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L'anglo " rose " de la Commission Larose
N° 202 - septembre 2001

Le privé nous coûte la peau des fesses
Gabriel Sainte-Marie
Depuis quelques années, la Ville de Montréal a légué certaines de ses tâches au secteur privé. Aussi bien exécutées, elles reviendraient meilleur marché. C’était une erreur.

On fait ici référence à certains services professionnels comme la réalisation des plans, des devis, de la surveillance des travaux et de la rédaction d’appels d’offre qui touchent à la construction d’infrastructures municipales, comme les piscines ou les bibliothèques. Le budget annuel alloué à ce secteur représente quelques millions de dollars.

Comme l’explique Richard Théorêt, conseiller municipal pour le Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal 0 «Lorsqu’une ou un syndiqué prenait sa retraite, la Ville abolissait le poste. Elle remettait alors la tâche au privé. Si certaines firmes réussissent à exécuter ces services à moindre coût, c’est en offrant moins à leurs salariés. »

Dorénavant, le privé surveille le privé

Dans les premiers temps, l’administration municipale a réalisé quelques économies. « C’est alors qu’elle a perdu son expertise », réplique Théorêt. « La Ville n’a plus de point de repère afin d’évaluer la qualité et le coût de ces services. Le rapport de force est renversé », poursuit-il.

Les prix se sont alors mis à grimper sans arrêt. Le coût exigé par les firmes sous-traitantes a presque rejoint celui des employés municipaux. « Ces entreprises justifiaient leurs augmentations par la bonne allure des affaires », précise Richard Théorêt.

Le contrôle de l’exécution des travaux de construction pose également problème. Le conseiller municipal explique 0 « Avant, nos employés veillaient au bon déroulement des travaux. Aujourd’hui, c’est le privé qui surveille le privé ! Sans oublier que ces entreprises se côtoient depuis des dizaines d’années. » La qualité du service est compromise.

Sous-traitez maintenant, payez plus tard

La principale raison pour laquelle ce secteur coûte aujourd’hui plus cher à la Ville, c’est l’endettement. « Avec les nouvelles normes comptables canadiennes, l’administration municipale peut capitaliser cette dépense », s’offusque Théorêt.

On emprunte pour payer les firmes et on s’endette sur vingt ans. « Une fois la dette remboursée, le coût d’origine a doublé ! » Il poursuit 0 « Même le vérificateur municipal dénonce cette pratique onéreuse dans son dernier rapport annuel. Contribuant de façon importante au maintien de la dette montréalaise, il a réclamé que cette capitalisation soit réduite de vingt à dix ans. »

Le patronage est permis jusqu’à 100 000 $

Le pire, c’est que ces nouveaux contrats peuvent être conclus de gré à gré. Comme le souligne Richard Théorêt, la Ville n’est pas obligée de faire des soumissions pour aller au moins cher. Elle peut choisir ses amis. Le conseiller dénonce 0 « Les entreprises sous-traitantes se voient ainsi forcées à cotiser dans la caisse électorale du maire Bourque. » Le vérificateur dénonce aussi cette fâcheuse situation dans son rapport.

Privatiser ces services professionnels a permis de renflouer la cagnotte du parti au pouvoir. Il est donc normal que la mairie chante les vertus de la sous-traitance.

Suite aux dénonciations de cette situation de corruption, la ministre de la Métropole, Louise Harel, a dû agir. Elle a déposé un projet de loi 0 le gré à gré sera autorisé seulement si le contrat est inférieur à 25 000 $. Suite à certaines pression, la loi fut adoptée avec un plafond de 100 000 $. «On peut désormais faire du patronage jusqu’à 100 000 $. C’est une amélioration qui reste nettement insuffisante », s’exclame Théorêt. Il poursuit 0 « Ce qu’on demande, c’est la transparence dans l’administration. »

Devinez qui gagne quand tout le monde perd ?

Avec cette histoire, le parti au pouvoir et ceux à qui appartiennent les entreprises sous-traitantes ont pu renflouer leurs coffres.

Les employés municipaux dont le poste a été aboli ont pris leur retraite. Mais les travailleuses et travailleurs qui les ont remplacés se retrouvent avec un salaire moindre pour exécuter les mêmes tâches.

Et, conclut Richard Théorêt 0 « les Montréalais et les Montréalaises y ont grandement perdu. Les services en question coûtent désormais nettement plus cher et leur qualité a diminué. »

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