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Mariage à trois !
N° 240 - juin 2005
Même si le nombre de plaintes avoisine le zéro
Ottawa s’inquiète des services de santé en anglais !
Frédéric Lacroix
L’accès à des services de santé dans leur langue maternelle est une des demandes les plus récurrentes et pressantes des groupes linguistiques vivant en milieu minoritaire au Canada. Toujours attentif aux doléances des Anglo-québécois, le gouvernement fédéral vient d’allouer, par le biais de Health Canada, 11,5 millions de dollars à un programme intitulé « Training and Human Resources Development Project » pour élargir l’accès aux services de santé en anglais au Québec.

Cette somme sera administrée par McGill University et servira à augmenter le nombre de professionnels anglophones dans le système de santé québécois et à assurer que les « personnes d’expression anglaise » aient un accès « équitable » à tous les services sociaux et services de santé en anglais. Cet investissement est-il justifié ?

Primo, notons que le nombre de plaintes en provenance de la communauté anglophone avoisine le zéro annuellement dans toutes les régions du Québec. Deuzio, la loi 142, passée en 1986 sous le gouvernement Bourassa, reconnaît à toute « personne d’expression anglaise » le droit de recevoir des services de santé dans sa langue sur « simple demande ».

Le flou de la formulation de la loi a fait en sorte que, plutôt que de répondre aux demandes de services en anglais de façon raisonnable et « équitable », la loi est utilisée par les lobbys anglophones pour exiger une offre de services en anglais identique à celle offerte en français partout au Québec et à une reconnaissance du libre choix de la langue dans le système de santé !

On assiste donc depuis quelques années à une explosion du nombre de postes « bilingues » dans le système de santé québécois. Certains établissements hospitaliers vont jusqu’à imposer l’anglais intégralement, même pour les postes qui ne relèvent pas directement des services aux patients comme ceux de machinistes!, tel que le rapporte le journal La Presse du 8 février 2005.

Le droit de travailler en français reconnu par la loi 101 entre en collision frontale avec l’obligation de fournir des services en anglais selon la loi 142. Des chiffres datant de 2001, dernière date pour laquelle ils sont disponibles, faisaient état d’une disproportion entre le nombre de postes requérant l’anglais et la demande réelle. Par exemple, 20 % des établissements du Saguenay-Lac-Saint-Jean étaient tenus de fournir des services en anglais alors que les anglophones ne représentent que 1 % de la population de la région ! En Abitibi-Témiscamingue, le ratio est de 81 % des établissements pour 3 % de la population. En Estrie, c’est 74 % pour 7,8 % de la population de langue anglaise.

Notons que les plans d’accès aux services en anglais gérés par les régies régionales, qui doivent pourtant être impérativement révisés à tous les trois ans selon la loi, datent de 1999. Aucun ministre péquiste du précédent gouvernement pas plus que le ministre de la Santé en poste n’ont trouvé le courage de réduire le nombre de postes bilingues à un niveau « équitable ».

De plus, au Québec, fait unique au Canada, la communauté minoritaire contrôle un nombre important d’établissements hospitaliers. Onze établissements hospitaliers de courte durée sont tenus d’offrir tous leurs services en anglais au Québec ! La nature de ces établissements fait en sorte que l’anglais y est souvent la langue de travail « normale et habituelle ». à tel point qu’il est difficile d’obtenir des services de santé en français dans ces établissements : un rapport de l’Office de la langue française datant de 2001 indiquait qu’un patient sur cinq était servi par du personnel ne parlant pas français dans les hôpitaux anglophones du Québec !

Le gouvernement du Québec se trouve donc dans la situation paradoxale d’être le plus gros employeur d’anglophones unilingues au Québec ! Les hôpitaux anglophones reçoivent 15 % des fonds alors qu’il ne représentent que 8,4 % de la population du Québec. à Montréal, les hôpitaux anglophones reçoivent 35 % des investissements hospitaliers alors qu’ils ne représentent que 12,1 % de la population de la région de Montréal. Le McGill University Health Center (MUHC), un des plus grands centres hospitaliers au Québec, reçoit à lui seul presque un demi milliard par année en fonds de fonctionnement. Les investissements de 1,1 milliard pour construire le nouveau MUHC feront encore augmenter cette proportion.

L’offre de services de santé en anglais au Québec paraît ainsi déjà excessive. L’offre dépasse nettement la demande. Les Anglo-québécois contrôlent également un nombre d’établissements et une proportion du budget de la santé dépassant de loin leur poids démographique. Ottawa juge pourtant nécessaire d’investir des sommes importantes pour rehausser encore l’offre de services en anglais au Québec.

Et il y plus. Une des mesures du « Training and Human Resources Development Project » financé par Ottawa fait sursauter. Il s’agit d’offrir des cours d’anglais aux professionnels de la santé dans chaque région du Québec tandis que les professionnels anglophones se voient offrir des cours de français seulement s’ils travaillent dans des établissements francophones. Admirons la belle égalité des langues prônée par Ottawa : tous les francophones se doivent absolument de parler anglais, mais seulement certains anglophones doivent maîtriser le français !

On veut donc non seulement en revenir au libre choix de la langue, mais on souhaite en revenir à la primauté de l’anglais au Québec, comme dans le « bon vieux temps » d’avant la loi 101. Tout le monde est égal au Canada, mais certains sont manifestement plus égaux que d’autres !

Au lieu d’investir des millions pour corriger un problème qui n’existe pas, le gouvernement fédéral ferait bien de financer des services de santé pour ceux qui n’ont pas le début du commencement de l’ombre d’une offre de services « équitable », c’est-à-dire les francophones hors-Québec. Rappelons, au cas ou « Health Canada » l’aurait oublié, que seulement 30 % des francophones hors-Québec ont un accès fiable à des services de santé en français selon une étude exhaustive réalisée par la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

Et la situation ne s’améliore pas ! Le gouvernement du Nouveau-Brunswick vient tout juste de fermer l’hôpital de Caraquet qui offrait des services en français dans la péninsule acadienne. Rappelons que les hôpitaux entièrement francophones hors Québec n’existent pas, à part l’Hôpital Montfort d’Ottawa que le gouvernement ontarien n’a pas encore réussi à fermer.

Rappelons que, alors qu’au Québec des services en anglais sont disponibles sur « simple demande », ailleurs au Canada des services en français ne sont disponibles que là « où le nombre le justifie », couramment interprété comme signifiant « là où les francophones comptent pour environ 15 % de la population » ! Ce critère appliqué au Québec éliminerait la presque totalité des services en anglais dans tous les domaines sur tout le territoire du Québec. Rappelons que l’équivalent de la loi 142 pour les francophones n’existe pas au Canada.

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