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N° 239 - mai 2005

Il fallait sauver le Canada
François Parenteau
J’ai cru un moment que le scandale des commandites serait un pet mouillé dans notre histoire. Le genre que tout le monde sent mais dont on ne peut accuser personne. Eh bien j’avais mal vu parce que là, en plus de sentir mauvais, ça commence à faire du bruit. On commence aussi à identifier plus clairement les émetteurs, mais je laisse le soin aux auditeurs de deviner de quel vocable j’aurais pu les affubler pour compléter ma flatulente métaphore.

Mais je m’étonne toujours qu’on évite aussi soigneusement le coeur de l’affaire. Au Québec, comme les médias ont conservé la neutre habitude de souligner autant la paille dans l’oeil des péquistes que le baobab dans l’oeil des libéraux, on entend les gens réagir en condamnant toute la classe politique. Au Canada anglais, les conservateurs dénoncent les moeurs politiques des libéraux et tous condamnent les Québecois en général. Mais soyons précis: le scandale des commandites est le fait des fédéralistes québécois. Depuis des décennies qu’ils posent en sauveurs du Canada, ce sont eux qui sont en train, moralement, de le perdre.

On a encore une fois entendu en Chambre à Ottawa cette accusation sans appel pour discréditer le Bloc: « Vous voulez détruire le Canada! ». Comme si les indépendantistes se réunissaient dans des bases secrètes enfouies sous des kilomètres de granit (en souvenir de la Baie James), dans des salons enfumés (en souvenir de René Lévesque) autour de cognacs géants (en souvenir de Jacques Parizeau) pour brainstormer sur comment détruire un pays de gentils en se frottant les mains à chaque bonne idée. Décidément, les films de James Bond ont une emprise considérable sur l’imaginaire politique canadien.

Mais en quoi l’indépendance du Québec entraînerait la destruction du Canada ? Le Québec serait le seul rempart contre une invasion américaine ? La légitimité du Canada ne tiendrait qu’au bilinguisme ? La devise officielle « D’un océan à l’autre » est si sacrée qu’au seul fait d’intercaler une interruption dans le trajet, le Canada se pulvériserait en une dizaine de républiques ? C’est tout de même bizarre que ceux qui vantent tant les vertus du Canada aient aussi peu confiance en sa solidité.

On pourrait au contraire soutenir que les indépendantistes proposent de construire le vrai Canada, une fois pour toutes. Dans le chambranlant deal politique actuel, il y a d’un côté des Canadiens, majoritairement anglophones, fiers avec raison de leur pays, soucieux d’en conserver l’unité mais surtout que leur gouvernement soit digne de confiance, démocratique et propre.

De l’autre côté, il y a des Québécois, majoritairement francophones, fiers avec raison de leur différence, soucieux de l’affirmer à la face du monde et que ce pays à eux soit lui aussi démocratique et propre. Mais entre les deux, il y a les fédéralistes québécois. Ce sont eux qui, à coups de menaces à peine voilées, de cadeaux en tous genres et de chantage émotif d’un côté comme de l’autre, parasitent deux peuples à la fois. Ils y trouvent un bénéfice éternel, une quasi-exclusivité sur le siège de premier Ministre et une très lucrative chasse gardée dans l’industrie de l’unité, détournant les aspirations des Canadiens pour mieux étouffer celles des Québécois et en tirer leur rente à vie.

Quand Jean Lapierre dit que toute la classe politique est éclaboussée par le scandale des commandites et qu’il tente de swigner un peu de la substance malodorante dans laquelle il baigne en direction des méchants séparatistes, il essaie de faire diversion. Bernard Landry a très bien réagi là-dessus. Les Canadiens du ROC doivent enfin réaliser que ceux qui leur rient dans la face depuis des années, ce ne sont pas les séparatistes. Ce sont les fédéralistes québécois. Et il serait temps pour eux d’enfin se libérer de leur emprise. Vive le Canada libre !

En terminant, j’aimerais parler d’une nouvelle qui est passée sous l’écran radar de nos médias trop occupés à des « paperies » et qui m’a touché personnellement. En janvier dernier, à Porto Alegre, j’ai interviewé pour l’émission Points Chauds monsieur Moussa Tchangari, un leader militant nigérien, qui a su m’expliquer de façon fort éloquente les effets désastreux des politiques du FMI et de la Banque mondiale sur les pays pauvres d’Afrique. De retour au Niger après le Forum, monsieur Tchangari apprenait que le gouvernement nigérien avait décidé de se plier aux exigences du FMI et de taxer les biens essentiels, dont l’eau et l’électricité.

Il s’est rapidement retrouvé à la tête d’une importante manifestation pour protester contre ces mesures. Et il s’est aussi rapidement retrouvé en prison. M. Tchangari vient d’être libéré, mais il n’est pas sauvé pour autant, les accusations de « complot contre la sûreté de l’État et provocation d’attroupements non armés » pesant contre lui tiennent toujours. À tout moment, le gouvernement peut prétexter n’importe quoi pour le remettre en-dedans. Je voulais que son nom soit entendu et qu’on connaisse un peu son combat. Je vous tiendrai au courant des développements.

Texte lu à l’émission du 9 avril de Samedi et rien d’autre animée par Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

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