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Mariage à trois !
N° 240 - juin 2005
On ne le verra plus partir en colère, son dossier sous le bras...
Roch Banville (1931-2005)
Pierre Dubuc
Notre frère est parti, mais son esprit reste avec nous. » Ces mots de Michel Chartrand traduisaient bien l’ambiance de cette soirée à la Maison Ludger-Duvernay en hommage au docteur Roch Banville, qui est décédé le 28 avril dernier.

Michel et Émile Boudreau ont témoigné de leur admiration et de leur reconnaissance pour leur ami Roch qui a quitté sa pratique médicale, ses nombreux amis et ses engagements sociaux et politiques sur la Côte-Nord pour venir fonder, avec eux à Montréal, la FATA, la Fondation d’aide aux travailleurs accidentés.

« Les p’tits smattes de médecins de compagnies de Montréal pensaient qu’ils avaient affaire à un petit cave de la campagne. Ils n’ont pas perdu de temps pour voir de quel bois il se chauffait. Il étudiait. Il préparait soigneusement ses causes pour passer devant la CSST. Je l’admirais et je continue de l’admirer. C’était un grand Québécois », de dire Michel Chartrand.

« Son écoute des accidentés et sa connaissance des conditions de travail dans les milieux miniers et industriels figuraient parmi ses principales qualités », a témoigné Robert Bouchard du syndicat des Métallos et ex-président de la FATA.

Des propos confirmés par Roger Valois, vice-président de la CSN, qui a rappelé que son syndicat de la compagnie Fer et Titane à Sorel avait accepté de verser l’équivalent d’une « demi-cenne » l’heure par ouvrier pour permettre à la FATA d’ouvrir ses portes.

« On avait trouvé un docteur qui nous comprenait », a confié Roger Valois en rappelant le sentiment de réconfort que chaque ouvrier ressentait « quand le docteur Banville posait sa main sur notre épaule. »

Il rappelle la fierté des ouvriers quand ils voyaient « le docteur Banville partir en colère, son dossier sous le bras, défendre leur cas devant la CSST. Roch, enchaîne-t-il, ne faisait pas que soigner. Il politisait les ouvriers en même temps. Il ne faisait pas que leur expliquer que c’était le système qui était responsable de leurs malheurs, il identifiait les gens qui font le système ».

Au-delà des soins médicaux, le docteur Banville apportait quelque chose d’encore plus important aux accidentés du travail, « l’estime de soi », comme l’a si bien identifié Jacques Morrissette, ancien président du Syndicat de l’entretien de la STCUM qui occupe aujourd’hui la présidence de la FATA.

Cette empathie du docteur Banville pour ses frères et sœurs humains, elle s’est d’abord exprimée sur la Côte-Nord où il a débuté sa pratique médicale en 1960 en tant que généraliste, gynécologue, anesthésiste et médecin du travail, comme l’a rappelé avec beaucoup d’humour et d’affection son ami Gilles Pelletier.

Le docteur Banville a en quelque sorte donné naissance à la ville de Sept-Îles au sens propre et figuré. Il a participé à la fondation, entre autres, de l’hôpital, de la première maison d’hébergement, de la clinique d’aide juridique… et a pratiqué plus de 3 000 accouchements ! Pour l’avocat Robert Lemieux, descendu de Sept-Îles pour l’événement, le docteur Banville est « une légende sur la Côte-Nord. »

Il a été également très actif au plan politique aux côtés de René Lévesque, d’abord au sein du Parti libéral, puis au Mouvement Souveraineté-Association et, par la suite, au Parti Québécois. Son nom apparaît dans la liste des collaborateurs que René Lévesque remercie dans la préface du manifeste Option-Québec.

Venu rendre hommage au docteur Banville au nom de son parti, Bernard Landry a rappelé sa première rencontre avec Roch au début des années 1970 quand René Lévesque l’a présenté au médecin. « Il accomplissait un travail de géant. D’ailleurs, la Côte-Nord a été la seule région à voter majoritairement pour le Oui en 1980. »

Selon M. Landry, Roch Banville, qui soignait et côtoyait les autochtones de la Côte-Nord, aurait joué un rôle important pour sensibiliser René Lévesque à la cause des Premières Nations.

Puis, soulignant que le « développement durable » – nouveau credo du Parti Québécois – doit d’abord et avant tout vouloir dire que « les êtres humains doivent durer », M. Landry s’est engagé à lancer dans son parti « une réflexion plus poussée que jamais sur la question des accidentés du travail et des maladies professionnelles ». Promettant de confier ce mandat à de jeunes députés, il a déclaré qu’il fallait « faire mieux que ce qu’on a fait par le passé ».

Moment particulièrement intense de la soirée, Gilles Vigneault, saluant son vieil ami Roch dont il connaissait – depuis leurs années d’études communes au Séminaire de Rimouski – l’amour pour la poésie, a récité un poème composé spécialement pour l’occasion et qui résume magistralement en quelques alexandrins la vie du docteur Banville.

Que lègue le docteur Banville ? Émile Boudreau voudrait bien que ce soit la FATA, qui est « l’œuvre de sa vie ». Des propos repris par le présentateur, Fernand Foisy, qui a lancé un appel aux organisations syndicales à soutenir l’organisme à la situation financière précaire.

Mais son véritable héritage, c’est Thierry Pétel, le fils du regretté Claude Pétel, le plaideur qui formait un duo redoutable avec le docteur Banville devant la CSST, qui en est, avec beaucoup d’autres, le véritable dépositaire. « Quand j’avais dix ans, mon père m’amenait chez Roch. Et ce que j’aimais, c’est que Roch me traitait en adulte. Je l’ai vu aider. Je l’ai vu se battre. J’ai compris qu’il fallait œuvrer à améliorer la condition humaine. Je me suis dit qu’il fallait se battre, nous autres aussi. »

À Roch Banville de Gilles Vigneault

La vie avait pour lui les attraits d’une femme

Exigeante et têtue et généreuse aussi

Elle était son bonheur et son plus grand souci

Il la soignait partout dans le corps et dans l’âme

Pour des milliers d’enfants, il montra le chemin

De naître et de pousser son cri sur la planète.

Pour des milliers de gens, il fut la main discrète

Qui réveille l’espoir de meilleurs lendemains.

Quand, pour le travailleur, il prenait fait et cause,

Il se faisait tribun, tenace et convaincant.

Il n’était pas de ceux qu’on voit changer de camp

Pour l’argent ou pour l’or que l’injuste propose…

Il avait commencé d’écrire des poèmes

Adressés à son frère Innu… à nous aussi !

On y trouve l’espoir vivace d’un pays

Et chacun de ses mots est une main qui sème

Les cendres de tous ceux qui rêvaient avec lui.

Saint-Placide, 15 mai 2005

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