite ont été approuvés sans réserve. Le taux d’approbation des 540 plus grosses faillites a été de 76 % et de 50 % pour les petites.

Les grands de la vérification ne lésinent pas sur les moyens. À Washington, de concert avec l’American Institute of Certified Public Accountants, ils défraient à hauteur de 12,5 millions de dollars US les coûts d’un lobby de 40 employés. Ce vestibule d’intérêt a réussi à bloquer un règlement de la Commission des valeurs américaines (Security Exchange Commission) forçant les entreprises à comptabiliser comme dépenses les options d’achats.[…]

Au Canada, en décembre 2001, le lobby de l’Institut canadien des comptables agréés a mené à l’adoption d’un régime de responsabilité réduite pour les vérificateurs. À court terme, l’ICCA entend faire étendre ce régime aux banques et aux institutions financières fédérales. De fortes pressions sont faites au Québec pour que la Commission des valeurs mobilières imite le modèle fédéral.

La réduction de la responsabilité des vérificateurs est néfaste aux intérêts des actionnaires et à la protection du public. La démocratie actionnariale n’est que trompe-l’œil et illusion si les vérificateurs qui tiennent leurs mandats des actionnaires et non de la direction des entreprises, ne disent pas la vérité, rien que la vérité et toute la vérité, bref, en se comportant comme de vrais commissaires aux comptes et non en carpettes de la direction. Sans cette première et indispensable prophylaxie du pourrissement du monde financier, tout le reste n’est que futilité et bavardage que vent emporte.

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