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Couillard d’arabie
N° 241 - juillet 2005
Fermer une usine ne se limite pas à éteindre les lumières
43 000 emplois perdus depuis octobre 2004
Vincent Larouche
Lors de son dernier congrès, au mois de mai, la CSN a pris officiellement position pour exiger que le gouvernement rende les processus de licenciements massifs et de fermetures d’usines plus contraignants pour les employeurs. Des propositions semblables viennent aussi d’être adoptées par le syndicat des Métallos, affilié à la FTQ. Si le mouvement syndical en est rendu là, c’est que l’heure est grave. Le journal Les Affaires du 23 octobre 2004 rapportait que plus de 43 000 emplois ont été perdus au Québec depuis deux ans dans les entreprises manufacturières d’exportation.

À la CSN, on parle d’une véritable hécatombe. Depuis 2003, plus de 6500 de ses membres ont perdu leur emploi en raison de licenciements collectifs ou de fermetures causées entre autres par des transferts de production à l’étranger, le recours à la sous-traitance ou la concurrence de la Chine.

Le syndicat des Métallos a quant à lui produit une étude qui montre que, depuis trois ans, 2060 de ses membres œuvrant dans 24 entreprises ont vu leur employeur mettre la clé dans la porte. 1931 métallos dans douze autres entreprises ont été victimes de licenciements massifs, pour un total de près de 4000 familles. Le mouvement s’est accéléré de façon inquiétante ces derniers mois : depuis la parution du document, en novembre, 2000 autres pertes d’emplois se sont rajoutés à la liste : GDX Magog, Afinia, Boutons du Canada, Shermag et plusieurs autres.

Les conséquences sont lourdes pour le syndicat des Métallos, surtout présent dans l’industrie manufacturière, un des secteurs les plus touchés par ce phénomène. Son membership diminuerait d’environ 3 % par année s’il ne compensait pas par un recrutement agressif dans des secteurs variés, explique Daniel Mallette, auteur de l’étude. « Si on avait pas une équipe de recruteurs absolument extraordinaires, notre nombre de membres diminuerait de façon importante. »

Les conséquences de ces mises à pied se font particulièrement sentir en région. Le numéro de mars-avril de Perspectives CSN consacrait un dossier aux fermetures d’usines, qui résumait bien la situation à laquelle doivent faire face des régions touchées comme l’Abitibi-Témiscamingue, le nord de l’Outaouais, la Mauricie, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Côte Nord, la Gaspésie et une partie du Bas-Saint-Laurent. « La perte d’un emploi industriel syndiqué à 25 $ l’heure provoque la disparition de plus de trois emplois indirects, ce qui fragilise les fournisseurs et les clients des industries, le commerce local et le secteur financier ; l’immobilier perdant des plumes, les municipalités empochent moins de taxes et réduisent leurs services ; le chômage provocant l’exode de la jeunesse, les écoles doivent fermer leurs portes », peut-on y lire.

Bien qu’elle précise que tous les coins du Québec aient été touchées par les pertes d’emplois, l’étude du syndicat des Métallos confirme que c’est en région, principalement sur la Côte-Nord, en Gaspésie et dans le Nord Nord-Ouest, que les fermetures ont frappé le plus fort depuis 2002.

Mais les conséquences les plus dures, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui les vivent. Pour plusieurs d’entre eux, la recherche d’un nouvel emploi est extrêmement difficile. Le document publié par le syndicat des Métallos trace le profil type des victimes de fermetures ou licenciements collectifs. Dans toutes les entreprises étudiées, la moyenne d’âge des travailleurs était de plus de 35 ans, avec une ancienneté moyenne de plus de 15 ans, ce qui est loin de faciliter la relocalisation. Aussi, plus de 50 % des licenciés n’auraient pas terminé leur secondaire.

L’étude mentionne que la majorité de ceux qui ont la chance de se trouver un nouvel emploi n’ont pas un salaire équivalent à celui touché auparavant. « Ce qu’on perd, c’est des jobs à un salaire de 15 ou 20 dollars de l’heure, en moyenne, avec des conventions collectives très anciennes qui ont eu le temps de s’améliorer beaucoup avec les années. Les emplois qu’on gagne dans des “ Wall Mardes ” à neuf dollars de l’heure, ce n’est pas la même chose », souligne Daniel Mallette.

Les derniers mois ont été particulièrement difficiles pour l’emploi au Québec, contrairement à la situation dans le reste du Canada. Tous secteurs confondus, tandis qu’on assistait à la création de 35 400 emplois d’un océan à l’autre en mai, il s’en perdait 27 300 au Québec, ce qui a fait grimper le taux de chômage de 7,9 % à 8,5 %, selon Statistique Canada.

Pour protéger les travailleurs dans ce contexte, les organisations syndicales feront entre autres campagne pour une série de mesures législatives. D’abord, toutes les centrales se sont unies pour un programme de soutien du revenu pour les travailleurs âgés victimes du chômage.

La CSN réclame une augmentation des délais de transmission d’avis de licenciement, et des pénalités plus sévères si ceux-ci ne sont pas respectés. Elle ajoute que les travailleurs devraient pouvoir toucher des indemnités de mise à pied équivalentes à un minimum d’une semaine de salaire par année de service.

Les Métallos parlent de la possibilité de taxer les mises à pied, d’obliger les entreprises à décontaminer les sols en cas de fermeture et à assumer les frais encourus par les comités de reclassement. Ils demandent également le remboursement des subventions lorsqu’une entreprise délocalise.

Comme le souligne le document des Métallos, le Canada est particulièrement laxiste en matière de licenciements collectifs et fermetures d’usines, alors que l’Europe en général est beaucoup plus stricte et rend les mises à pied plus difficiles. « Même aux États-Unis, souligne Daniel Mallette, ils n’ont pas beaucoup de lois en avance sur les nôtres, mais ils ont une loi d’accès à l’information qui permet aux syndicats d’obtenir tous les renseignements sur l’entreprise. Pour analyser la situation, voir venir les problèmes et proposer des solutions, ça nous prendrait ça ! »

Le représentant syndical ajoute qu’il est plus que temps que le Québec et le Canada se dotent d’une véritable politique de développement industriel globale, avec une planification à long terme, plutôt que de réagir à la pièce chaque fois que survient un problème. « Le drame de Huntingdon, par exemple, où 750 personnes se sont trouvées au chômage d’un coup, les gouvernements ont toute une responsabilité là-dedans, lance-t-il. Dans le secteur du textile, ils auraient dû voir venir ça longtemps à l’avance et s’y préparer ! »

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