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Couillard d’arabie
N° 241 - juillet 2005
Ce n’est pas un roman d’anticipation
Bush planifie une attaque contre l’Adversaire universel
Michel Chossudovsky
Un récent rapport du Conseil de la sécurité intérieure des États-Unis intitulé « Scénarios de planification » décrit dans les moindres détails les préparatifs de l’administration Bush en cas d’attaque terroriste par un ennemi extérieur appelé « l’Adversaire universel ».

L’Adversaire universel est identifié dans ces scénarios comme une entité abstraite utilisée pour les besoins de la simulation. Pourtant, après un examen plus attentif, cet Adversaire universel n’a rien de théorique, il identifie clairement les opposants au régime Bush sur la scène nationale. Les scénarios incluent les catégories suivantes de « conspirateurs » potentiels : « terroristes [islamistes] étrangers », les « groupes radicaux domestiques » [soit les groupes anti-guerre et de défense des droits de la personne], les « adversaires soutenus par des États » [« États voyous » et « nations instables »] et les « employés mécontents » (disgruntled employees) [militants syndicaux et organisations de travailleurs].

Les groupes radicaux et militants syndicaux à l’intérieur des États-Unis, qui constituent visiblement une menace à l’ordre politique établi, sont maintenant regroupés avec les terroristes islamistes étrangers, ce qui laisse croire que les lois anti-terroristes PATRIOT et l’appareil sécuritaire digne de Big Brother sont éventuellement destinées à être utilisées contre de potentiels « adversaires » domestiques.

Si l’Adversaire universel est une création, les simulations, elles, constituent une mise en scène préalable à une véritable situation d’urgence. Les scénarios couvrent le spectre des toutes les menaces possibles et imaginables. On y dénombre quinze scénarios distincts de menaces à la sécurité de l’Amérique provenant de quatre catégories d’ennemis : les terroristes islamistes, les groupes radicaux, les « États voyous » et les militants syndicaux.

Les scénarios simulent des opérations menées par l’Adversaire universel. Ils incluent une détonation nucléaire, des attaques à l’anthrax, une alerte biologique incluant une pandémie d’influenza, et même une alerte biologique à la peste. Différentes formes d’attaques chimiques sont aussi envisagées, y compris l’usage de produits chimiques industriels toxiques et de gaz neuroplégique.

Ce qui est remarquable dans ces scénarios apocalyptiques, c’est qu’ils ne ressemblent en rien aux armements utilisés par d’éventuels « terroristes » urbains clandestins. En fait, dans plusieurs cas, ils correspondent à des systèmes d’armements qui font partie de l’arsenal américain, et qui ont été utilisés dans des opérations militaires commanditées par les États-Unis. La description de l’arme nucléaire ressemble curieusement aux armes nucléaires tactiques américaines (les mini-nukes). Dans une cruelle ironie, le gaz utilisé dans le scénario d’attaque au gaz neuroplégique est le même que celui utilisé par l’armée américaine contre les civils à Fallujah.

Ces simulations sont appliquées pour sensibiliser et « éduquer » les décideurs clés. Les informations simulées, les différentes catégories de « conspirateurs » et les types d’armes envisagés font partie de cette base de connaissances. L’objectif politique de l’administration Bush est de créer un large consensus : un sentiment d’allégeance et d’appui auprès des responsables en cas d’urgence nationale.

La nature des adversaires et les dangers des attaques deviennent un sujet de débats auprès des décideurs. Dans les scénarios, les conspirateurs, y compris les « groupes radicaux domestiques » et les « employés mécontents » sont décrits comme étant en possession « d’armes de destruction massive ».

Lors des exercices anti-terroristes de 2005 TOPOFF-3, des sources d’information précises ont été simulées et utilisées pour identifier des conspirateurs potentiels. Les scénarios permettent aux participants de « simuler la collecte d’information et l’analyse », en préparation d’une situation d’urgence qui, selon les hypothèses sous-jacentes aux scénarios, entraineraient des arrestations d’un grand nombre de présumés suspects.

Une situation d’urgence impliquant la loi martiale pourrait être enclenché même dans le cas d’une menace basée sur des renseignements qui se révèleraient plus tard comme non-fondés. Dans les scripts des scénarios, les photos et identifications des conspirateurs potentiels sont réels, menant immédiatement, dans le cas d’une situation d’urgence réelle, à de nombreuses arrestations.

Il est connu et documenté que plusieurs des menaces terroristes post-11 septembre étaient en fait basées sur un renseignement manipulé, voire falsifié. Plusieurs des « alertes au code orange » furent fabriquées de toutes pièces par les services de renseignement. L’ancien secrétaire à la sécurité intérieure, Tom Ridge, a d’ailleurs admis à la fin de son mandat, qu’il n’y avait souvent pas de preuves justifiant l’augmentation du niveau d’alerte et qu’il n’était pas toujours d’accord avec les responsables de l’administration.

Les faux renseignements font partie de la campagne de désinformation. Ils jouent un rôle clé dans la construction du consensus de la « guerre au terrorisme ». Ils créent une justification pour la guerre. La doctrine de la sécurité nationale repose sur l’existence d’un ennemi extérieur qui menace le territoire national.

Les scénarios et les exercices anti-terroristes TOPOFF-3 ont à peine été mentionnés par les médias. En d’autres mots, nous ne sommes pas aux prises avec une opération de propagande dirigée vers le public américain. La propagande est ciblée. Elle prend la forme de « l’entraînement » et de la préparation aux urgences. Le New York Times citait le 26 février dernier une porte-parole du FBI qui affirmait que son organisation s’efforçait « à appliquer les leçons apprises et à faire face à tous les scénarios possibles d’attaque ».

Les scénarios ont été développés pour un usage dans les préparatifs au niveau national, fédéral, d’États et local. Ils imprègnent les responsables des secteurs publics et privés d’un sens de responsabilité, du devoir et de vigilance par rapport à quelque chose qui, ultimement, est basé sur de la fiction.

De plus, les scénarios envisagent aussi les circonstances dans lesquelles la loi martiale pourrait être instaurée en cas de menace de la part de l’Adversaire universel. En d’autres mots, de faux renseignements pourraient être utilisés pour déclencher une situation de loi martiale aux États-Unis, de la même façon que des faux renseignements ont été utilisés pour justifier l’invasion de l’Irak.

De grosses sommes « d’argent réel » de la poche des contribuables sont utilisées pour protéger les États-Unis contre un ennemi inexistant, l’Adversaire universel. Sous le prétexte de préparatifs d’urgence, l’administration a alloué plus de 40 milliards de dollars pour améliorer l’appareil d’État policier, un montant équivalent au budget « officiel » de la CIA.

Une somme de 3,6 milliards est allouée pour « entraîner et équiper des premiers répondants, comme les officiers de police, des pompiers, et des techniciens médicaux d’urgence », ce qui concorde avec l’objectif de fabrication du consensus.

Aux coûts de plusieurs milliards, un bureau domestique de détection nucléaire est envisagé, avec le mandat de « détecter et rapporter les tentatives [par les conspirateurs] d’importer, assembler ou transporter des charges explosives nucléaires, du matériel fissile ou du matériel radiologique destiné à un usage illégal ».

Le résultat ultime (et le but) de ces diverses initiatives anti-terroristes n’est pas de « rendre l’Amérique plus sécuritaire » face à de possibles attaques de la part de « l’Adversaire universel ». Au contraire, les préparatifs d’urgence sont prétextes à la militarisation de la justice civile et des forces policières. Le plan du département de la Sécurité intérieure est de briser, à l’intérieur des États-Unis, toute forme de résistance et d’opposition à la « guerre au terrorisme ».

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