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Couillard d’arabie
N° 241 - juillet 2005
Trop pauvres, trop prolifiques et trop près du Mexique
L’afflux des hispaniques provoque un reflux aux É.-U.
André Maltais
Après le Le choc des civilisations, dans lequel il prédisait tout en le préconisant un affrontement entre les civilisations chrétienne et musulmane, le professeur de l’Université Harvard, Samuel P. Huntington, revient à la charge avec Qui sommes-nous ? Identité nationale et choc des cultures, dans lequel il nous explique que le choc des civilisations existe à l’intérieur même des États-Unis.

L’idée maîtresse du livre est que les États-Unis ont été fondés par des anglo-saxons de race blanche, anglophones et de religion protestante et que ces trois éléments constituent l’identité nationale du peuple états-unien.

Jusqu’au milieu des années soixante, écrit Huntington, tout allait bien. Les immigrants s’intégraient à la population, entre autres, parce qu’ils venaient de sociétés européennes dont les cultures s’apparentaient à la culture américaine et qu’ils « brûlaient de devenir Américains ».

Tout a changé avec l’adoption des lois de 1965 sur les droits civiques et le droit de vote octroyés aux Noirs et, quelque temps plus tard, de la loi qui réactivait l’immigration après une pause de quarante ans.

Depuis ce temps, ajoute le professeur et ami de Henry Kissinger, les États-Unis ont subi « l’afflux massif d’immigrants hispaniques » (surtout les Mexicains et leurs descendants) qui ne s’intègrent tout simplement pas à la société américaine.

En plus de venir de trop proche (les progrès des transports et des communications leur permettent de garder trop facilement le contact avec leur pays d’origine), les Mexicains émigrés aux États-Unis sont trop pauvres.

Les États-Unis, se plaint Huntington, sont le seul pays développé qui partage une frontière importante avec un pays du Tiers-Monde et l’écart de revenus entre les deux pays est le plus grand du monde entre deux pays voisins. Le PIB par habitant aux États-Unis est neuf à dix fois plus élevé qu’au Mexique.

Cette pauvreté des Mexicains, ajoute Huntington, fait en sorte qu’une fois installés aux États-Unis, ils restent entre eux pour mieux s’entraider, en parlant leur langue tout en bénéficiant de l’aide sociale et des programmes de «discrimination positive» de l’État.

De plus, les Hispaniques (principalement Mexicains) débarquent nombreux et leur immigration ne déclinant pas, la population hispanophone états-unienne est continuellement réapprovisionnée en non-anglophones.

En 2002, la communauté hispanique a dépassé la communauté noire et le taux de fécondité de ces mêmes Hispaniques atteint 3 % contre 1,8 % pour les Blancs.

Pour la première fois dans l’histoire états-unienne, dénonce Huntington, « la diversité des pays sources a fait place à la domination d’un seul pays : le Mexique. » Et cela est d’autant plus grave que les deux tiers des immigrants mexicains entrés aux États-Unis après 1975 ont franchi clandestinement la frontière.

La concentration géographique des nouveaux arrivants latino-américains choque également le professeur. « Avant eux, précise-t-il, les immigrants se répartissaient dans des quartiers ethniques dispersés sur tout le territoire états-unien, et aucun groupe ne constituait une majorité de la population dans une région ou une grande ville du pays. »

Les Mexicains, eux, se concentrent dans le sud-ouest américain, une région arrachée au Mexique lors de la guerre d’indépendance du Texas (1835-1836) et de la guerre entre le Mexique et les États-Unis (1846-1848). Huntington craint la formation d’un « Québec hispanophone » dans le sud-ouest états-unien.

« L’immigration mexicaine, s’inquiète Huntington, mène actuellement à une reconquista démographique de territoires que les Américains avaient enlevés au Mexique par la force et conduit à leur mexicanisation ». Il compare la frontière avec le Mexique « à une ligne en pointillé » qui serait en train de « fondre », de se « brouiller » et de se déplacer vers le nord. Dix des douze villes importantes situées du côté états-unien de cette frontière, précise Huntington, sont hispaniques à plus de 75 % (six d’entre elles le sont à plus de 90 % !).

Mais le plus grave, déplore Huntington, c’est que les Mexicains ne veulent pas devenir Américains ! La preuve : entre 66 % et 85 % d’entre eux insistent sur la nécessité pour leurs enfants de parler couramment l’espagnol !

Leur objectif, ajoute-t-il, est de « créer une vaste communauté sociale et culturelle autonome, permanente et hispanophone sur le sol américain » et de « transformer l’Amérique dans son ensemble en une société bilingue et biculturelle ».

Jusqu’à leur apparition, « l’Amérique était le seul grand pays dont les plus de 200 millions d’habitants parlaient tous la même langue ». Mais aujourd’hui les entreprises adaptent leurs produits aux goûts hispaniques, utilisent l’espagnol dans la publicité et offrent des emplois exigeant un profil bilingue.

« Pour la première fois dans l’histoire de l’Amérique, s’insurge-t-il, de plus en plus d’Américains ne pourront plus avoir accès aux emplois ou aux salaires qu’ils auraient obtenus en temps normal parce qu’ils ne peuvent s’adresser à leurs compatriotes qu’en anglais. »

De plus, on est loin du temps où les gouvernements des pays pauvres avaient honte de leurs émigrés. Aujourd’hui, le gouvernement mexicain encourage ses ressortissants à quitter leur pays, affirme Huntington, et il appuie, pour les clandestins, la mise en place d’un statut légal, de conditions de travail humaines et de prestations sociales.

Depuis 1990, le Mexique a créé un Programme pour les communautés mexicaines à l’étranger et l’un des objectifs du Plan de développement national du président Vicente Fox est la protection des immigrants mexicains aux États-Unis.

Le Mexique fournit même ses propres certificats de résidents (matriculas consulares) états-uniens à des immigrants mexicains en situation irrégulière. Il a délivré 1,1 million de ces documents en 2002 et de plus en plus d’institutions et entreprises états-uniennes les reconnaissent, ce qui scandalise Huntington! « Dans les faits, écrit-il, c’est donc un gouvernement étranger qui détermine qui est Américain. »

C’est que le Mexique a drôlement intérêt à soutenir sa diaspora! Depuis 2002, les immigrants mexicains envoient dans leur pays des fonds annuels totalisant plus de 10 milliards de dollars. Ces sommes, reconnaît Huntington, constituent la forme la plus importante d’aide économique étrangère que reçoit le Mexique. Non seulement cet argent n’est pas investi aux États-Unis, mais Washington n’en contrôle absolument pas la destination.

« L’argent parle et, contrairement aux aides officielles, ces fonds qui quittent les États-Unis ne parlent pas l’anglais », bougonne le professeur de Harvard.

Huntington dénonce également le fait que, en plus de garder leur citoyenneté d’origine, les immigrants hispaniques sont encouragés à devenir citoyens américains afin d’influencer les politiques états-uniennes dans le sens des intérêts de leurs pays d’origine.

Tout cela est possible, dit-il, parce que « d’importants segments des élites américaines » se dénationalisent et créent « une fracture grandissante entre leurs engagements cosmopolites et transnationaux et les valeurs toujours hautement nationalistes et patriotes de la population américaine ».

Si rien n’est fait, le professeur prédit – en fait souhaite – l’avènement du « nativisme blanc », c’est-à-dire de « mouvements socio-politiques exclusivistes », majoritairement blancs et masculins dirigés contre les Noirs, les Hispaniques et l’immigration. Finalement, Huntington croit que le nouveau « réveil religieux » états-unien va sauver le pays. Depuis toujours, écrit-il, « les États-Unis ont le sentiment d’une mission religieuse ».

Selon lui, les actuelles vagues protestantes évangéliques et chrétiennes « reconverties » (born-again) représentent non seulement l’unique moyen efficace d’intégrer une partie des immigrants hispaniques, mais surtout l’occasion historique pour les religieux d’investir la vie publique états-unienne et de serrer la vis.

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