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Mariage à trois !
N° 240 - juin 2005
Les bus, la navette électrique et le bus fluvial complètent le réseau
La ville de Bordeaux redécouvre le tramway
Hubert Lewis
Beau, confortable, sûr, rapide et à l’échelle humaine, le tramway a métamorphosé Bordeaux. 24 km de voie en avril 2005. Le double à l’horizon 2007. De toute façon, la ville ne pouvait pas, à la différence de Montréal, s’équiper d’un métro : sous-sol trop poreux. Il fallait pourtant décongestionner le centre-ville aux rues étroites – là où même les trottoirs servent souvent de lieu de culte au dieu automobile – il fallait protéger le paysage exceptionnel de cette cité du XVIIIe siècle et restituer aux piétons et aux cyclistes une part de leurs droits ancestraux.

En 2003, j’avais découvert un vaste chantier. On avait opté pour un remue-ménage intensif, mais dans un laps de temps réduit, plutôt que l’inverse. Le pari a été gagné, malgré la fermeture de nombreuses places d’affaires. Réfection des rues et places. Rénovation des conduites d’eau, de gaz, de téléphone et d’électricité. Remodelage des quais sur la Garonne. Ravalement des façades de pierre. Installation et, enfin, des voies du tram.

Et ce tram est un bijou ! Sa conception a fait l’objet d’un concours avant même qu’on eût choisi son constructeur. Il file sans soubresauts, soit en site propre (souvent au milieu d’une pelouse d’un beau vert, en janvier !), soit en site protégé (surélevé de 6 centimètres, mais franchissable), soit en site banalisé (là où véhicules et tramways partagent le même espace de circulation).

Sur plus de 10 kilomètres, en effet, il est exempt de lignes aériennes et de caténaires électriques. Ce système, très esthétique, requiert une bande métallique supplémentaire au sol entre les rails, constituée de segments de 8 mètres qui fournissent le courant aux rames, lorsque le tram les recouvre, donc sans risque d’électrocution pour les piétons. Déficient au début, ce procédé a été maîtrisé ensuite. Il fait l’objet de beaucoup d’intérêt en Asie.

Les bus traditionnels, la navette électrique et le bus fluvial complètent le réseau. Le vélo, hélas, reste le parent pauvre du système quoiqu’il ait pris du galon. Des progrès ont eu lieu, comme ces voies cyclables à contresens, plus sécuritaires. Là où le bâti urbain le permet – le long des quais, par exemple – de superbes pistes ont été aménagées. Mais la grande faiblesse des voies cyclables, c’est qu’elles sont discontinues, erratiques et en concurrence déloyale avec l’auto. Des stationnements souterrains, bien surveillés, ont été créés. Le covoiturage est encouragé par une tarification harmonisée à celle du tram. Même si par nature la voiture a horreur du vide, une diminution de la circulation automobile a été observée, nous dit la Communauté urbaine de bordeau (CUB) : de 30 % au centre-ville et de 5 % en périphérie.

Le financement : 1,05 milliard d’euros pour les deux phases, soit 65 % pour la CUB, 20 % par emprunt, 15 % par l’État. Mais une cagnotte avait été constituée avant le début des travaux. L’Union européenne, de son côté, apporte sa contribution à la sauvegarde du patrimoine. Les opinions varient quand à l’impact du fardeau fiscal encouru. La réfection simultanée des infrastructures générales rend l’interprétation des données délicate. La décentralisation administrative, partout en France, ajoute à la grogne régionale. En revanche, on sent une fierté unanime devant l’œuvre.

À bord du tram, le voyageur paie sa quote-part à un robot à lecteur optique, sans intervention humaine et avec une fluidité remarquable. Des contrôles ont lieu à l’occasion. Le prix du passage m’a paru de 30 % moindre qu’à Montréal. On sait que la construction de 4 ou 5 kilomètres de voies de tram équivaut à celle d’un seul kilomètre de métro.

Une telle réalisation pourrait-elle avoir lieu chez nous ? La réponse est oui. Après tout, Oslo, Amsterdam et d’autres villes du Nord de l’Europe ont passé le test avec succès depuis longtemps. Nos immenses ressources électriques plaident en faveur de ce mode de transport. Il est urgent de maîtriser le monstre pétrolier. Et c’est rentable en santé, en qualité de vie, en revitalisation des quartiers. Nantes, Strasbourg, Grenoble, tous les retours sur expérience des villes en témoignent : le tramway tire l’économie vers le haut. Reste à savoir au profit de qui, véritablement, alors que les salaires stagnent et que les règles de la prospérité cessent de s’appliquer à un nombre croissant de groupes humains.

La technologie des transports urbains est en plein essor, aussi faudrait-il favoriser plusieurs modes de transport en synergie , selon l’affluence des voyageurs, la topographie et l’état du bâti urbain. Je remercie la CUB et les Bordelais pour leurs témoignages précieux.

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